CHAPITRE XIII
Bon exemple. — Modestie. — Amour de la retraite, de la règle et de l'étude. — Vie sainte. — Excellents effets du bon exemple. — Ruine des âmes par le scandale des prêtres.
— Nous plaçons le bon exemple à la fin des vertus ecclésiastiques, non pas parce qu'il leur est inférieur sous le rapport de l'importance, mais parce qu'il les rappelle et les renferme toutes, et qu'il en est comme le résumé complet.
Toutes les vertus se trouvent chez le saint prêtre : aussi le saint prêtre édifie-t-il tout le monde par le bon exemple qu'il donne.
Le mauvais prêtre, au contraire, et même le prêtre tiède et relâché, manquent de quelques vertus essentielles, ou pratiquent très-imparfaitement les faibles vertus qu'ilspossèdent ; aussi leur vie estelle ou scandaleuse ou fort peu édifiante.
Il est impossible de posséder les vertus ou d'en être privé, sans édifier les peuples parle bon exemple ou sans les porter au mal par le scandale. C'est ce qui faisait dire à Massillon ces paroles remarquables : « L'exemple est le premier devoir » de notre état; sans lui, ou toutes nos fonctions » deviennent inutiles, ou elles sont une occasion » de chute et de scandale aux peuples que le Sei- » gneur nous a confiés dans sa colère. »
Est-il besoin d'insister sur la nécessité indispensable pour tout prêtre d'édifier les peuples par le spectacle de ses vertus ? Ne suffit-il pas d'un mo-
ment de réflexion pour voir les raisons puissantes et nombreuses qui font ressortir cette nécessité? Rappelons seulement les principales.
■ — Nous devons édifier par une vie vraiment sainte : pourquoi? Parce que notre divin Sauveur nous donne pour mission de guider les peuples et d'être leur lumière : Vos estis lux mundi. Qu'est-ce qu'une lumière sous le boisseau? Qu'est-ce qu'un guide qui court aux abîmes?
— Nous devons édifier : pourquoi encore ? Parce que la lumière que nous sommes chargés de présenter aux hommes doit leur découvrir la sainteté de notre vie et l'éclat de nos bonnes œuvres : Sic luceat lux vestra coràm hominibus ut videant opéra vestra bona.
— Nous devons édifier les fidèles parce que le grand Apôtre nous en fait un précepte formel et en des termes qui ne souffrent point de réplique ; pesons bien toutes ses paroles : In omnibus teipsum jrrxbe cxcmplum bonorum operum, in doctrine, in integritate, etc. Excmplum esto fidelium in verbo, in conversatione, in charitate, etc.
— Nous devons édifier, parce que l'Eglise dans ses conciles, les saints par leur doctrine et par leurs exemples nous rappellent sans cesse cette obligation rigoureuse et fondamentale.
Quoi de plus précis que ces paroles du saint concile de Trente que nous connaissons tous : Eabitu, incessu, sermone, aliisque omnibus rébus, nihil nisi grave, moderatum ac religionc plénum (sacerdotes) prse se ferant.
In incessu, avait déjà dit saint Augustin, dont
le concile de Trente semble avoir emprunté les paroles, statu, habita et omnibus motibus vestris, nihil fiât quod cujusquam offendat aspectum, sed qaod vestram deceat sanctitatem.
« Tout pasteur qui scandalise , dit le même » saint, donne la mort aux brebis qu"il doit paître : » Ornais qui maU vicit, in conspectu eorum quibus prœpositus est, quantum in se est, occidit oves.
« La vie des clercs, disait en 1537 un synode » de Tours, est le livre des laïques : » Liber laicor am, vita clericoram.
— Nous devons édifier, parce que notre mission essentielle est de sauver des âmes, et que nous les sauverons bien plus par l'exemple d'une vie sainte que par nos talents et nos prédications.
— Nous devons édifier, parce que, pour un prêtre, ne pas édifier, c'est scandaliser, et scandaliser c'est renverser, c'est anéantir le sacerdoce; c'est se faire l'auxiliaire du démon et détruire l'édifice du salut des peuples que Jésus-Christ a élevé par son Evangile, pas ses travaux, par ses fatigues, par ses sueurs et par son sang.
— Nous devons édifier, enfin, parce que si nous donnons l'exemple des vices au lieu de celui des vertus, nous autorisons les pécheurs à perpétuer leurs désordres, et nous nous condamnons à la honte de ne pas pouvoir leur en faire un reproche. Comment tonner contre les intempérants, s'ils pouvaient dire : Notre pasteur fait comme nous? Comment foudroyer l'impudique, s'il pouvait dire : Tel ou tel prêtre est mon modèle? Comment attaquer l'avare s'il pouvait dire : Mon curé thésaurise? Comment censurer l'amateur effréné du jeu, s'il pou-
vait dire : Les prêtres y passent les jours et les nuits ?
Le saint prêtre peut stigmatiser tous les vices, parce qu'on sait qu'il n'est l'esclave d'aucun ; il peut prêcher les vertus sans exception d'une seule, parce qu'on sait qu'il les pratique toutes.
Pour la gloire de Dieu, bien-aimés confrères, pour l'honneur de notre sacerdoce, conservons la sainte liberté de la parole ; n'aliénons jamais le droit que nous devons toujours avoir de combattre le vice et de préconiser la vertu. Ne soyons pas de ces hommes que le grand Apôtre flétrissait avec tant d'énergie : Duccm cœcorum.... qui alium doccs, teipsum non doccs : qui prsedicas non furandum, furaris; qui dicis non mœchandum, mwcharis : qui abominaris idola, sacrilcgium facis : qui in Icgc gloriaris, pcr prœuaricalioncm legis Dcum inhonoras; et pesons bien surtout ces dernières paroles: Nomcn enim Dci per vos blasphcmatur inter gentes.
— Mais, hàtons-nous de le dire, nous détestons, nous abhorrons les scandales énormes ; et si parfois quelque Judas apparaît dans notre sainte corporation , semblables aux apôtres fidèles , nous avons des larmes pour sa misère et un frémissement d'indignation pour ses crimes.
Cela est certain, chers confrères, et nous devons nous en réjouir de tout notre cœur devant Dieu. Mais ne nous faisons pas illusion, et ne croyons pas que tout soit en règle dans notre conduite, parce que nous ne donnons pas aux peuples les graves scandales qui les révoltent.
Oserons-nous le dire? On en sera surpris tout m. 20
d'abord, mais, avec un peu de réflexion, on reconnaîtra que la mauvaise vie d'un prêtre gravement coupable, d'un prêtre impudique, par exemple, ivrogne ou avare, car voilà les trois grands crimes d'un prêtre scandaleux, n'est peut-être pas ce qui détermine le plus d'àmes à se séparer de Dieu pour s'attacher au péché. Dans le monde, et même clans le monde le plus pervers et le plus corrompu, un tel prêtre est bafoué, honni, méprisé; on sait qu'il trahit tout ce qu'il y a de plus sacré sur la terre, qu'il ensevelit son sacerdoce dans l'ordure, qu'il foule aux pieds les lois de Dieu et de l'Eglise, et qu'il porte un cœur dégradé sous un habit saint. Les âmes pieuses gémissent sur ces désordres, ses vénérables confrères en sont consternés, son évêque le frappe de suspense; chacun s'écrie : « C'est un misérable ! » et tout est dit. Sa conduite est plutôt repoussante que contagieuse. Sans doute il produit des maux effroyables dans l'Église : il y occupe quelquefois la place d'un saint prêtre; il est sans zèle, et laisse tomber les âmes en enfer sans en être touché; son ministère est d'une stérilité désolante, c'est un ministère de mort que Dieu réprouve et maudit. Tout cela, hélas! n'est que trop vrai; mais, au point de vue spécial du scandale proprement dit, c'est-à-dire de l'entraînement des autres au mal par le fait même du mauvais exemple que donne ce prêtre indigne, nous le répétons, la contagion n'est pas aussi funeste qu'on le pourrait croire. Les pécheurs qui, dans le monde, se livrent aux graves désordres dont nous venons de parler , savent bien qu'ils sont de grands coupables, et ce n'est pas parce qu'un mauvais prêtre s'y livrera
comme eux, qu'ils se croiront autorisés à violer impudemment la loi de Dieu. Presque tous seraient et continueraient d'être ce qu'ils sont, lors même qu'ils n'auraient pas sous les yeux les scandales d'un prêtre qu'ils méprisent comme tout le monde.
Mais il n'en est pas ainsi de certains péchés, moins graves en eux-mêmes, que commettent habituellement des prêtres qui, sur plusieurs points, sont irréprochables, et que personne ne voudrait qualifier de scandaleux dans l'acception la plus odieuse de ce mot. Ces péchés, n'étant pas des crimes, inspirent beaucoup moins d'horreur que ceux que nous avons signalés plus haut; et quand on les voit commettre par des prêtres qui ne sont point réputés mauvais prêtres, on se persuade aisément qu'ils sont sans gravité et qu'on peut se les permettre à peu près sans scrupule ; c'est ce qui est un grand mal et la source des plus graves désordres.
Au reste, n'oublions pas que nous sommes obligés de donner bon exemple en toutes choses, nonseulement pour ne pas entraîner les peuples au mal par le scandale, mais encore pour glorifier Dieu, pour faire respecter et bénir la religion, pour honorer et féconder notre ministère, pour édifier et sanctifier de plus en plus le juste. C'est pourquoi tout ce qui, dans notre manière d'être, met obstacle au développement continuel de ces fruits de sanctification, doit être impitoyablement réformé, selon l'ordre saint Paul : Oportet.... irrcprehensibilem esse... sobrium, prudentem, ornatum, pudicwm, hospitalem, doctorem, non vinolentimi, non percussorem , sed modestum, non litigiosum, non cupidum, etc.
Voyons donc si nous sommes des prêtres exem-
plaires, des prêtres modèles, des prêtres irrépréhensibles, en un mot, selon l'expression de l'Apôtre.
Nous devons édifier par tout ce qu'il y a d'extérieur dans notre personne et dans notre conduite. Un acte intérieur de foi, d'espérance, de charité, d'humilité, n'édifie point le prochain : pourquoi? Parce que Dieu seul en est témoin. Sans doute, cet acte contribuera indirectement à l'édification du prochain, en ce sens qu'il entretiendra dans l'âme les vertus dont il est un fruit, et que ces vertus se reproduiront infailliblement par des actes extérieurs qui porteront au bien ceux qui les verront opérer ; mais, par lui-même, cet acte purement intérieur n'est point à proprement parler un acte édifiant. Nous le répétons, c'est la conduite extérieure qui édifie.
Le prêtre doit être dans l'Église un type vivant et manifeste de toutes les vertus. En le voyant et en l'entendant chacun doit dire : « Yoilà un saint prêtre. » Si sur un seul point nous nous conduisons de manière qu'on ne [puisse pas faire de nous cet éloge, il y a certainement là quelque chose à corriger, quelque réforme à entreprendre.
Nous pouvons réduire à trois points ce qui, chez le prêtre, doit édifier le prochain : sa personne extérieure — ses paroles — et ses œuvres. Sommesnous des sujets d'édification sous ces trois rapports ? C'est ce que nous allons voir.
Qu'on ne soit pas surpris si nous revenons sur certains points déjà touchés : nousl'avons dit, la matière que nous traitons en ce moment est le résumé succinct, la récapitulationrapidedece qui précède.
— Nous disons d'abord que le prêtre doit édifier par sa personne extérieure ; ce qui revient à dire qu'il doit édifier par sa modestie.
La modestie est la composition digne, aimable et bien réglée de tout l'extérieur. Elle est une vertu chrétienne quand elle est pratiquée pieusement à l'imitation de la modestie de Jésus-Christ et en vue de lui plaire.
Rien n'est édifiant comme la modestie quand elle est telle que nous venons de la définir. Ceux qui la voient, dit le pape Innocent II, sont entraînés à se modeler sur elle : Intuentium forma et exemplum. Elle est, dit un concile de Latran, une prédication perpétuelle, féconde en fruits de salut : Assidua salutis prœdicatio. Par elle, le prêtre devient imitateur fidèle du divin Sauveur, ce modèle achevé de toute perfection : Totius sanctitatis exemplar et cunctarum norma virtutum.
La modestie d'un saint prêtre charme et ravit tout le monde. L'impie lui-même subit son influence : autant il est mordant, railleur et acerbe contre le prêtre dénué de cette vertu, autant [il admire, autant il exalte celui qui la possède.
La modestie n'est pas seulement un puissant moyen d'édification pour le prochain, elle est encore un principe efficace de sanctification personnelle pour celui qui l'observe, à tel point que le P. Guilloré, très-savant dans les voies spirituelles, a consacré plus de dix pages à la démonstration rigoureuse et parfaitement établie de cette vérité, que la modestie seule est un puissant moyen pour vaincre ses passions.
— La vertu de modestie embrasse l'homme extérieur tout entier : elle le compose, elle le règle, elle le façonne, elle lui donne je ne sais quel heureux ensemble où l'on trouve tout ce qui plaît, et où l'on netrouverien de ce qui choque. C'est, dans des proportions parfaitement convenables, un mélange complet de bonté, de douceur, de simplicité, de dignité, de candeur, de modération, d'enjouement contenu et de gravité sans sécheresse.
Dès qu'on voit un prêtre ainsi disposé, on s'attache à lui par les liens du respect, de l'estime, de la confiance et de l'affection. Notre modestie inspire-t-elle au prochain ces heureux sentiments ? Examinons.
Quel est notre extérieur, considéré dans son ensemble ? Quelle impression pensons-nous qu'il fasse généralement sur les personnes avec lesquelles nous sommes en relation ?
Il est assez difficile de se faire à soi-même une réponse exacte à ces questions. Nous nous connaissons si peu, nous sommes si aveugles sur nos défauts, même extérieurs, que très-souvent nous en avons qui déplaisent à tout le monde et dont nous nous croyons complètement exempts. Qu'il serait important, mais l'orgueil ne le permet point, d'obtenir d'un ami vertueux et sincère qu'il nous révélât sans ménagement tous les défauts qu'il remarquerait en nous ! Cependant, puisque nous sommes abandonnés à nous-mêmes, réfléchissons, faisons des rapprochements.
— N'avons-nous point observé ou même entendu dire que l'on était en général un peu saisi, un peu
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craintif et embarrassé, quand on avait à traiter avec nous ? Si nous savons qu'il en est ainsi, concluons •a coup sur qu'il y a dans notre extérieur ou de la sécheresse, ou du dédain, ou de la froideur, ou de la brusquerie, ou une gravité trop sérieuse, ou une sévérité excessive, et veillons sur nous-mêmes avec une attention continuelle pour donner à cet extérieur défectueux les qualités qui lui manquent. Avons-nous remarqué, au contraire, qu'on se mettait un peu trop à l'aise avec nous, qu'on ne craignait pas de nous offenser par des plaisanteries peu convenables, qu'on usait même à notre égard de certaines familiarités, de certaines libertés que nul ne se permettrait envers un prêtre parfaitement modeste ? Soyons sûrs que nous sommes nousmêmes trop peu graves et trop peu réservés ; observons-nous avec soin, et nous verrons qu'il y a certainement dans nos manières trop d'abandon, trop d'épanchement, trop d'entrain et de laisseraller : autant de choses que la modestie condamne et qu'elle doit réformer.
— Nous est-il revenu, par une voie plus ou moins directe, qu'on nous faisait une certaine réputation de propreté excessive , qu'on trouvait dans notre costume, dans notre chevelure et dans toute notre personne quelque chose qui n'était pas assez simple ? Soyons persuadés qu'il y a en nous trop de recherche, trop d'élégance, trop d'application à des futilités qu'on pardonne aux gens du monde, mais que la modestie sacerdotale défend avec rigueur aux ecclésiastiques.
Savons-nous, au contraire, qu'on se dit en sou-
riant que nous sommes l'antipode de l'élégance, que la simplicité de notre costume va trop loin, qu'elle se confond avec la saleté qui déplaît à tout le monde, parce qu'elle est un défaut et non une vertu ? Corrigeons cet excès ; et, sans rétrograder jamais jusqu'à l'élégance, soyons simples, mais soyons propres, soyons convenablement vêtus, et, comme nous l'avons recommandé dans la Pratigue du zèle, soyons tels qu'en voyant notre mise, personne ne dise: C'est élégant, c'est malpropre, mais que tout le monde dise : « C'est convenable. »
— Avons-nous appris qu'on trouvait quelque chose de curieux, de scrutateur et d'immodeste dans notre regard ? Savons-nous que cela nous fait passer pour des prêtres légers, dissipés, évaporés et trop occupés du monde extérieur et frivole? Hâtons-nous de réformer ce jugement en corrigeant ce qui autorise à le porter, et donnons à nos yeux cette modestie pieuse, cette retenue édifiante qui est un des traits saillants du saint prêtre.
Savons-nous, au contraire, qu'on nous trouve trop concentrés, qu'on regarde la sévérité excessive de notre regard comme une affectation déplacée qui rebute au lieu d'attirer ? Laissons la modestie corriger légèrement, très-légèrement cet excès ; tenons-nous dans les bornes du recueillement qui édifie, et n'allons pas jusqu'au recueillement qui fait rire.
— Nousa-t-on quelquefois dit ou du moins laissé entendre que nous étions dans notre attitude, dans notre démarche, dans tout notre extérieur en
général, trop affectés, trop guindés, trop maniérés, trop occupés de notre petite personne ? Profitons, profitons de cet avertissement, et revenoDS bien vite à cette aimable simplicité que le monde, et le monde même le plus raffiné, veut trouver chez un prêtre avant de lui accorder son estime.
Mais savons-nous qu'on s'amuse de nos manières gauches, de notre air lourd et agreste, de notre démarche sans convenance et sans dignité, et qu'on nous fait généralement un reproche d'une certaine négligence poussée à l'extrême ? Chargeons encore la modestie de châtier en ce point ce qui est excessif, et de nous rendre tels que nous puissions nous présenter partout sans provoquer autre chose que le respect, l'estime et l'édification.
Tels sont les points principaux sur lesquels il nous a paru nécessaire d'insister, relativement au bon exemple que nous devons donner aux peuples dans notre personne extérieure.
— Nous avons dit en second lieu que nous devions édifier par nos paroles.
Nous avons à cet égard une tâche laborieuse à remplir ; car, hélas ! de quels désordres la langue n'est-elle pas l'instrument !
Nous devrions être si édifiants et si réservés sur ce poiut, que chacun dît de nous ce que l'on disait de notre divin Sauveur en l'entendant parler : Omnes mirabantiir in verbis gratige quœ procedebant de ore ejus. En est-il ainsi ? Nous allons en juger.
Un premier défaut que nous devons détruire pour être édifiants, sous le rapport de la langue, c'est la surabondance du discours. Il y a des prê-
très si grands discoureurs qu'ils réduisent tout le monde au silence quand ils se trouvent dans une société. Quel que soit le sujet que l'on traite, ils s'en emparent, ils le discutent, ils l'exploitent, ils l'envisagent sous tous les aspects qu'il présente, et ne laissent pas aux autres le temps de dire ce qu'ils en pensent. Quand ils le croient suffisamment approfondi, ils passent à un autre qu'ils traitent de même. Si, par surprise, la parole leur est enlevée par un interlocuteur qui veut parler à son tour, ils la ressaisissent à la première occasion et se dédommagent d'un moment de silence par un quart d'heure de verbiage. Ils ne se font pas scrupule d'interrompre ceux qui parlent au milieu de leur récit, et pour colorer cette interruption, ils soulèvent un incident en forme de parenthèse ; mais la parenthèse une fois ouverte, on ne sait plus quand elle va se clore. Quelque charitables que soient leurs auditeurs, il leur est difficile de ne pas penser qu'il va, au fond de ce midtiloquium insipide, un fonds de vanité, un secret désir de se faire admirer et applaudir, désir qui assurément n'est pas toujours satisfait. Les grands parleurs, en effet, quoi qu'ils puissent dire et penser, moissonnent beaucoup moins d'applaudissements que de critiques. Ce qui met surtout leur défaut en relief, c'est la présence de quelque personnage grave, plus âgé et notoirement plus instruit qu'eux, lequel est aussi sobre de paroles qu'ils en sont prodigues.
Évidemment cet excès doit être réformé, et ce serait être bien aveugle que de ne pas sentir la nécessité de mettre un frein à cette insupportable loquacité.
Sans doute, il ne faut pas se porter à une extrémité opposée en se condamnant à un mutisme excessif qui pourrait faire languir la conversation. Cet excès, quoique beaucoup moins blâmable que l'autre, est cependant un excès et doit être évité. Parlons modérément, parlons à propos, et n'oublions pas la sentence du Sage : Omnia tempiis habcnt... tempus tacendi et tempus loquendi.
— Un second défaut qu'un ecclésiastique doit éviter encore, c'est l'ardeur du débit, l'élévation de la voix, le ton magistral, l'emphase du geste et tout ce qui s'éloigne d'une sage modération. « La modestie, dit saint Ambroise, va jusqu'à peser le son de la voix; » Ipsum vocis sonum librat modeatia .
On en voit qui ne peuvent rien dire avec une aimable réserve ; ils dominent toutes les voix par l'éclat de la leur ; les choses même qui, par leur nature, semblent demander un ton doux et paisible, il les disent avec leur énergie habituelle. Outre que ceci annonce un vice d'éducation qui serait fortement censuré dans un monde poli, il est certain qu'en parlant de la sorte, on donne à tout ce qu'on dit une teinte passionnée qui atténue plutôt qu'elle n'augmente la puissance des raisons que l'on s'efforce de faire prévaloir.
Quelquefois, et cela n'est pas rare dans les sociétés d'ecclésiastiques un peu nombreuses, il s'en trouve plusieurs qui ont l'habitude du défaut que nous signalons. Quand la multitude s'anime et qu'il y a conflit, alors on ne s'entend plus ; c'est une pluie de gros mots, ce sont des flots d'arguments qui s'entre-choquent : ce n'est plus une conversa-
tion, c'est une tempête au milieu de laquelle la modestie expire. Nous avons quelquefois été témoin de cette animation de paroles, et nos oreilles surtout s'en souviennent encore. Quatre hommes ainsi disposés feront beaucoup plus de bruit que vingt prêtres pieux et modestes. Assurément il en feront plus surtout que n'en faisaient les douze apôtres unis à leur divin Chef, dans les divers entretiens qu'il avait avec eux. Ah I c'est que la modestie de Jésus- Christ présidait à ces saintes assemblées, et que souvent, hélas ! elle est bannie des nôtres.
— Mais que dirons-nous des paroles non plus seulement déplacées, mais positivement mauvaises?
Paroles de mensonge ou tout au moins d'exagération qui, venant tôt ou tard à être reconnues pour telles, diminuent notablement si elles n'enlèvent pas tout à fait la confiance et l'estime dont tout prêtre doit jouir.
Paroles railleuses, médisantes peut-être, qui assurément sont loin d'édifier les personnes qui les entendent.
Paroles piquantes, paroles de blâme qui atteignent quelquefois les supérieurs ecclésiastiques et les divers actes de leur administration.
Paroles hautaines, dédaigneuses et presque méprisantes, qui blessent du même trait la charité, la douceur et la modestie.
Paroles bouffonnes et quasi-grossières qui eussent vivement choqué saint Bernard, lui qui prononçait cette sentence si connue : la ore laicorum nugœ, nugse sunt, in ore saccrdotum, blasphemiœ .
Paroles aigres, paroles flatteuses, vaniteuses et
tant d'autres dont il faudra bien rendre compte à Celui qui défend, même aux simples fidèles, celles qui ne sont qu'inutiles : Dico uobis, quoniam omne vcrbum otiosum quod locuti fuerint homincs, rccldent rationem de eo in die judicii.
Que de réformes à opérer ! que de scandales à éviter ! que de travail pour le prêtre ainsi disposé, s'il veut remplir à tout prix le précepte de l'Apôtre : Exemplum esto fidelium in verbo !
— C'est violer encore la loi du bon exemple imposée aux ecclésiastiques, que de s'ingérer à parler avec chaleur et avec la démonstration d'un vif intérêt des nouvelles du monde, des bruits qui circulent, des frivolités du siècle et de mille petits riens qui intéressent les mondains, mais auxquels un prêtre ne doit pas sembler attacher de l'importance.
Le saint prêtre, quand il est dans la compagnie des laïques, ne rompt pas brusquement la conversation engagée sur ces matières ; il ne s'impose pas même un silence complet qui serait une censure déplacée ; mais il s'y prend de manière qu'on voit qu'il se prête plutôt qu'il ne se livre h l'entretien futile auquel il prend part ; et quand, sans rien froisser, il peut adroitement donner un autre cours à la conversation, il s'empresse de le faire et trouve le moyen de dire des choses et plus intéressantes et plus utiles.
— Il édifie encore par ses paroles dans les circonstances si délicates où il lui est impossible d'éviter une discussion à laquelle on le convie. Si
elle est sans importance, il passe condamnation, et tout finit là. Si la vérité, si la foi, si quelque autre vertu demande au nom de la gloire de Dieu qu'il se déclare, il le fait franchement, mais il le fait modestement; et si, après avoir émis son opinion et l'avoir appuyée paisiblement des raisons qui la motivent, il ne peut convaincre son adversaire, il s'abstient de prolonger une lutte inutile, sachant bien qu'un débat passionné ne convaincrait pas celui qui résiste à la vérité ornée des charmes de la douceur et de la modestie. Quant à la discussion sur des points douteux et controversés, il expose son doute, ne le donnant que pour un doute, et s'interdit de faire paraître aux autres comme une vérité certaine ce qui n'en est pas une, même à ses propres yeux. Et ici encore, comme toujours, c'est, chez le saint prêtre, le désir de se montrer édifiant en toutes choses qui lui fait adopter une règle de conduite si prudente et si sage.
— C'est ce même désir qui lui insinue sans cesse de s'observer avant de se produire, et de pas proférer une parole avant de l'avoir pesée, conformément à ce beau mot. de saint Augustin : Omnia verba prias ventant ad limarn quàm ad linguam ; bien différent de ceux qui, parlant toujours avec précipitation, commencent par lancer leurs flèches, sauf à gémir ensuite sur le mal irréparable qu'elles ont fait.
C'est enfin le besoin que le saint prêtre sent en lui-même de donner le bon exemple à tout le monde par ses conversations, qui le porte à régler tellement sa langue, qu'il ne laisse jamais volon-
tairomont échapper une seule parole qui choque la bienséance ou une vertu quelconque, se faisant un devoir de ne rien dire qui ne tourne à l'édification du prochain.
Heureux, trois fois heureux le prêtre qui se conduit avec cette sage réserve et cette sainte modestie! Il est béni de Dieu, il est le ministre chéri de Jésus, il est aimé et révéré des hommes, il est toujours en paix avec lui-même : que dire encore? il est parfait, car il est un de ceux dont l'Esprit-Saint a dit : Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est vir.
— Nous devons, en troisième lieu, édifier par ?ios œuvres.
Ici, on le comprend, le détail est immense. Si le prêtre ne fait rien ou fait fort peu de chose, il scandalise par son oisiveté ; s'il agit, il doit nécessairement édifier par chacune de ses œuvres.
Il y a peu d'hommes dans une paroisse dont la conduite extérieure soit aussi généralement connue que l'est celle du prêtre, surtout dans les petites villes et dans les campagnes. Comme il est homme public, chargé presque toujours de fonctions apparentes et éminemment graves ; comme il est, en une foule de localités, le personnage le plus important; comme il est, par la nature de son emploi, en rapport nécessaire avec un grand nombre de personnes, on peut dire que tous les regards sont portés sur lui, et qu'il a autant de juges qu'il y a d'habitants dans la cité ou le village où il exerce son ministère. S'il édifie par une sainteté sans tache, tout le monde l'admire et fait son éloge ; s'il scandalise, au contraire, ne fùt-cc que sur un
seul point, les méchants le critiquent et le méprisent, les bons s'affligent, gémissent en secret et lui retirent leur estime.
Lequel de ces sentiments nos œuvres font-elles naître dans la masse qui nous environne ? Pour le savoir, faisons deux tableaux": montrons le prêtre qui édifie, et le prêtre qui scandalise.
— Le premier, comme nous l'avons dit, désarme tout d'abord la critique par la modestie de sa. personne et par le charme de ses conversations. Mais, convaincu que ces deux traits seraient insuffisants si le reste de sa conduite n'était pas en rapport parfait avec eux, il s'observe avec une attention scrupuleuse, pour ne donner sur aucun point la moindre prise à la malignité.
Il édifie par sa fervente piété. Voyant qu'il en pratique fidèlement les œuvres, qu'il est modeste et recueilli dans l'église, qu'il y fait de longues stations au pied de l'autel où il vient chaque soir adorer son Dieu, quïl y célèbre les saints Mystères avec l'imposante dignité qu'ils exigent, et qu'il ne semble occupé que d'établir le règne de la piété dans les âmes, chacun dit en l'admirant : Yoilà bien le saint prêtre ! »
11 édifie par le ministère qu'il exerce. Quand on voit son zèle pour annoncer la parole de Dieu aux grands et pour catéchiser les petits ; quand on le voit assidu au tribunal de la pénitence où il accueille tout le monde avec une égale bonté ; quand on le voit prodiguer à ses malades la plus tendre charité; quand on le voit toujours digne, toujours pieux dans l'administration des sacrements; quand
on le voit constamment empressé à se rendre au premier signal où l'appelle son devoir de pasteur, une voix unanime s'élève, et cette voix dit encore : « Yoilà bien le saint prêtre ! »
Il édifie par son désintéressement et sa généreuse charité. Comment voir les œuvres qu'il fonde, l'église qu'il décore, les missions qu'il donne, les privations qu'il s'impose, les services qu'il rend aux dépens de sa bourse, le peu d'empressement qu'il met à exiger ses droits, les indigents surtout qu'il visite et qu'il soulage, sans s'écrier aussitôt : « Yoilà le père des pauvres ! voilà bien le saint prêtre ? »
Il édifie par la pureté de ses mœurs. Toujours chaste jusqu'au scrupule dans toutes ses paroles, toujours pieusement timide et réservé dans ses regards, toujours ennemi des fréquentations suspectes, toujours grave et saintement austère dans ses relations indispensables avec les femmes, toujours excessivement prudent dans les rapports épistolaires qu'il est quelquefois obligé d'avoir avec elles, toujours soigneux de les tenir à distance par la dignité et la modestie parfaite de son extérieur ; il fait à chaque instant, sans y penser peut-être, l'éloge le plus saisissant et le plus complet de la sainte vertu qu'il pratique. Devant cette angélique pureté, le libertin lui-même s'incline et s'écrie comme tout le monde : « Yoilà bien le saint prêtre ! »
Il édifie par la tempérance. Renommé dans la contrée qu'il habite par sa sobriété exemplaire, fidèle à la loi qu'il s'est faite d'une frugalité convenable dans la manière habituelle de se nourrir, également éloigné et de l'abondance qui annonce l'homme sensuel, et de la lésinerie sordide qui
dénote l'avare, fermement prononcé contre la fréquence des diners extraordinaires, soit chez lui, soit ailleurs, attentif à se montrer plus sobre que les laïques avec lesquels il se trouve, très-modéré surtout dans l'usage des liqueurs fortes, dont l'habitude se contracte avec une si déplorable facilité, s' observant avec soin pour ne pas laisser échapper un seul de ces mots qui n'annoncent que trop l'amour de la bonne chère et le plaisir qu'elle procure, il donne par son exemple une leçon pratique de tempérance à plusieurs qui, eux aussi, disent au fond de leur àme : « Voilà bien le saint prêtre ! »
11 édifie par une vie réglée, studieuse et retirée. On sait généralement qu'il est l'heureux esclave du règlement qu'il s'est imposé ; on sait que l'étude est son occupation favorite et qu'il s'y livre avec une sainte ardeur; on sait que la solitude fait ses délices, qu'il s'y plonge autant qu'il le peut, et qu'il y retrempe son àme par une union plus étroite et plus intime avec le Dieu d'amour qui s'y trouve ; on sait qu'il ne fait brèche à sa règle, qu'il ne s'arrache à l'étude, et qu'il ne quitte sa bienheureuse retraite que quand la gloire de Dieu, le salut des âmes, les exigences de son ministère ou quelques justes bienséances lui en imposent l'obligation; mais on sait aussi que, ces devoirs remplis, il reprend aussitôt et sa règle, et son étude, et sa chère retraite, ne voulant pas donner à l'oisiveté la plus petite parcelle d'un temps dont il apprécie la valeur. Comment voir des habitudes si simples et ne pas dire de celui qui les a contractées; « Voilà bien le saint prêtre ? »
Il édifie enfin par ses rapports avec tout le monde
et par le cortège de vertus qui l'accompagne toujours partout où il se trouve. Il n'a pas, il s'en faut beaucoup, un attrait de prédilection pour le monde, et cependant il en est l'idole ; il n'y parait que pour y remplir un devoir de position, et il ne s'en concilie que mieux son estime et ses respects. On admire son aimable douceur, sa fervente piété, sa gracieuse modestie, son édifiante charité, sa naïve candeur, son zèle d'apôtre, son affabilité de pasteur, et cette innocente gaieté toujours contenue par le juste degré de réserve que le caractère sacerdotal lui impose. On est heureux quand il parait, on le regrette quand il s'éloigne ; et quand il a embaumé la maison qu'il quitte du parfum de sa vertu et de la douce odeur de Jésus-Christ, on ne se lasse point de redire : « Voilà l'homme de Dieu ! voilà le bon pasteur ! voilà, voilà le saint prêtre ! »
— Il nous répugne d'opposer à l'éclat ravissant de la médaille précieuse que nous venons de contempler tout ce qu'il y a de sombre dans son revers. Qu'il nous suffise de faire observer en peu de mots l'immense intervalle qu'il y aurait, au point de vue du bon exemple, entre le saint prêtre dont nous venons de tracer l'esquisse, et celui dont chaque trait ferait avec les siens un pénible contraste.
Si, par exemple, il ne donnait presque aucune preuve de sa piété, s'il n'avait aucune dignité dans le lieu saint, s'il n'y paraissait que pour y dire sa messe, s'il la célébrait avec une excessive rapidité, sans recueillement et sans modestie, dirait-on comme de son pieux confrère : « Voilà bien le saint prêtre? »
Si, pasteur de paroisse, il annonçait rarement la parole de Dieu, s'il montait en chaire pour n'y rien dire d'utile, s'il s'y permettait des expressions triviales ou des personnalités offensantes, s'il n'instruisait pas les petits enfants qui lui sont confiés, s'il les rebutait par une rigueur excessive, par d'humiliants reproches, et peut-être même par de mauvais traitements, comment pourrait-on dire : « Voilà bien le saint prêtre? »
S'il laissait voir que le saint tribunal l'ennuie, qu'il n'y va qu'avec répugnance, que les pénitents lui sont à charge, et qu'il a, pour quelques-uns seulement, des préférences marquées qui blessent et humilient tous les autres ; s'il plongeait les âmes dans l'abîme du sacrilège en ne leur laissant pas l'entière liberté de s'adresser à un confesseur extraordinaire quand elles le croient utile ; si, pendant ses fréquentes absences, peut-être même pendant qu'il est au jeu, quelques malades dont il est le pasteur mouraient sans recevoir les secours de la religion, aurait-on seulement la pensée de faire son éloge en disant : « Voilà bien le saint prêtre ? » Si l'on savait, à n'en pouvoir douter, qu'il vit sans règle et dans un désordre perpétuel, que l'oisiveté a pour lui autant d'attrait que l'étude en a peu, et que la vie de retraite lui est insupportable ; s'il était toujours en courses et en voyage, et qu'on le trouvât partout, excepté à l'église et chez lui, quelle voix s'élèverait pour dire : « Voilà bien le saint prêtre? »
S'il passait avec trop de raison pour être attaché aux biens de la terre, si même on le flétrissait du titre odieux d'avare, s'il ne faisait aucune œuvre
de zèle dès lors qu'elle serait tant soit peu dispendieuse, s'il laissait son église dans une saleté rebutante, dans un délabrement complet, s'il rebutait les pauvres, ou si l'on savait qu'il ne les assiste qu'avec l'argent que les riches lui donnent et presque jamais avec le sien propre ; si surtout, après avoir vécu pauvrement et sordidement, il laissait des coffres pleins d'or, qui oserait s'écrier sur sa tombe : « Voilà bien le saint prêtre? »
S'il donnait l'exemple du vice impur, ou si, sans afficher publiquement ses désordres, il passait généralement pour avoir des mœurs suspectes et plus que suspectes ; s'il était grossier dans ses paroles, immodeste dans ses regards, libre et familier dans ses rapports avec les personnes de sexe différent, et peu soucieux des sages conseils qui lui seraient donnés relativement à certaines fréquentations qu'il devrait rigoureusement s'interdire , qui pourrait entreprendre de faire son éloge ? qui ne dirait, au contraire, en gémissant : « Quel prêtre! »
S'il noyait fréquemment sa raison dans le vin, si ses intempérances étaient connues et faisaient la risée des peuples, ou si, sans aller jusqu'aux derniers excès, il ne se plaisait que dans les festins, et laissait voir à tout le monde son goût prononcé pour la bonne chère, qui pourrait encore le proclamer saint prêtre?
Si enfin on ne vovait en lui presque aucune vertu vraiment digne de louange, et s'il sacrifiait à chaque instant la douceur par ses vivacités, le recueillement et la piété par sa dissipation, la modestie par l'inconvenance de ses manières et de ses discours, la charité par ses railleries et ses médisances, m. 21.
quel murmure de désapprobation si une seule voix disait : « Voilà bien le saint prêtre! »
— Arrêtons-nous là, chers confrères, et prions Dieu de n'affliger jamais l'Église par une vie si coupable et si peu digne du divin sacerdoce qui décore notre àme. Sauvons, sauvons les peuples par le bon exemple, et ne les conduisons pas aux enfers par nos scandales. Hélas! ils ne s'y précipitent que trop par leurs propres crimes, n'accélérons pas leur chute par les nôtres. Chargés par état de les conduire au ciel, tremblons, tremblons de leur donner le droit de nous accuser au dernier des jours de leur éternelle infortune. Faisons-nous respecter et bénir par nos vertus, et ne nous faisons pas mépriser par nos vices. Pesons enfin ces divines paroles que l'Esprit-Saint nous adresse : Ad vos mandatum hoc, ô sacerdotcs... rcccssisiis de via, et scandalizastis plurimos in loge, irritu/n fecistis pactum Levi, dicit Dominas excrcituum. Propter quod et ego dedi vos contcmptihiles et Inimités omnibus populis, sicut nonservastis vias meas. . . Mittam vos in egestatem, et maledicam benedictionibus vestris et maledicam Mis, quoniam non posuistis super cor. Méditons aussi celles que notre divin Sauveur nous adresse lui-même : Qui scandalizaverit unum de pusillis istis qui in me credunt, expedit ci ut suspendatur mol a asinaria in collo ejus, et demergaturinprofundum maris. Puis enfin plaçons eu regard des anathèmes contre le scandale, l'invitation pressante que nous fait le grand Apôtre de sauver les peuples par le bon exemple : In omnibus exhibeamus nosmetipsos sicut Dei ministros, in
multâ patientiâ, in tribulationibus . . . in laboribus, in vigiliis, in jejuniis, in castitate, in scientia, in longanimitate, in suavitate, in Spiritu sancto, in charitate non fictâ.
Puisse chacun de nous, bien-aimés confrères, vivre de manière à pouvoir dire comme saint Paul :
DITTATORES ME1 ESTOTE, SICl-T ET EGO CIIRISTI !