‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 23 sur 46 · CHAPITRE XTI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTI

Chasteté. — Sa nécessité. — Horreur du vice contraire. —

comment se préserver de ce vice. — Oisiveté,

sensualité, etc.

— Le plus bel éloge de la chasteté se trouve dans cette exclamation de la sainte Écriture à la vue de cette vertu : O quàm pulchra est casta gêner atio cum claritate! Non, tout ce qui, sur la terre, possède une valeur quelconque, n'est pas digne d'être comparé au mérite de l'àme chaste : Omnis ponderatio non est digna animse continentis. Il est bien rare que nos saints Livres fassent ressortir l'éclat d'une vertu en des termes si expressifs, et nous devons croire que la chasteté est infiniment agréable à Dieu, puisqu'il exalte sa beauté avec tant d'énergie.

C'est que, par le fait, la chasteté est réellement la souveraine gloire de l'homme. « Celui qui la garde avec fidélité, a dit un pieux écrivain, dépouille l'humanité pour se revêtir de la nature angélique ; de même que celui qui l'immole est un m. 18.

ange déclin, un démon : » Qui castitatem servaci angélus est; qui perdidit, diabolus.

Quant au prêtre, on peut dire sans la moindre exagération que le plus beau joyau de sa couronne, c'est la chasteté. Si, déjà suréminent par la hauteur de ses fonctions toutes divines , il s'étudie sans relâche à spiritualiser sa chair et ses sens par la chasteté ; si, ravi par cette vertu jusque dans le cœur de Dieu, il y établit sa demeure habituelle, n'en descendant que comme les anges et avec la pureté des anges pour exercer parmi les hommes son divin ministère, qui pourra peindre la magnificence de sa gloire? Oui, vraiment il est ange : Qui castitatem servavit, angélus est.

Mais sïl oublie sa grandeur, s'il oublie ses rapports intimes et sacrés avec la chair et le sang de Jésus-Christ dont il nourrit tous les jours son âme au saint autel ; s'il oublie la rigoureuse loi de la chasteté qui l'oblige comme prêtre, et qui s'ajoute à celle qui l'obligeait déjà comme chrétien ; s'il quitte enfin le cœur de Dieu et les splendeurs célestes pour ensevelir son sacerdoce royal dans la fange et l'ordure, quel monstre ! Il n'est plus ange, il n'est plus homme; qu'est-il donc? Il est devenu démon : Qui perdidit castitatem, diabolus est.

L'odieux scandale d'un prêtre impudique n'a pas été épargné à l'Église dans le sein de laquelle Dieu a permis de loin en loin d'affligeants désordres, comme pour mieux prouver qu'elle est divine , puisqu'elle survit à ce qui semblerait devoir la détruire, et qu'elle poursuit sa marche triomphale nonobstant les coups que lui portent ceux-là mêmes qui devraient être sa couronne et sa gloire.

Heureusement de tels scandales sont rares, et nous pouvons opposer aux grands coupables qui les donnent une multitude innombrable de saints prêtres, qui portent dans des cœurs dignes de Dieu le précieux trésor de la chasteté.

Bien convaincu que nous n'aurons que de tels prêtres pour lecteurs, nous nous bornerons dans ce chapitre à indiquer les moyens de conserver intacte la chasteté, après avoir toutefois exposé les pressants motifs que nous avons de pratiquer cette vertu.

— Nous devons être chastes : pourquoi? Parce que nous en avons pris l'engagement formel au moment le plus solennel de notre vie. Quoi donc ! la chasteté ne nous était-elle pas déjà commandée? Saint Paul ne nous avait-il pas dit, comme à tous les chrétiens, que nos corps étaient les temples de l'Esprit-Saint, et qu'une ruine éternelle attendait ceux qui les profanaient par l'impudicité : Si quis templum Deiviolaveint, disperdet illum Deus ? Oui, sans doute ; mais ce qui suffit pour le simple fidèle ne suffit pas pour le prêtre ; une loi nouvelle, une loi spéciale lui est proposée, et cette loi, il se l'est volontairement et librement imposée au jour de son sacerdoce. Averti par le Pontife qu'il était libre encore, mais qu'il allait cesser de l'être après le pas décisif; quand il s'est avancé, qu'a-t-il laissé derrière lui, si ce n'est l'œuvre de la chair et toutes ses convoitises? et vers quoi s'est-il élancé, si ce n'est vers la sainte chasteté qu'il a solennellement épousée aux pieds de son évèque ?

— Nous devons être chastes : pourquoi? Parce

que nos fonctions sont spirituelles et si saintes qu'elles ne sauraient s'allier avec un acte impur, ni même avec un commerce charnel, légitime en lui-même, comme Test celui du mariage. L'Église Ta ainsi défini, et nous ne saurions trop bénir la suprême sagesse de sa loi. Bien plus, l'hérésie elle-même, sans y penser peut-être, mais par un intinct rationnel, l'hérésie a, jusqu'à un certain point, pensé comme notre Église. Le ministre protestant n'a quitté le célibat qu'après avoir nié ce qu'il y avait de plus auguste dans les fonctions du sacerdoce, disant assez par là qu'il eût renoncé comme nous à l'œuvre de la chair si comme nous il eut cru que la sainte Eucharistie contenait réellement la chair adorable de Jésus-Christ.

Comment croire en effet cet ineffable mystère, et partager un cœur de prêtre entre Jésus-Christ dont il est le ministre, et la femme dont il deviendrait le débiteur charnel?

Mais comment croire surtout qu'on pourra recevoir tous les jours l'Humanité sainte du divin Sauveur dans une chair souillée par des actes impurs interdits à tout le monde? Plus les vices du prêtre tiennent de la chair, plus est odieuse et révoltante l'opposition qu'ils ont aux sublimes fonctions qu'il remplit. Voyez, par exemple, le prêtre ivrogne et le prêtre impudique ! Les crimes dont ils se souillent ne constituent-ils pas au suprême degré l'abomination de la désolation contre laquelle s'indignait le prophète?

— Nous devons être chastes : pourquoi? Parce erue Dieu se retire du prêtre ejui ne l'est plus. Que

ferait-il dans le cœur d'un impudique? Ministre prévaricateur, il a choisi la chair, Dieu le laisse dans la chair; « il a repoussé la bénédiction, la » bénédiction se retire : Nàluit benedictioncm, et » elongabitur ab co ; il a voulu la malédiction, et » la malédiction lui arrive à pleins bords : Dilcxit » maledictionem , et veniet ci; il en est couvert » comme d'un vêtement, elle entre en lui comme » l'eau, elle s'insinue comme l'huile jusqu'à la » moelle de ses os. » Mais en se retirant, Dieu le foudroie comme il foudroya par son ange les cinq villes infâmes, avec cette différence que le soufre et le bitume sont remplacés par le feu de sa passion, en attendant celui de l'enfer, s'il ne fait une pénitence proportionnée à ses crimes. Et de même que la stérilité suivit la dévastation de ces villes souillées, de même aussi Dieu frappe d'une stérilité visible le ministère du prêtre sacrilège.

— Nous devons être chastes : pourquoi? Parce que si le prêtre cesse de l'être, les liens qui l'attachaient à Dieu étant par là même rompus, n'ayant plus ni lumière pour se conduire, ni ferveur pour se consoler, ni courage pour se relever, ni zèle pour sauver ses frères puisqu'il se perd lui-même, il tombe lourdement d'abîme en abîme : Abyssus abyssum invocat; clans l'aveuglement d'abord, de l'aveuglement dans le découragement, du découragement dans l'insensibilité, de l'insensibilité dans l'endurcissement, et de là, s'il ne s'opère un bien rare prodige de miséricorde, dans d'autres abîmes connus de Dieu seul, où le précipite presque toujours une mort désolante.

— Nous devons être chastes : pourquoi ? Parce que les désordres du prêtre impudique, d'abord secrets, finissent par ne pins l'être, et que Ton voit alors dans l'Eglise un de ces scandales qui lui arrachent, ainsi qu'aux âmes pieuses, des gémissements et des larmes; scandale qui fait la joie des impies, qui couvre d'opprobre celui qui le donne, et qui fait dire au divin Sauveur ce qu'il disait de son perfide apôtre : Vœ homini Mi!... Bonum crat ci, si natus non fuissct homo illc. « Les misérables ! » disait un jour un saint et vénérable pasteur à » l'occasion d'un de ces prêtres scandaleux, ils » nous réduiront a rougir devant les peuples de » notre sacerdoce ! »

— Nous devons être chastes : pourquoi ? Parce que le prêtre qui ne l'est plus ne pèche pas seulement contre la chasteté, mais sacrifie sans remords toutes les vertus et s'abandonne à tous les vices pour lesquels il se sent quelque attrait. La principale barrière étant abattue, qui pourrait l'arrêter? Où trouver un impudique qui ne soit qu'un impudique? La chasteté une fois sacrifiée, qu'est-ce, pour celui qui la viole, que la charité, la douceur, la tempérance, l'humilité, le zèle, la mortification et toutes les vertus en un mot? Quel état, grand Dieu, quel état ! et quelle énorme aggravation n'emprunte-t-il pas tous les jours à cette chaîne de sacrilèges dont les anneaux deviennent bientol innombrables ! Pas une fonction sacrée, remplie par ce prêtre, qui ne soit un crime ! et ces crimes, à chaque instant il les commet jusqu'à ce qu'il y soit mis un terme ou par une conversion bien rare,

ou par une suspense canonique, on par une mort plus terrible encore que tout le reste.

— Nous devons êtres chastes enfin : et pourquoi ? Parce que le prêtre vraiment chaste est presque infailliblement un saint prêtre. Cette douce pensée ravit et console, surtout quand on pense à l'innombrable multitude de prêtres fidèles à la chasteté qu'ils ont vouée. Bénissez-les, Seigneur, ces légions de saints prêtres qui reçoivent tous les jours dans une chair immaculée la chair adorable et le sang précieux du divin Agneau ! Répandez sur eux des flots de grâces et de bénédictions pour qu'ils continuent d'édifier les peuples par la sainteté de leurs mœurs, et qu'ils vivent de manière à pouvoir vous présenter, exempte de souillures, la robe éclatante que vous leur donnâtes en signe d'alliance au jour heureux de leur sacerdoce !

O quàm pulchra est casta gcnc ratio cum claritatc !

Donnons maintenant quelques avis pratiques pour prévenir nos pieux confrères contre les dangers qui les environnent, relativement à la sainte chasteté.

— Il est une recommandation particulière que nous croyons devoir placer en tête des règles de conduite que nous allons proposer : c'est de regarder la vertu de chasteté comme si indispensablement nécessaire à un prêtre pour l'édification du prochain, le plein succès de son ministère et sa propre sanctification, que non-seulement il ne fasse absolument rien contre cette vertu, mais

qu'il s'abstienne même de tout ce qui pourrai! éveiller l'ombre d'un soupçon contre la pureté de ses mœurs. Si nous ne sommes pas scrupuleux à cet égard, si nous traitons de frivoles minuties les sages précautions des saints prêtres, nous nous permettrons bien des choses çui n'alarmeront pas notre conscience parce que ce ne seront point à proprement parler des péchés, mais ce seront des imprudences fâcheuses qui nous feront bientôt commettre des fautes réelles, et qui finiront par porter atteinte à notre réputation. Or, pensons-y sérieusement, c'en est fait de nous à jamais, si nous donnons prise de ce côté à la malignité du public.

Un libertin laïque, sincèrement converti, regagnera l'estime publique qu'il avait perdue ; le prêtre, jamais. Dieu pourra lui pardonner, le monde ne lui pardonnera point. Tout au plus le croira-til pénitent; mais un prêtre réduit à la condition de pénitent a perdu son auréole. Fit-il des miracles, le souvenir de ses fautes en ternira l'éclat.

Saint Vincent de Paul était h cet égard d'une délicatesse admirable ; il inculquait avec une force extrême la recommandation que nous |venons de faire, à tous les prêtres de sa congrégation. Yoici ce qu'il leur dit un jour à ce sujet : « Ce n'est pas » assez pour vous d'exceller en la vertu de pureté, ^ mais vous devez encore faire tout votre possible, » et vous comporter de telle sorte, que personne » n'ait sujet de concevoir à votre égard le moindre » soupçon du vice contraire; parce que ce soupçon, » fùt-il très -mal fondé, serait plus préjudiciable à » vos saints emplois que tous les autres crimes a qu'on pourrait faussement vous imputer. »

Nous ne saurions dire combien de prêtres, et moine de bons prêtres, ont eu à se repentir de n'avoir pas tenu compte de cette recommandation si importante.

— Avant notre sacerdoce avons-nous été sujets au vice impur? Si nous répondons à cette question en nous frappant la poitrine, veillons, veillons sur nous-mêmes avec une attention continuelle. Quelque édifiante, quelque sincère qu'ait été notre conversion, nous avons acquis par suite des misères du passé un certain fonds de faiblesse, une certaine inclination vers le mal qui nous entraînerait de nouveau rapidement vers les anciens abîmes, si nous ne donnions perpétuellement pour abri à notre chasteté reconquise une vigilance sévère et une prière fervente et assidue : Yigilatc et orale, ut non intretisin tentationem.

^'oublions jamais que le démon fait des efforts incroyables pour précipiter les prêtres de leur suprême élévation dans le gouffre du péché; et surtout, s'il le pouvait, dans la fange du vice impur.

Rappelons-nous, à ce sujet, les propres paroles de notre divin Sauveur, paroles si claires, si précises, et qui fortifient si puissamment la recommandation que nous venons de faire : Cùm immundus spiritus exicrit de homine , ambulat per loca inaquosa, quœrens requiem : et non inveniens dicit : Rcvcrtar in domain mearn undè exivi. Et cùm vencrit, invertit eam scopis manda tam et ornatam. Tune vadit, et assumit scpjtem alios spiritus secum nequiorcs se : et ingressi habitant ibi. Est fiant novissima hominis illius pejora prioribus.

m. iy

Trop souvent on se rassure après des fautes anciennes : le moyen de n'y pas retomber, c'est d'y penser fréquemment pour s'en humilier devant Dieu et le supplier d'épargner l'humiliation d'une rechute.

« En méditant sur la chute de saint Pierre, dit le » Père de la Colomhière dans sa Retraite spirituelle, » j'ai conçu avec étonnement et avec frayeur com- » bien nous sommes faibles ; cela me fait frémir. » J'ai en moi les sources et les semences de tous » les vices ; il n'y en a pas un que je ne sois capa- » ble de contracter; il n'y a entre moi et l'abîme » de tous les désordres que la grâce de Dieu qui » m'empêche de tomber. Que cela est humiliant ! » Que cette pensée doit donner de confusion aux » plus saintes âmes ! Yoilà pourquoi'saint Paul dit : « Cum metu et tremore vestram salutem operamini. »

Ce n'est pas assez de voir, en général, si l'on a péché autrefois contre la sainte vertu, il faut considérer en outre quelles furent les circonstances malheureuses qui déterminèrent les chutes que l'on fit, les occasions qui offrirent le plus de danger, et la nature des inclinations particulières qui produisirent tels ou tels péchés, car il est certain qu'on saura par là quel est le côté faible de l'âme, et de quelles précautions particulières il convient d'user pour écarter de nouveaux malheurs : ce qui pourtant ne veut pas dire qu'il faille entrer dans un détail trop circonstancié, dont le souvenir ne serait pas sans péril.

— Sommes-nous aujourd'hui remplis d'une vive horreur pour le vice impur et d'un ardent désir de garder intacte la sainte chasteté ?

Bénissons Dieu si ce double sentiment est profondément imprimé dans notre âme. Fortifions-le tous les jours en méditant souvent sur l'affreux malheur du prêtre qui tombe dans le bourbier de l'impureté, sur le crime horrible qu'il commet, sur l'indignation dont il remplit à son égard le cœur de Dieu, sur les joies pures dont il se prive, sur la stérilité de son ministère, sur les sacrilèges qu'il commet avec effroi d'abord, avec calme ensuite, sur la mort très-souvent subite à laquelle il s'expose, et enfin sur l'enfer au-dessous de tous les enfers que sa hideuse passion lui prépare.

Fortifions-le encore, ce double sentiment, en méditant sur le prix inestimable de la chasteté, sur le bonheur du prêtre chaste, sur les bénédictions abondantes dont Dieu prévient et sa personne et son ministère, sur l'édification qu'il donne au troupeau qu'il conduit et aux confrères qu'il fréquente, sur toutes les vertus sacerdotales qui font ordinairement cortège à la chasteté, sur la mort précieuse qu'elle procure, et enfin sur le beau ciel où elle introduit le saint prêtre qui la pratique et où il aura le bonheur de suivre éternellement le divin Agneau dans la compagnie des vierges de Jésus-Christ , Sequuntur Agnum quoeumque icrit.

— Sommes-nous toujours fidèles aux pieux exercices que nous avions adoptés au début de notre sacerdoce ?

Cette heureuse chaîne de praliques spirituelles est la gardienne infaillible de la chasteté. Nous osons défier que l'on nous cite un prêtre fidèle à ces praliques, et violateur de la sainte vertu. Cha-

cime d'elles est un lien qui l'enlace à Dieu ; et comment être impur quand on est étroitement uni au Dieu de toute pureté ?

Mais en serait-il ainsi du prêtre imprudent qui, s'appuyant présomptueusement sur lui-même, croirait pouvoir s'affranchir des œuvres de la piété ? Sa chasteté ne courrait-elle aucun risque s'il se séparait de Dieu sans vouloir écouter l'Esp rit-Saint t qui lui dit : Non potest esse contincns, nisi Deus det?

Nous sommes profondément convaincu que tout prêtre scandaleux, ignominieusement flétri par l'opinion publique, a commencé par secouer le joug des pratiques pieuses qu'il avait adoptées clans le principe ; qu'il soit sincère, et il avouera qu'il n'a point violé d'abord la chasteté et abandonné ensuite ses exercices spirituels, mais que c'est après les avoir interrompus qu'il est devenu prévaricateur. L'infortuné: qu'il était loin de penser qu'une omission qui lui semblait insignifiante était le premier signal de ses affreux désordres !

Instruisons-nous à ses dépens, vénérables confrères, et ne regardons pas comme légère une négligence qui conduit à de tels abîmes. Continuons le saint usage de nos pieux exercices si nous y sommes encore actuellement fidèles, et reprenons cet usage si nous avons eu le malheur de l'interrompre.

— N'y a-t-il point dans l ensemble de notre conduite un certain fonds de mollesse, de lâcheté et de désordre ?

Chez l'homme vraiment chaste on remarque pour l' or. 1 inaire deux traits saillants : la fermeté et la régularité. Il est ferme, car on n'est pas solidement

chaste pendant tonte sa vie sans combattre; il est régulier , car la chasteté c'est Tordre, et Tordre dans l'homme tout entier. Elle règle ses pensées, ses désirs, son imagination, son cœur et toutes ses affections, son àme et toutes ses puissances, son corps et tous ses sens.

Quand l'homme n'est pas ferme, il y a pour lui chance probable de chute s'il est attaqué, et s'il Test surtout par un ennemi terrible qui a le perfide secret de faire chérir ses blessures.

Quand il n'est pas régulier, quand le désordre ne fait sur lui aucune impression pénible, et que peut-être même il est assez malheureux pour s'y complaire, le désordre du vice impur ne l'affectera point comme il affecte un homme chez lequel tout est parfaitement en règle.

Voilà encore ce qui est admirablement confirmé par l'expérience, relativement au vice que nous combattons. Est-ce parmi les hommes solides clans leurs convictions, fermes dans leurs principes, attachés par une volonté forte à la pratique de leurs devoirs religieux, que l'impureté fait des ravages? Non, assurément non.

Est-ce parmi les hommes d'ordre, esclaves d'une règle qu'ils se sont imposée à eux-mêmes comme une loi sévère, et à laquelle ils sont aussi fidèles après trente et quarante années de sacerdoce qu'ils Tétaient au début de leur sainte carrière? Est-ce à ces vénérables pasteurs comme nous en avons connu, dont le presbytère était une communauté fervente et parfaitement réglée ? Est-ce à ces saints prêtres que le démon impur s'attaque avec succès? Non encore, très-certainement non.

Mais si Ton menait une vie sans ordre, sans règle, sans habitudes pieuses constamment observées ; si l'on vivait au hasard, selon les goûts et les inclinations du moment, se livrant en quelque sorte au premier occupant, et n'étant jamais fermement retenu dans le bien par le nerf puissant de la régularité, c'est alors que l'ennemi du salut, qui rôde sans cesse, surtout autour du prêtre, pour en faire la conquête, voyant une place si mal gardée, si faiblement défendue, ne tarderait pas à s'en rendre maître.

De même, s'il voyait un prêtre mou et lâche comme un homme du monde, s'accordant toutes ses aises, fuyant toute contrainte, ne s'imposant aucune privation, traitant son corps avec délicatesse, prolongeant son sommeil au delà du besoin, c'est alors encore que l'esprit impur lui livrerait de terribles batailles, au milieu desquelles la chasteté pourrait bien périr.

Donc, chers confrères, défions-nous de cette vie lâche, de cette vie molle et sensuelle qui serait le prélude des plus affreux malheurs. Tous les saints ont détesté cette mollesse, et si quelques-uns l'ont connue par nature, ils l'ont détruite par vertu, et l'ont remplacée par une vie pénitente et mortifiée quia été la sauvegarde de leur chasteté, comme elle sera certainement toute la sauvegarde delà nôtre.

Défions-nous aussi de cette vie sans règle et sans ordre qui ne s'allie jamais avec la vraie sainteté. Rappelons-nous que les plus beaux et les plus heureux jours de notre sacerdoce furent incontestablement ceux où un règlement particulier, ponctuellement observé, sanctifiait toutes nos œu-

vres, nous attachait à la vertu, et fortifiait notre âme à tel point, que l'apparence même du mal nous trouvait aussitôt sur la défensive, fidèles à la recommandation du grand Apôtre : Ab omnz spccic malà abstinete vos. Reprenons, reprenons avec courage cette sainte régularité hors de laquelle tout est danger pour le prêtre.

— Sommes-nous adonnés à l'oisiveté?

Nous plaindrions de toute la compassion dont notre cœur est capable le prêtre qui, en réponse à cette question, nous dirait : « Oui, je l'avoue, je suis y> oisif, le travail me pèse ; l'étude surtout m'est » insupportable; aussi ne fais-je rien à cet égard » que ce dont je ne puis absolument me dispenser. » Nous n'aurions pas besoin que cet infortuné confrère nous fit d'autres aveux : le vice de l'oisiveté nous mettrait sur la trace de tous les autres. Jamais nous ne pourrons dire les maux effroyables que ce vice produirait dans le clergé, s'il venait malheureusement à s'y propager. C'en serait fait de toutes les vertus, c'en serait fait surtout de la sainte pureté ; car, nous le savons bien, l'un des plus grands fléaux qu'elle redoute, c'est l'oisiveté.

L'âme d'un homme oisif est vide de vertus, et par conséquent ouverte à tous les vices : Multam malitiam docuit otiositas, nous dit l'Esprit-Saint. Mais pour parler spécialement du vice que nous combattons, quelle a été la cause des crimes de Sodome et des châtiments épouvantables qui en ont été la suite? C'est encore l'Esprit-Saint qui nous l'apprend ? Hœc fuit iniquitas Sodomse, otium illius, (Ezech.)

« Si l'on y fait attention, avons-nous dit dans la Pratique du zèle, on verra toujours, et presque sans trouver où placer une exception, que le relâchement dans la piété, l'amortissement du zèle, le désir de se produire , les tentations mollement combattues, les petits scandales d'abord, et plus tard les scandales énormes qui déshonorent le sacerdoce, ont eu leur source primitive dans le dégoût de l'étude et dans cette lâche oisiveté qui a fait et qui fait encore tant de victimes.

» D'un autre coté, si l'on y apporte la même attention, on verra certainement qu'un prêtre studieux, surtout (notons bien ceci) si c'est à la science ecclésiastique qu'il se livre, sera très-rarement, ou plutôt ne sera presque jamais un prêtre scandaleux. »

Aimons donc l'étude comme la pureté qu'elle protège, et détestons l'oisiveté comme le vice impur auquel elle conduit. Ama scientiam Scrijjtwarum, nous dit avec raison saint Jérôme, et Garnis vitia non amabis.

On lit dans la vie de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, dite dans le monde madame Âcarie, un trait qui fortifie singulièrement ce qui vient d'être dit. « Un ecclésiastique s'était laissé entraîner à une mauvaise passion ; et, afin de se marier impunément, il voulait se faire hérétique. Comme il avait paru jusqu'alors mener bonne conduite, on était étonné du scandale qu'il donnait. « Cet » homme était oisif, dit madame Acarie, et ne » s'occupait pas comme il aurait diï : voilà pour- » quoi il est tombé. Son amour pour cette fille » était d'abord spirituel : il a dégénéré en amour

» sensuel ; il est ensuite devenu charnel, et enfin » il est tout brutal. » On remarque, ajoute l'auteur de la vie de la bienheureuse, que ce peu de mots fut très-utile à un prêtre qui était présent et qui connaissait l'ecclésiastique dont on parlait : luimême s'appliqua davantage à remplir ses devoirs, pour ne pas faire la même chute que son malheureux confrère. »

— Sommes-nous sobres dans l'usage des aliments ? L'impureté est tout particulièrement le vice de la chair : voilà pourquoi les saints de tous les siècles et de toutes les conditions voulant résolument être chastes, ont dompté et maté leur chair par le jeune et les austérités delà pénitence. Malgré ces saintes rigueurs, l'aiguillon de la chair, qui n'épargnait pas un saint Paul, ne les épargnait pas eux-mêmes ; mais, toujours victorieux parce qu'ils étaient toujours mortifiés, leurs tentations se transformaient en victoires. Que fussent-ils devenus si, au lieu de combattre leur chair, ils l'eussent ménagée, flattée, fortifiée, en satisfaisant abondamment ses appétits sensuels? /tt vino luxuria, nous dit l'Esprit- Saint ; et qui ne sait que l'expérience confirme à chaque instant la vérité de cette sentence?

Un jour, un médecin très-remarquable au double point de vue de la religion et de la science, proféra ces paroles que nous n'avons jamais oubliées et qui trouvent ici tout naturellement leur place : «Je » crois fermement à la pureté des prêtres et je » m'en édifie ; mais quand j'en vois plusieurs » prendre une large part aux repas très-fréquents » qu'ils se donnent entre eux, ou auxquels ils sont m. 19.

» invités par des laïques, j'admire comment ils » demeurent chastes en renouvelant si souvent ce » qui, selon moi, est excessivement dangereux pour » la chasteté ; et je ne m'explique la pureté de leurs » mœurs avec de telles habitudes, que par les » grâces d'état très-abondantes qu'ils reçoivent » sans doute dans leur auguste profession. »

Il est très-fàcheux que nous donnions occasion à des hommes du monde respectables de tenir à notre égard un tel langage.

Nous citerons encore ce que disait à ce sujet un pieux personnage dont l'Europe a connu et admire l'éminent e vertu, le prince de Hohenlohe : « Le » mont Etna, dit-il, ne brûle pas avec tant d'ardeur » que la chair, quand elle est enflammée par le » vin et les viandes. Si je suis capable de donner » quelque conseil, si l'on en croit l'épreuve que » j'en ai faite, j'avertis sur toute chose, etjecon- » jure l'âme qui veut être épouse de Jésus-Christ » en conservant la chasteté, de fuir le vin comme » un poison mortel. Ce sont là les premières » armes du démon. Le vin embrase la volupté. » Pourquoi jetons-nous de l'huile dans le brasier ? » Pourquoi dormons-nous à ce corps déjà plein de » feu de quoi le faire brûler encore davantage ? » Le prince emprunte à saint Jérôme ces deux dernières questions, ce qui fortifie puissamment son autorité et doit faire sur nous une impression plus profonde encore.

Méditons souvent ces graves considérations, qui doivent nous porter à mortifier notre chair, et méditons aussi ces paroles si remarquables du grand apùtre : Datas est mi/ti stimulus carnis qui me cola-

jyhisct. . . Corpus mcum castigo et in servilutem rcdigOy ne, cùm aliis pr&dicaverim, ipse reprobus cfficiar... Sobinus esto... Oportet diaconos esse pudicos... nonmulto vino deditos.

Si nous aimons la chasteté, nous devons aimer ce qui la protège ; et si nous détestons le vice impur, nous devons détester ce qui le fait naître et ce qui le fomente.

— Pratiquons-nous fidèlement la mortification des sens ?

Le cœur est incontestablement le foyer de l'impureté ; mais les canaux, les avenues, ou, si l'on pouvait ainsi parler, les bouches du cœur, ce sont les sens. Entre les yeux et le cœur, la communication est instantanée ; l'électricité n'est pas plus rapide. L'oreille est de même ; la parole qui la frappe retentit au fond du cœur à l'instant même. Or les sens, et le cœur par contre-coup, sont naturellement portés à goûter les satisfactions charnelles. Si donc on les tient ouverts, les occasions de se satisfaire étant excessivement fréquentes, il est aisé de comprendre qu'ils exposeront la chasteté à des dangers perpétuels. De là cette mortification sévère que tous les saints se sont fait un devoir de leur imposer. Nous regarderions comme une espèce de miracle l'alliance de la chasteté avec des sens immortifiés.

Sommes-nous en règle à cet égard ? Examinons.

Évitons-nous la compagnie des personnes dont les discours inconvenants frapperaient péniblement nos oreilles ? Refusons-nous d'entendre des chansons profanes qui contiennent des choses dont la

pudeur, etla pudeur cléricale surtout, est justement alarmée ? Nous interdisons-nous certains concerts lascifs où Fàme semble s'amollir, concerts au reste où le monde lui-même est surpris et même mécontent de rencontrer le prêtre ? Ne fréquentonsnous que des personnes dont les conversations sont édifiantes et propres à nous affermir dans la pratique de la sainte vertu ?

Nous recommanderons à ce sujet de choisir pour compagnie habituelle et pour amis intimes quelques saints prêtres éminemment chastes. Il y a dans leur conversation je ne sais quoi de sympathique, en fait de pureté, qui saisit délicieusement, tous ceux qui les approchent. Leurs paroles, leurs regards, leur attitude, la modestie de Jésus-Christ répandue dans leur extérieur ; tout cela produit une impression de vertu qui fait qu'on est plus chaste encore en se séparant d'eux, qu'on ne l'était avant de les aborder,

Et nos yeux, sont-ils chastes ? Voyez dans le monde un libertin : quel regard ! Il semble que le démon de l'impureté a fixé son siège dans les yeux de ce misérable. Mais voyez un homme chaste : quelle pudeur ! quelle modestie ! c'est vraiment l'ange de la pureté qui dirige son œil. Nous ne connaissons rien de plus édifiant que le regard charmant du prêtre parfaitement chaste. Qui de nous, chers confrères, n'a pas senti son âme comme inondée de pureté à la simple vue de l'image de l'angélique Louis de Gonzague, tel qu'il y est communément représenté ?

Saint Vincent de Paul était admirable aussi par la modestie de ses yeux. L'auteur de sa vie,

Mgr Àbelly, s'exprime ainsi à cet égard : « La » pudeur de son cœur rejaillissait sur tout son » visage. Il tenait tous ses sens dans une grande » retenue, particulièrement la vue, ne regardant )> ni légèrement, ni curieusement, ni hors de pro- » pos, ni d'un regard fixe les personnes de l'autre » sexe. »

Non-seulement nous conserverons le précieux trésor de la chasteté par la modestie du regard, mais nous édifierons par là tellement les peuples, qu'à cause de cela seul ils nous croiront de dignes et de saints prêtres. Si nous ne sommes pas modestes dans nos regards, ceux qui nous verront pour la première fois voudront des preuves de notre sainteté avant d'y croire ; mais ils y croiront tout d'abord et jusqu'à preuve contraire, si nos regards sont pudiques et parfaitement réglés.

Enfin disons un mot du plus impressionnable de tous nos sens, le tact. Ne l'oublions pas, notre chair est sainte. Elle l'était déjà par le baptême qui nous avait rendus les temples de l'Esprit-Saint ; elle Tétait devenue plus encore par fonction sacerdotale, et enfin elle le devient de plus en plus au saint autel par son contact, disons mieux, par son incorporation quotidienne avec la chair et le sang du divin Sauveur. Nous avons connu un prêtre, homme de foi, qui aimait à baiser avec un profond sentiment de respect ses doigts consacrés en pensant à l'honneur qu'ils avaient de toucher tous les jours le corps adorable de Jésus -Christ. Malheur à nous si nous profanions jamais par un attouchement illicite la chair consacrée que le Fils de Dieu choisit si souvent pour son tabernacle, et

autour de laquelle les auges adorent le Saint des saints qu'elle renferme !

Ne nous permettons jamais une seule de ces légèretés , un seul de ces attouchements soit sur nous-mêmes , soit sur les autres , que les saints prêtres s'interdisent avec une rigueur scrupuleuse.

Qu'il est édifiant de voir jusqu'où saint Vincent de Paul poussait la réserve sur ce point important ! Un pieux curé lui proposa un jour sur cette matière une question qui faisait voir d'un côté la délicatesse de ce bon prêtre, et de l'autre l'exactitude du saint : il lui demanda s'il était à propos de toucher le pouls d'une fdle ou d'une femme fort malade, pour voir si elle était proche de la mort afin de lui donner les derniers sacrements et de faire pour elle les prières de l'agonie. Voici la réponse qui lui fut faite : « Donnez-vous bien de garde d'user de cette prati- » que ; le malin esprit pourrait bien se servir de ce » prétexte pour tenter le vivant et la mourante » même. Le démon, en ce passage, fait flèche de » tout bois pour rattraper une àme; la vigueur de » l'esprit peut rester, quoique celle du corps soit » affaiblie. Souvenez- vous de ce saint qui étant » malade, ne voulut point que sa femme le touchât » après l'avoir quittée par un mutuel consentement, » criant avec ce qui lui restait de voix qu'il y avait » encore du feu sous la cendre. Servez-vous du » médecin ou d'une autre personne pour obtenir » le /renseignement que vous désirez; mais quoi » qu'il arrive, ne vous hasardez jamais de toucher )> ni fdle ni femme sous quelque prétexte que ce soit. » Il était rigoureux en cette matière, ajoute l'auteur de sa vie , quoique condescendant en toute autre

chose. Imitons cette rigueur, chers confrères, elle sera la gardienne de notre chasteté.

— Ne nous trouvons-nous pas trop souvent et sans motif légitime dans la compagnie des personnes de différent sexe ?

De l'aveu de tout le monde, la fréquentation assidue des femmes est pour l'homme une occasion de péché. Or s'il est en morale un principe généralement admis, c'est que l'on doit fuir l'occasion du péché si l'on veut assurer l'œuvre de son salut. Ce principe, vrai en toute matière, est absolument incontestable en ce qui concerne la sainte vertu, L'homme ne peut se conserver chaste que par le secours de Dieu : Scivi quoniam aliter non possem esse continens, nisi Deus det ; or Dieu n'accorde point son secours à celui qui s'expose volontairement à l'occasion de pécher; il lui annonce, au contraire, une ruine certaine : Qui amat pcricidum. in illo peribit.

Saint Philippe de Néri disait avec beaucoup de raison que, dans la guerre contre le vice impur, ce sont les poltrons qui remportent la victoire, c'està-dire ceux qui fuient l'occasion.

Saint Vincent de Paul, dit l'auteur de sa vie, n'allait jamais voiries dames de son assemblée en leurs maisons sans nécessité, non pas même mademoiselle Le Gras, supérieure des Filles de la Charité qu il a instituées. Il écrivait un jour à cette vertueuse fille, qui était malade : « Si vous désirez » que je vous voie en votre maladie, mandez-le- » moi; je me suis imposé la loi de ne vous aller » jamais voir sans être mandé pour chose néces-

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» sah'ê ou fort utile. » Quand il était obligé de

voir quelqu'une de ses filles pour affaire de conscience ou en quelque aulre circonstance importante, il fallait le presser beaucoup et à diverses reprises; encore cédait-il avec répugnance, afin qu'on ne revint pas trop souvent à la charge. Et de quelles précautions n'usait-il pas quand il accordait de telles audiences ! Il faisait entrer son compagnon dans la chambre où il entrait lui-même et ne voulait point qu'il en sortît avant lui, le faisant seulement retirer un peu à l'écart. Il voulait toujours des témoins quand il parlait à une personne du sexe; il abrégeait l'entretien autant qu'il était possible, et pendant qu'il durait, il ne se départait jamais de la plus exacte modestie dans son regard, dans ses paroles et dans tous ses mouvements. Aussi a-t-on remarqué que quoiqu'on lui ait faussement reproché divers crimes, jamais on a osé toucher à sa pureté virginale.

Chose étonnante ! les saints se croient obligés à des précautions infinies pour la conservation d'une vertu si bien protégée, ce semble, par leur éminente perfection ; et des prêtres légers, imprudents, peu recommandables par la piété, c'est-àdire habituellement prédisposés à toutes sortes de misères, s'exposent gaiement et sans le moindre scrupule aux occasions les plus dangereuses. Car, il faut bien en convenir, ceux qui tremblent le moins sont précisément ceux qui devraient trembler davantage.

Mais, dira-t-on, la personne que je vois est âgée. — L'est-elle assez pour que sa fréquentation soit pour vous et pour elle sans le moindre danger?

— Mi —

Elle est âgée? mais ne vit-elle point avec des personnes moins Agées qu'elle, des filles, des nièces, des servantes ? Et quel malheur si, sans s'en rendre bien compte, c'était autant pour celles-ci que pour la personne âgée que se feraient les visites ! Elle est âgée; mais malgré son âge, n'y a-t-il point dans le monde des langues qui censurent vos assiduités auprès d'elle?

Je suis sur de moi et de mes intentions, dira-ton encore. — Quelle présomption! et comment croire que Dieu la bénira! Àvez-vous plus de raisons pour vous rassurer que n'en avait saint Vincent de Paul, dont nous venons d'admirer la sage conduite? Écoutez saint Jérôme; ses paroles devraient vous faire frémir : Plurimi saxctissimi ecciderunt in hoc vicia propter suam securitatem. Nullus in hoc confidat. Si sanctus es, nec tamen secums es. Écoutez aussi saint Chrysostôme : Xum tu saxum es, num ferrum ? Homo es communi naturœ imbecillitati obnoxius. Ignem capis, nec nreris?

Rappelons-nous ce qui est dit dans la Pratique du zèle ecclésiastique (n° 398, 3e édit.), relativement à ces fréquentations que l'on se permet quelquefois au mépris de la censure du public : « De la » part des mauvais prêtres qui ont levé le masque, » hélas ! cela se conçoit : mais de la part de pré- » très, d'ailleurs irréprochables, cela ne peut s'ex- » pliquer que par un travers d'esprit et un vice de » jugement. Et pourtant, quoi de plus simple que » cette réflexion : // n'est pas nécessaire que je fréquente cette personne, et il est d'une absolue nécessité que ma réputation soit sans tache. »

— Ne nous permettons-nous point certaines lectures plus ou moins dangereuses?

Jamais le saint prêtre ne s'en permet de semblables. Marchons fidèlement sur ses traces, du moins en ce point si délicat. Imposons-nous comme une loi sévère de ne lire jamais ces historiettes un peu légères, pour ne pas dire galantes ; ces feuilletons dans lesquels, à coté de quelques sentences morales, se trouvent des descriptions qui ne le sont guère ; ces pièces de théâtre ou même le simple compte-rendu de ces pièces, qui arrachent toujours à la chasteté quelques gémissements ; et enfin ces romans réputés honnêtes, que ceux-là mêmes qui les qualifient ainsi s'étonneraient de trouver entre les mains d'un prêtre.

Après de telles lectures, quand on a l'imprudence de se les permettre, on sent toujours au fond de l'âme un certain malaise, un remords plus ou moins poignant, un fonds de mollesse et de lâcheté, un goût moins prononcé pour les œuvres du ministère, une sorte d'incapacité et presque d'aversion pour la prière et les exercices spirituels, c'està-dire exactement tout le contraire de ce que l'on éprouve après une lecture pieuse.

— N'entretenons-nous point des correspondances suivies avec des personnes de sexe différent?

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit avec détail sur cette matière dans la Pratique du zèle (n° 294) ; nous dirons seulement que de telles correspondances sont très-rarement utiles, et qu'elles sont souvent excessivement dangereuses. Il pourrait s'y faire certains épanchements aux

suites desquels il nous est impossible de penser sans frémir.

N'oublions pas que, dans nos rapports avec les femmes, un mot peut devenir une étincelle, et qu'une étincelle suffit pour produire un vaste incendie ; n'oublions pas non plus que les jeunes personnes ne tiennent presque jamais secrètes les lettres qui leur sont adressées par un prêtre. Elles ont dans le monde, ces jeunes personnes, des amies auxquelles elles sont heureuses et même quelquefois fières de communiquer les pièces de leur correspondance ; et de confidence en confidence, le secret sur lequel on comptait acquiert une publicité que l'on déplore quand il n'est plus possible d'y porter remède.

Règle excellente pour éviter ce malheur : n'envoyons jamais une lettre si, après l'avoir écrite, nous ne pouvons pas dire : Je la ferais lire à mon évèque s'il était présent.

— Enfin sommes-nous complètement irréprochables au tribunal de la pénitence, sous le rapport de la sainte vertu ?

Voici les principales recommandations que nous croyons devoir faire sur ce point important :

1° Ne point désirer d'avoir de jeunes personnes ou de jeunes femmes pour pénitentes, et ne rien faire pour devenir leur confesseur.

2° Grande modestie dans le regard pendant la confession, n'arrêtant jamais les yeux avec délibération sur les personnes du sexe ni sur leurs vêtements.

3° Excessive réserve dans les interrogations, se bornant au strict nécessaire et usant des exprès-

sions les plus modestes quand on en vient au sixième commandement.

4° Ne point se permettre d'exhortations trop chaleureuses, même pour porter les jeunes personnes à la vertu. « Abstenez-vous entièrement, » disait saint Vincent de Paul aux prêtres de sa » congrégation, de parler et d'écrire aux femmes et » filles en termes trop affectifs, quoique ce soit en » matière de dévotion. » 11 parlait et écrivait, dit l'auteur de sa vie, bonnement et respectueusement à tout le monde, mais jamais trop amicalement ni mollement aux personnes de l'autre sexe.

5° Renvoyer à un autre confesseur les pénitentes en qui l'on verrait un attachement trop marqué pour leur confesseur , à moins que la crainte qu'elles exprimeraient à ce sujet ne fût un vain scrupule. On s'assurera qu'il en est ainsi en voyant si elles sont scrupuleuses sur plusieurs autres points, et si elles ont toujours été disposées comme elles le sont à l'égard de tous leurs confesseurs.

G0 Les renvoyer impitoyablement si malheureusement, ce qui assurément n'aura jamais lieu, on se voyait exposé au danger prochain de pécher à leur occasion, surtout si ce danger ne pouvait être éloigné par d'autres moyens.

7° Tenir à sa main un petit crucifix pendant que l'on confesse les jeunes personnes; regarder constamment ce crucifix et le baiser même de temps en temps avec piété, en invoquant au fond de son cœur Jésus et Marie.

8° Confesser plus brièvement , toutes choses égales d'ailleurs, les jeunes personnes que les autres pénitents.

9° Enfin ne pins penser volontairement à elles quand la confession est terminée.

— Telles sont les règles de conduite que nous avons cru devoir proposer à nos clignes confrères relativement à la plus belle et à la plus délicate de toutes les vertus. Puissions-nous les observer avec une inviolable fidélité ! Autant le prêtre est béni de Dieu et des hommes quand il est chaste, autant Dieu et les hommes le méprisent quand il cesse de l'être. Considérons la chasteté comme le plus précieux de tous nos trésors, et veillons à sa garde avec une attention scrupuleuse. Soyons sobres, soyons modestes, soyons humbles, soyons mortifiés, soyons studieux, soyons des hommes de règle et de prière, et ne rejetons jamais comme minutieux les plus petits moyens dont Dieu nous inspirera de faire usage pour la conservation d'une vertu qui lui est si chère.

Un fervent directeur de séminaire, dont nous aimons à nous rappeler les sages conseils et l'éminente vertu, nous disait souvent avec l'aplomb d'une inébranlable conviction et l'autorité d'une longue expérience : Messieurs, un prêtre parfaitement chaste est un saint prêtre . Adoptons cette sentence comme un axiome spirituel, et puisque nous devons tous être de saints prêtres, soyons tous, soyons toujours éminemment chastes, et cédons avec empressement à la tendre sollicitation que l'Esprit-Saint nous adresse par la bouche de saint Paul : Obsecro vos, fratres, per misericordiam Dei, ut exhibeatis cor par a vestra hosti <m viventem, sanctam, Dco placentem .

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