‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 43 sur 46 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

— Nous louchons au terme de notre travail. Plaise au ciel que nous ayons rempli la tâche que nous nous étions imposée, de manière à procurer la gloire de Dieu et la sanctification de ses ministres !

Recueillons-nous en terminant, bien-aimés confrères, et demandons-nous, sans nous flatter, jusqu'à quel point la lecture de cet ouvrage, tout imparfait qu'il est, nous a été profitable. Ne nous sommes-nous point contentés de le juger suivant l'usage d'un grand nombre de lecteurs, approuvant ce qui nous a paru convenable, censurant ce qui nous a déplu, et nous arrêtant là ? Cette lecture achevée, allons-nousl'oublier comme nous en avons peut-être oublié tant d'autres ? Allons-nous continuer de vivre comme si nous ne l'avions point faite, et comme s'il n'y avait rien ou du moins presque rien à réformer dans notre conduite ? Le livre, fermé et déposé sur un des rayons de notre bibliothèque, ne va-t-il point, comme plusieurs de ses voisins, être mis pour longtemps au rebut et condamné désormais à une complète inutilité ? Sa lecture, au contraire, a-t-elle produit ou va-t-elle produire en nous quelque fruit réel ? Pensons-nous sérieusement aux moyens d'effectuer les bons désirs qu'elle nous a peut-être inspirés ? Quel bien pratique va-t-elle opérer dans notre âme ? Quel défaut allons-nous attaquer ? Quelle vertu spéciale

allons-nous cultiver ? Quelles précautions allonsnous prendre contre le relâchement ? Quelles habitudes pieuses allons-nous contracter ? Quel nouvel artick allons-nous ajouter à notre règlement ? Quelles œuvres de zèle allons-nous entreprendre ? Autant de questions que nous prions nos dignes collègues de s'adresser en ce moment dans leurs intérêts les plus chers.

Si Ton a fait à notre ouvrage l'honneur de le lire avec quelque attention, on a dû voir que nous nous sommes constamment proposé d'être utile : 1° aux mauvais prêtres, très-rares parmi nous ; — 2° aux prêtres tièdes et relâchés, un peu moins rares que les précédents ; — 3° enfin aux bons prêtres, trèsnombreux dans le champ de l'Église. Quelles actions de grâce nous aurions à rendre à Dieu, si ceux de nos confrères qui appartiennent à quelqu'une de ces trois classes, et qui ont daigné lire notre humble production, profitaient de cette lecture pour devenir tous des prêtres modèles, des prêtres vraiment saints et irrépréhensibles sur tous les points, selon l'expression du grand Apôtre !

Quel bonheur, par exemple, et quel sujet do consolation si quelque mauvais prêtre, après avoir eu le courage de lire ce que nous avons écrit pour le salut de son àme, allait trouver un des saints prêtres de sa contrée pour lui faire part de ses impressions à l'occasion de cette lecture, et si, dans la ferveur de l'épanchement, ces deux prêtres si différents l'un de l'autre, échangeaient les paroles suivantes ou autres semblables !

« — En lisant le Saint Prêtre, j'ai fait des réflexions qui m'accablent. Dans ce livre, j'ai vu ce

que je dois être et ce que je ne suis point, j'ai vu ce que je devrais faire et ce que je n'ai pas seulement le courage d'entreprendre, j'ai vu les vertus qui me manquent et les vices qui me tyrannisent, j'ai vu la sublimité de mon sacerdoce et l'indignité de ma conduite, j'ai vu la multitude de grâces dont Dieu m'a comblé et l'abus effroyable que j'en ai fait ! — Et qu'avez-vous conclu de ces diverses réflexions? — Je ne sais trop. — Mais encore... — Espérons... — Oui, sans doute, vous devez espérer ; mais la base d'une espérance solide, vous le savez bien, cher ami, c'est la ferme détermination de changer immédiatement de conduite. Est-ce là ce que vous voulez faire ? — Je n'en ai pas le courage. — Ce courage est une grâce que Dieu ne refuse jamais quand on la lui demande par une prière fervente. — Je ne prie plus, je ne puis plus prier. — Vous le pouvez toujours, et vous le pourrez jusqu'au dernier battement de votre cœur ; priez donc, et pour féconder votre prière, faites quelque pénitence. — Ce mot seul me rebute. — Fuyez l'occasion. — Je n'en ai pas la force. — Allez vous jeter aux pieds d'un saint prêtre. — Je l'ai fait cent fois et toujours en vain. — Faites une retraite. — J'en fais depuis vingt ans et je suis toujours le même, ou plutôt je sens que je m'enfonce de plus en plus dans l'abîme. — Que voulezvous donc devenir, mon tendre ami? — Je ne sais. Espérons... — En quoi ? — Dieu est bon ; il aura pitié de moi. — Oui, si vous faites ce que je vous conseille ; non, si vous continuez d'abuser de sa bonté et de provoquer sa colère. — C'est ce que je dis aux autres. — Et pourquoi ne pas vous le dire m. 31.

efficacement à vous-même ? — C'est vrai ; espérons... — En quoi voulez-vous encore espérer? — Je trouverai peut-être dans l'avenir ce que le présent me refuse. — L'avenir, cher confrère, est un mot gros d'illusions : disons mieux, l'avenir n'est rien et ne peut par lui-même absolument rien pour votre conversion. Est-ce que c'est l'avenir qui convertit ? Non ; c'est Dieu, c'est Dieu seul ; or, plus vous différez de revenir à Dieu, plus cet avenir qui vous rassure est effrayant, puisque chaque jour vous augmentez le nombre de vos crimes, et vous diminuez, par l'abus que vous en faites, le nombre des grâces qui vous sont si nécessaires. Et puis, comptez- vous pour rien cette mort, si souvent subite parmi nous, qui peut d'un moment à l'autre vous précipiter dans l'éternité avant la réalisation de vos rêves ? — C'est vrai, c'est vrai ; vous achevez de me confondre. Grand Dieu ! quel état est le mien ! quel trouble ! quel désordre ! quel chaos ! quel enfer anticipé ! C'en est fait, je n'y tiens plus ; les angoisses me pressent de tous côtés ; je me lève et je vais à mon Père ; priez-le qu'il me pardonne. »

Puisse l'infortuné confrère qui lira peut-être ces lignes, et qui se reconnaîtra dans ce sombretableau, briser ses chaînes, s'arracher de son bourbier, et rendre à sa couronne sacerdotale la splendeur qu'elle a perdue dans la fange du vice î

Quel bonheur si, à son tour, quelque prêtre tiède et relâché allait ouvrir son cœur à un fervent confrère, et s'ils avaient ensemble l'entretien suivant, ou tout autre de cette nature !

« — Je le savais bien, mais je le sais mieux

encore, je suis incontcstableemnt dans la catégorie des prêtres tièdes. — C'est un grand malheur, mon digne ami ; mais est-il bien vrai que vous soyez dans les voies de la tiédeur? — Je vous dis que c'est incontestable : au reste, jugez-en vousmême. À l'exception des grands scandales, des péchés mortels évidents, et de quelques péchés moins graves pour lesquels j'ai une aversion naturelle, je ne m'impose pas la moindre contrainte pour éviter ce que je crois n'être que véniel. Quand je ne sais trop si la faute que je vais commettre n'est pas plus grave que je ne pense, j'incline presque toujours pour ce qui favorise mon mauvais penchant, et je me dis, quoique avec quelque inquiétude : Cela peut encore passer. Je blesse plus ou moins toutes les vertus ; j'ai des défauts, et en grand nombre, que non-seulement je ne détruis pas, mais que je n'ai pas même le courage de combattre. Je n'ai aucun goût pour l'étude, et j'en ai beaucoup pour le jeu ; la vie de retraite m'est insupportable, et je n'ai d'attrait que pour les courses, les voyages, les festins et les visites frivoles. Mon ministère est très-peu productif; le saint tribunal m'est à charge, je catéchise mal, je prêche sans instruire, je ne fais rien de particulier pour la conversion des pécheurs, je néglige les malades et les pauvres, je néglige surtout les misères spirituelles de ces derniers. Mon église est à peine décente, ma sacristie est en désordre, mes ornements sont dans un état pitoyable, ma négligence et mon incurie éclatent de toutes parts. Quant à mes œuvres spirituelles, elles se réduisent à la sainte messe, au saint office et à quelques lam-

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beaux d'oraison de temps eu temps; mais, hélas! comment se font ces trois choses!... Je pourrais ajouter beaucoup d'autres détails; ceux-ci doivent suffire pour vous convaincre que je me rends justice eu me rangeant parmi les prêtres tièdes et relâchés. — Au moins, cher ami, la sincérité de vos aveux me touche et m'édifie ; mais qu'allezvous conclure de vos réflexions? — C'est précisément cette conclusion que je médite. — N'est-elle pas toute naturelle? — C'est vrai quant à la spéculation ; mais, pour la pratique, c'est une rude affaire. — Dieu vous aidera, vous pouvez tout avec sa grâce. — Sans doute, mais pourtant ma lâcheté m'épouvante. Du reste, je ne suis pas, après tout, dans la voie du mauvais prêtre. — Non, mais vous êtes dans celle qui y conduit. — Je ne voudrais pas commettre un péché mortel. — Etes-vous bien sur de n'en commettre aucun parmi cette multitude que vous qualifiez de véniels? — Je suis loin d'avoir cette certitude. — Ètes-vous bien sur de ne pas franchir quelque jour la limite qui vous sépare du mauvais prêtre? — Je dois craindre ce malheur, puisque je ne fais rien pour m'en préserver.

— Pensez-vous que Dieu soit satisfait de votre conduite? — Non. — Est-elle en rapport avec la sainteté de votre état? — Non. — Édifiez-vous les peuples par l'exemple des vertus que vous leur prêchez? — Non. — Travaillez-vons comme vous le devez au salut des âmes dont vous avez la charge ?

— Son. — Etes-vous heureux au service de Dieu?

— No.i. — Votre conscience est-elle calme? — Non. — Youdiïez-vons mourir dans l'état où vous êtes? — Non. — Si vous ne changez pas, croyez-

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vous qu'une mort sainte viendra tout subitement couronner votre vie tiède? — Non. — Eh! mon cher ami, que voulez-vous de plus que mes questions et vos réponses pour vous déterminer, coûte que coûte, à opérer une réforme si impérieusement commandée? — C'est vrai, je ne veux plus résister à la grâce : Je me lève et je vais à mon Père. Mon Dieu, soyez béni de l'heureux changement dont vous m'inspirez la pensée : Dixi, mine cœpi; hœc mutatio dexterœ Excelsi. »

Quel bonheur enfin, si quelque bon prêtre, voulant répondre à l'appel de Dieu qui lui dit avec amour : Amiee, ascende superiùs, s'adressait, lui aussi, à un saint prêtre de ses amis et lui parlait ainsi :

« — Je viens, digne confrère, vous exposer l'état de mon âme et vous confier mes sentiments intimes. — Parlez, cher ami, je goûte d'avance le bonheur de vous entendre ; je vous connais depuis longtemps; vous n'êtes, grâce à Dieu, ni un mauvais prêtre, ni un prêtre tiède et relâché. — C'est possible ; mais, selon les principes du livre que je viens de lire, je ne suis pas un saint prêtre : c'est assez vous dire (excusez ma naïveté) que je crois appartenir à la classe si nombreuse de ceux que ce livre appelle bons prêtres. — En ce cas, vous ne vous bornez point, en fait d'oeuvres saintes, au strict nécessaire? — Non. — Vous avez des habitudes pieuses? — Oui. — Vous exercez un ministère honorable, et vous jouissez de la confiance, du respect et de l'estime des peuples ? — Je le crois. — Votre conscience ne transige ni avec des péchés mortels, ni même avecjles péchés véniels un peu

notables et parfaitement délibérés? — J'en con viens ; mais avec tout cela je ne possède point une paix complète. — Comment donc? — Écoutez : si je vois, sans me vouloir flatter, quelque distance entre moi et le prêtre relâché, j'en vois une au moins aussi grande entre ma conduite et celle du saint prêtre. Je ne voudrais pas descendre au degré du premier, et je ne me sens pas le courage d'arriver à celui du second. Je me contente du bien, sans me soucier du mieux. Je sais que j'ai des défauts; mais je m'en dissimule la gravité; il me semble que je les combats ; mais, au fond, je les épargne. Mes confessions me rassurent; et cependant le progrès dans la piété n'est pas un de leurs fruits. J'ai un règlement, mais je le viole; je prie, mais Dieu n'est pas toujours content de mes prières ; j'estime beaucoup les exercices spirituels, mais je me borne souvent à les estimer; je m'emploie à sauver des âmes dans mon ministère, mais je sens que j'en sauverais un bien plus grand nombre si j'étais plus saint; je n'ai point de remords cuisants, mais je n'ai point non plus de consolations bien senties. N'avais-je pas raison de vous dire que la paix dont je jouis n'est pas une paix complète? — C'est vrai, cher confrère, mais cette paix complète est si douce, et vous êtes si près de la posséder, que vous allez sans doute vous efforcer de l'acquérir. — Hélas! j'en ai pris cent fois la résolution, mais cent fois aussi j'ai vu cette résolution sans effet. — Revenez à la charge avec un nouveau zèle, mon excellent ami; tenez ferme à vos exercices spirituels, réglez votre vie, faites mieux vos oraisons, ne manquez pas un seul jour

à l'examen particulier, fuyez le monde, les jeux et les festins, ne cherchez le bonheur que dans la piété et dans l'étude, adonnez-vous aux œuvres de zèle et de charité, choisissez un saint prêtre pour confesseur, dites-lui que vous voulez devenir un saint prêtre vous-même, priez-le de vous aider de tout son pouvoir à réaliser ce désir, et soyez sûr que Dieu bénira vos efforts. — Chacune de vos paroles retentit doucement au fond de ma conscience : puissent-elles être le germe de l'heureux changement que je désire ! »

Allons tous les trouver, ces fervents confrères dont les paroles et les exemples sont si entraînants. Allons nous réchauffer au foyer de leur ardente piété. Nous les connaissons bien ces héros du sacerdoce, ces prêtres vénérables qui, seuls, ignorent le trésor de mérites qu'ils possèdent et qu'ils grossissent chaque jour. L'esprit ecclésiastique les pénètre à tel point qu'ils sont prêtres en tout, partout et toujours. Quand nous ne sommes pas, nous, ce que nous pourrions, ce que nous devrions être, la seule vue, la seule pensée même de ces hommes de Dieu est une prédication muette qui nous dit au fond de la conscience : Inspice et fac secandùm exemplar. Quelle douceur ! quelle charité ! quelle modestie ! quelle humilité ! quelle obéissance ! quel amour de la retraite et de l'étude! quel zèle pourle salut des âmes ! quelle vie de règle et de bonnes œuvres ! quelle aversion pour tout ce qui dissipe? quelle ardeur pour tout ce qui nourrit l'âme et l'unit à Dieu! Qui dira la ferveur de leurs oraisons, de leurs Saints Sacrifices, de leurs lectures, de leurs examens, de leurs visites à Jésus dans le sacrement de son amour? Mais aussi

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qui dira les fruits de leur ministère, les pécheurs sauvés par l'efficacité de leurs prières, par la douce persuasion de leurs conseils, et par l'entraînement irrésistible de leur exemple ?

Bénissons Dieu, chers confrères, d'avoir disséminé dans nos diocèses ces dignes et saints prêtres, pour nous servir de guides et de modèles.

Ondirapeut-être que pour être vrai, nous devrions, dans le tableau qui précède, répandre quelques ombres qui se trouvent parfois chez le saint prêtre luimême. Nous reconnaissons volontiers la justesse de cette observation. La perfection n'est point, elle ne sera jamais sur la terre. Oui, donc, les plus saints prêtres ont aussi leurs imperfections; mais qu'elles sont légères en comparaison des nôtres! Qu'on y fasse attention, et l'on verra que ce ne sont point, généralement, des actes de péché qu'on peut reprocher au saint prètro. Qu'est-ce donc? Ce sont certaines singularités peut-être, certaines excentricités, originalités, bizarreries sans conséquence, vues un peu étroites quelquefois, zèle trop ardent à soutenir une bonne cause, et autres petits travers semblables qu'il vaudrait assurément mieux ne pas avoir, mais desquels pourtant ne résulte presque jamais un péché bien caractérisé, un péché tant soit peu notable, ni surtout un péché pleinement délibéré. Or, si nous nous replions sur nous-mêmes, nous verrons, hélas ! que, nous aussi, nous avons comme le saint prêtre nos travers et nos bizarreries, mais que nous avons en même temps une multitude de défauts plus ou moins considérables qu'il ne connaît point.

Puisque nous voyons si bien chez nos pieux col-

lègues ce qui est défectueux, ce qui est digne déloge , évitons ce qui nous déplaît dans leur conduite , et pratiquons ce qui nous édifie.

A l'œuvre, chers confrères, à l'œuvre ! La vie s'écoule avec rapidité ; le jour commence à baisser : Inclinata est jam dics; le poids de notre responsabilité grossit à chaque instant ; la mort est à nos portes ; l'heure du redoutable jugement va bientôt sonner. Encore un peu de temps, adhitc modicùm, et la grande éternité va nous absorber dans ses gouffres ! Sommes-nous prêts à y faire notre entrée ? Nos comptes sont-ils en règlï? Sommes-nous ce que nous devons être? Pouvons-nous enfin nous approprier, comme le saint prêtre, les paroles du grand Apôtre, et dire ave* confiance : Bonum certamen certavi, cursum cormtmmavi, fidem servavi ; in rcliquo reposita est mihi corona justitiee quam reddet mihi Dominas in illà die jnstus judex? Puisset-il en être ainsi !

Amen ! Amen ! in sternum Amen !

Làudetur Jésus Ceristus !

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