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imprégnées de cet esprit de foi et de piété qui, seul, a le secret de toucher les cœurs.
— Mais que devons-nous faire pour administrer les sacrements avec les dispositions qui rendent leur administration sanctifiante pour nous-mème et pour ceux qui les reçoivent? Puisque c'est une œuvre éminemment sainte, elle requiert, comme toutes les œuvres de cette nature, une préparation éloignée et une préparation prochaine.
La préparation éloignée consiste dans une vie habituellement pieuse et bien réglée. Jamais un prêtre tiède et relâché n'administrerales sacrements avec la perfection qu'ils exigent. Il ne sera point frappé de leur excellence ; il n'aura que des idées vagues et superficielles sur les grands effets qu'ils opèrent ; il ne sentira point la nécessité d'assurer et de multiplier par la sainteté de sa vie les fruits qu'ils produisent ; il n'aura point la haute idée de son ministère que lui inspirerait une foi vive, s'il méditait à sa lumière ce qu'il y a de sublime dans la fonction de dispensateur des mystères de Dieu, et il aura moins encore ce profond anéantissement dont la pensée lui serait toujours présente, si toujours il mettait sa bassesse en regard de l'éminence de ses fonctions. Le saint prêtre seul a de tels sentiments ; nous devons donc être saints comme lui pour les avoir nous-mêmes.
La préparation éloignée consiste encore dans l'habitude de la ferveur et d'un entier dévouement à l'œuvre du salut des âmes. L'administration d'un sacrement quelconque est une oyuvre de zèle et une œuvre du plus grand prix. Le saint prêtre qui
se multiplie pour sauver des âmes sent son zèle s'enflammer quand il trouve l'occasion de s'y employer par l'administration d'un sacrement. Là, plus qu'en toute autre circonstance, il se considère comme tenant la place de Jésus-Christ même. Se souvenant [que ce divin Sauveur n'a rien épargné pendant sa vie mortelle pour sauver des âmes, et qu'il nous a confié les sacrements pour que nous continuions par leur moyen son divin ministère, il les administre avec les dispositions que l'on doit attendre de la ferveur habituelle du zèle qui l'anime. Quel trait de ressemblance pourrait avoir avec lui un prêtre insouciant qui verrait d'un œil sec le triste état de tant de pécheurs qui l'environnent ? Sauver ces pécheurs, voilà la fin ; les attirer aux sacrements de pénitence et d'eucharistie, voilà le moyen : quel zèle, quelles dispositions aura-t-il pour l'emploi du moyen, si la fin ne le touche point?
— La préparation prochaine consiste d'abord dans l'état de grâce ; ceci seul nous prouve combien les sacrements sont saints, puisqu'il faut être en grâce pour les administrer. On frémit en pensant à la série de profanations sacrilèges que l'on commettrait, en s'ingérant, coupable de péché mortel, dans l'administration des sacrements. L'occasion de les conférer se présentant à chaque instant, et la nécessité de les conférer étant souvent impérieuse et n'admettant pas le moindre délai, quel malheur si l'on n'était pas continuellement disposé à les administrer sans crime !
La préparation prochaine consiste encore dans
une prière fervente, et non dans une prière de routine pendant laquelle on ne pense à rien moins qu'aux sentiments qu'elle exprime. Xe serait-il pas vraiment pitoyable de passer d'une œuvre quelquefois toute profane, d'une lecture frivole, par exemple, ou d'une conversation plus frivole encore, au saint tribunal de la pénitence, où l'on va prendre place pour conférer le sacrement de la réconciliation a une multitude de pénitents, sans avoir imploré l'assistance de Dieu dans un ministère si saint et si formidable ? Ce n'est pas ainsi que se conduit le saint prêtre. Dès qu'il s'agit d'administrer un sacrement quelconque, à l'instant même une pensée de foi saisit son âme et lui rappelle la sainteté de l'acte qu'il va opérer. Sous l'influence de cette salutaire pensée, il se recueille profondément, il s'abîme dans le sentiment de sa bassesse, il se place entre les mains de Dieu comme un indigne instrument, et comblé de ses grâces, Dieu opère par lui des prodiges de miséricorde et de salut.
La préparation prochaine consiste encore dans la pureté de l'intention. Déjà la prière, dont nous venons de parler, produit cette intention pure ; mais on doitla raviver encore, surtout à l'occasion de certains sacrements où il serait si aisé d'en avoir une toute différente. Ne voir que des âmes à sauver, s'oublier pour ne penser qu'à Dieu, s'unir , se confondre en quelque sorte avec Jésus-Christ dont on est l'agent, accueillir les pauvres comme les riches, voler avec empressement, quelle que soit la personne qui réclame la grâce d'un sacrement : voilà des marques de l'intention pure sans laquelle on aurait comme nécessairement des intentions tout
humaines, des intentions souillées par l'esprit d'intérêt ou par les inspirations de la vaine gloire.
Enfin la préparation immédiatement prochaine consiste dans la composition de l'extérieur. Rienn'est plus édifiant que la contenance grave, modeste et recueillie du saint prêtre quand il se prépare à conférer quelque sacrement. Chaque mouvement qu'il fait est comme un acte de foi qu'il produit ; on devinerait le saint prêtre quand on ne saurait pas qu'il est saint en etfet. La modestie de son regard, sa pieuse lenteur en se rendant au saint tribunal, ou aux fonts sacrés, ou à l'autel pour y distribuer la sainte Eucharistie, l'ensemble de sa personne extérieure, tout celapénètre de respect etmême de foi les fidèles quil'observent. En serait-il ainsi du prêtre qui formerait avec son fervent confrère un éclatant contraste? Si l'un inspire le respect et la piété, celui-ci n'inspirerait-il pas des sentiments tout contraires ?
Attention donc sur nous-mêmes, et méditation fréquente de ces redoutables paroles : Maledictus qui facit opus Dci negligentcr !
— Quand on est fidèle aux recommandations qui viennent d'être faites, on n'administre pas un sacrement, quel qu'il soit, sans en tirer un profit particulier pour soi-même. Malheureusement c'est ce qui n'a pas toujours lieu. En général, nous ne pensons guère, en conférant les sacrements, qu'aux fruits qu'ils vont produire en ceuxquiles reçoivent ; quelquefois même la routine nous dérobe cette pensée, et alors nous agissons, comme nous l'avons dit plus haut, mécaniquement et machinalement dans le plus saint ministère qui puisse être.
Pour la détruire, cette routine, et pour faire notre profit particulier des sacrements que nous conférons, il faut nous habituer à n'en pas administrer un seul sans faire à son occasion un retour sur nous-mêmes et quelques réflexions personnelles. Expliquons notre pensée en disant un mot de chaque sacrement.
— Je suis appelé, par exemple, pour administrer le saint baptême. Si j'ai adopté en pratique les principes qui viennent d'être exposés, je penserai tout d'abord que je vais arracher une âme au démon et la donner à Dieu, ce qui est une œuvre immensément importante aux yeux de la foi. Pénétré de cette pensée, que j'entretiendrai dans mon esprit pour exciter mon zèle et nourrir ma piété, je ferai certainement une prière préparatoire excellente; je serai grave, modeste et recueiili pendant la cérémonie; toujours influencé par ma pensée primitive, je me rappellerai que, moi aussi, j'ai été régénéré par le baptême et arraché au démon; je penserai au malheur que j'ai eu de violer mes saints engagements par mes nombreux péchés, et à la grâce que Dieu m'a faite de me conférer un second baptême par la pénitence.
D'un autre côté, considérant l'administration de ce sacrement comme une œuvre de zèle, je prierai pour la petite créature dont je deviens le père spirituel, je la recommanderai tout spécialement à Jésus, à Marie, aux saints qu'on lui donne pour patrons et à son bon Ange gardien que je verrai, par ma foi, présent à la cérémonie.
Enfin, mon zèle me suggérera sans doute quel-
— oiO —
ques paroles d'édification qui, proférées avec l'accent d'une foi vive, feront toujours quelque impression sur les assistants, que je laisserai pénétrés de respect pour la religion et pour son ministre, ce qui évidemment n'aurait pas lieu si je faisais tout le contraire de ce qui vient d'être dit.
— S'agit-il du sacrement de pénitence? Les circonstances sont différentes, mais le fond de ma conduite sera toujours le même si je lui ai donné pour pivot les principes ci-dessus posés. Quand je devrai me rendre au saint tribunal, au lieu de dire vaguement et sans aucune pensée de foi : Je vais confesser, à peu près comme un ouvrier dit : Jevais travailler, ou un médecin : Je vais voir mes malades, je me dirai tout d'abord : Soyez béni, mon Dieu, voici des âmes à sauver! Tout plein de cette pensée, j'irai promptement et non lâchement, j'irai de bon cœur et non de mauvaise grâce, j'irai d'un air joyeux et satisfait, et non en grondant et en murmurant.
Voulant me sanctifier en sanctifiant les autres, je ferai au pied de l'autel une prière aussi fervente que possible. Outre la prière vocale ordinaire, je ferai quelques réflexions, quelques invocations, quelque bonne direction d'intention, et je déposerai mon cœur dans celui de Jésus, pour qu'il l'embrase des ardeurs du zèle.
Je me rendrai ensuite au saint tribunal avec une modestie angélique; je m'y conduirai comme un père plutôt encore que comme un juge; je me tiendrai constamment uni à Dieu, dont j'implorerai l'assistance dans les difficultés et les embarras qui se présenteront.
— oil —
Mais pour me rendre la confession plus directement profitable, je penserai à mes propres péchés en entendant ceux des autres ; je me rappellerai avec un profond gémissement que j'en ai commis de plus graves encore que ceux qu'on me déclare, ou je bénirai Dieu de m'avoir préservé par sa grâce des crimes énormes dont on me fera l'humiliant aveu.
Quand je confesserai quelque sainte âme qui pleurera sur des fautes qui en méritent à peine le nom, je m'humilierai profondément à la vue de fautes plus graves que je commets tous les jours sans scrupule. Témoin à chaque instant des prodiges de grâces dont je suis l'instrument, je me rappellerai tout naturellement que, moi aussi, j'ai été la conquête de la divine miséricorde, et j'en remercierai Dieu. L'étude pratique du cœur humain, qu'il me faudra faire, me fera rentrer en moi-même, et si j'agis toujours par esprit de foi et non par routine, des lumières nouvelles jailliront incessamment de l'âme des autres dans mon âme propre. Cette source de sanctification personnelle est inépuisable pour le saint prêtre.
C'est donc une grande erreur de croire que l'administration des sacrements n'est profitable qu'à ceux qui les reçoivent. Soyons des saints, et chaque sacrement que nous conférerons sera pour nous-mêmes le principe d'une sainteté de plus en plus éminente. Un prêtre vénérable nous disait un jour : « Quand je n'aurais d'autre preuve de la » divinité de la religion que les changements éton- » nants qui se sont opérés sous mes yeux au saint » tribunal, c'en serait assez pour me donner la foi. »
— L'administration de la sainte Eucharistie n'est-elle pas encore pour nous, ministres de ce sacrement, une mine féconde que l'esprit de foi nous fait exploiter pour la sanctification de notre âme comme de celle des autres?
Après avoir fait la part du zèle en employant tous les moyens possibles, et au saint tribunal, et dans la chaire, et dans les entretiens particuliers, pour déterminer les fidèles à recevoir fréquemment l'auguste sacrement de l'Eucharistie ; après leur en avoir fait connaître les fruits et leur avoir rappelé les dispositions nécessaires pour les recueillir, n'y a-t-il aucun enseignement pratique pour nousmêmes dans l'administration de ce sacrement? On serait presque tenté de le croire en voyant avec quelle précipitation, avec quelle apparente indifférence on agit quelquefois en cette circonstance si imposante et si solennelle.
Mais ici encore, le saint prêtre nous apprend que la ferveur moissonne là où la routine ne trouve rien à cueillir. Il s'approche de l'autel avec sa modestie ordinaire, il y monte plein de saintes pensées, il ouvre le tabernacle avec un pieux frémissement, il fait une génuflexion lente et mesurée dans laquelle se peint la piété qui l'anime, il se retourne pour bénir avec esprit de foi ceux qu'il va nourrir, il prend la sainte Hostie avec le saisissement du respect et de l'amour, et il profère les mots : Ecce Agnus Dei, d'un ton si pénétré, qu'on croit qu'il voit réellement le Dieu qu'il annonce; il descend de l'autel comme un ange qui descendrait du ciel, et en donnant la sainte communion, mille pieuses pensées se succèdent dans
son àme. Jl pense aux communions nombreuses qu'il fait lui-même ; il pense à l'amour infini dont ce sacrement est le foyer; il pense au zèle toujours égal qui anime ce divin Sauveur pour toutes les âmes quelles qu'elles soient, et il donne à son propre zèle le caractère de celui de Jésus; il recommande à ce tendre Pasteur les brebis qu'il nourrit de sa cliair adorable ; il pense qu'il est escorté de plusieurs légions d'anges qui adorent le Dieu qu'il tient dans sa main. Quand il retrouve à la table sainte les âmes ferventes qui l'ont tant édifié au saint tribunal, il s'humilie de nouveau en voyant qu'elles le surpassent en sainteté, quoiqu'il communie plus souvent qu'elles, et il retourne à l'autel, riche d'une nouvelle moisson de grâces et de mérites.
Quelle différence entre une telle conduite et celle du prêtre tiède, indifférent et distrait, qui pense à peine à la sainte fonction qu'il remplit, et qui traite froidement ce qui tient la cour céleste en extase î
Qui n'admirerait les généreux sentiments qu'inspire une foi vive au cœur du saint prêtre !
— Et quand il s'approche du lit d'un mourant pour lui administrer le dernier sacrement que Jésus-Christ a institué pour préparer l'homme à son dernier passage, ne pense-t-il qu'à celui qui va le recevoir? Sans doute il lui prodigue avec effusion tous les trésors spirituels dont il est le dispensateur ; il l'exhorte au repentir, à la confiance et à l'amour avec l'ardeur du zèle dont il est embrasé ; en présence de l'éternité sur le seuil de laquelle il le voit placé, prêt à y faire son irrévocable en-
trée, il redouble d'efforts pour le disposer à soutenir sans effroi le regard de son Juge; par les paroles onctueuses et pénétrantes qu'il lui adresse, il remplit son âme de consolations et attendrit jusqu'aux larmes ceux qui assistent à cette douloureuse cérémonie.
Mais ce lugubre spectacle, si édifiant pour les autres, n'est pas stérile pour lui-même. Un prêtre qui n'a qu'une foi languissante et émoussée se familiarise avec tout, même avec la vue delà mort, qu'il touche en quelque sorte de sa main quand il imprime la dernière onction sur les membres décharnés d'un mourant. Le saint prêtre, au contraire, par la vivacité de sa foi, ravive à chaque instant la pensée de la mort qui tend à s'effacer dans son àme. Quand il la voit de près, cette mort, au lit d'un moribond, il pense que bientôt elle le frappera lui-même, et, saisi d'une salutaire terreur, il s'interroge pour savoir s'il est prêt à recevoir le coup qui le précipitera dans l'éternité avec son poids énorme de responsabilité ; il se place en esprit aux pieds de son Juge, et croyant entendre ces formidables paroles : Rcddc rationem villicationis tuœ, il prépare son terrible compte par un surcroit de zèle, de ferveur et de fidélité.
Un jour nous entendîmes un saint prêtre, pasteur vénérable que Dieu nous avait donné pour modèle et pour père, proférer, au retour d'une inhumation, ces paroles frappantes que nous n'avons jamais oubliées : « Après quarante années de » sacerdoce, après une multitude d'inhumations, » je ne suis pas encore familiarisé avec ce som- » bre spectacle ; je n'entends point encore sans
» frissonner la terre tomber lourdement sur nn » cercueil! » La vivacité de sa foi lavait prémuni contre cette familiarité déplorable. Dieu veuille que la nôtre ressemble à la sienne, et que nous ne soyons pas auprès d'un moribond aussi peu touchés que le sacristain laïque qui nous accompagne, et aussi insensibles sur le bord de la fosse que le fossoyeur qui l'a creusée!
— Il n'est pas jusqu'au sacrement de mariage qui ne fournisse au saint prêtre la matière de réflexions utiles pour lui-même. Quand il a édifié tous les assistants par sa dignité toujours imposante ; quand il a célébré les saints mystères avec cette piété vive et saisissante qui pénètre ceux-là mêmes qui n'y assistent jamais et qui ne s'y trouvent ce jour-là que par cérémonie, après avoir fait entendre des paroles touchantes pour donner une haute idée de la sainteté de l'acte dont il est l'instrument, il aime à se replier sur lui-même et à s'élever vers Dieu pour le remercier de l'avoir délivré des dangers qui attendent les époux qu'il vient d'unir; il saisit l'occasion qui se présente pour bénir ce Dieu d'amour de l'avoir détourné d'une vie sensuelle, charnelle et terrestre, et de l'avoir appelé à une vie sainte et presque angélique ; il le bénit surtout d'avoir daigné choisir sa pauvre âme pour épouse au jour de son sacerdoce, et tout en priant avec ferveur pour ceux dont il vient de consacrer l'alliance, il se réjouit avec transport de l'alliance bien plus étroite et bien plus auguste qu'il a contractée lui-même avec Jésus-Christ. Tant il est vrai que tout devient or entre les mains du saint prêtre, et
que tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu : DïUgentibus Deum, omnia coopcrantur in bonum.
— Au reste, ce n'est pas seulement l'administration des divers sacrements qui perfectionne le saint prêtre ; toutes les fonctions de son ministère produisent cet effet : ses prédications, ses caté-' chismes, son assistance aux offices publics, ses visites pastorales, son inspection des écoles, ses rapports avec les pauvres, sa vie tout entière et les différents actes dont il la remplit : tout est pour lui matière et moyen de sanctification continuelle. Marchons tous sur ses traces et répandons de tous cotés comme lui la bonne odeur de Jésus-Christ, de manière à pouvoir embaumer de cette précieuse odeur tout ce qui nous entoure, et h pouvoir dire avec l'Apôtre : Christi bonus odor sumus.