‹ Œuvres complètesChapitre 16 sur 55 · II · texte numérisé non relu

II

— Ces réflexions pieusement méditées, vous devez vous mettre à l'œuvre. Commencez par attaquer r orgue il : car c'est lui qui est la source impure d"où émane la jalousie. Lhumblede cœur n'est jamais envieux ; l'orgueilleux l'est toujours. « Tout envieux est superbe, dit saint Augustin, » comme tout superbe est envieux ». Combattez donc l'orgueil à outrance et ne vous permettez jamais avec volonté une pensée, une parole ou une action dont il soit le principe.

— Continuez de combattre jusqu'à ce que vous vous rendiez le témoignage que vous voulez purement la gloire de Dieu et non la vôtre, le salut des âmes et non le triomphe de votre orgueil.

— Ne vous attribuez pas le monopole de la gloire de Dieu, et réjouissez-vous cordialement quand vous la verrez abondamment procurée par les autres.

— Examinez à fond la racine de vos railleries et de vos critiques, surtout à l'égard de ceux dont les succès vous offusquent ; et quand vous aurez découvert que cette racine est la jalousie , veillez attentivement sur vous-même pour ne plus mettre votre langue au service de c^tte vile passion.

Habituez-vous à dire de vos concurrents tout

le bien que vous en saurez ; racontez leurs succès, louez leurs talents, témoignez la joie que vous éprouvez en pensant au bien considérable qu'ils feront dans l'Église.

— Priez Dieu pour eux ; demandez-lui cju'il tire de plus en plus sa gloire de leur ministère et qu'il augmente encore leur vertu, leur zèle et leur science. Quand ils serontchargés dans le se mi-

11 aire de quelque emploi honorable, de préférence à vous, dites tout bas comme David : Bonuni est, Domine, quia humiliasti me. Quand ils devront paraître en quelque action d'éclat^ au lieu d'aiguiser dans l'ombre les traits de la critique, demandez à Dieu qu'ils remplissent le mieux possible les fonctions qui leur sont imposées.

— Ne fuyez pas vos rivaux, recherchez-les au contraire : rendez-leur service à l'occasion, et ne laissez jamais croire que vous êtes jaloux de leurs succès. Rien n'est édifiant comme de jvoir deux concurrents unis parles liens d'une amitié sincère.

— vSi vous entendez critiquer ceux qui vous font ombrage, soyez sur vos gardes ; pensez que l'ennemi est à votre porte, et bien loin d'approuver la critique des autres, prenez la défense de ceux qu'on attaque ; faites ressortir leurs qualités ; réduisez au silence ceux qui les censurent, et réjouissez-vous en Dieu, après cet assaut, de la victoire qu'il vous aura fait remporter sur la jalousie.

— Manifestez ouvertement votre passion à votre directeur ; dites-lui, à cet égard, ce qui vous humilie davantage ; ne craignez pas d'entrer dans les détails que l'orgueil voudrait supprimer. Rien ne tue la jalousie comme l'humble révélation que l'on fait de ses misérables raffmemients .

— Méprisez les louanges et l'estime des hommes ; goûtez ces paroles de l'imitation : Ama nesciri et pro nihilo reputari. Dites avec saint Ignace le martyr : Qui me laudant, me flagellant.

— Enfin, ne cherchez jamais à briller et à paraître ; plongez-vous dans la délicieuse retraite de l'humilité, et abaissez-vous d'autant plus que la

vaine gloire et la jalousie voudront vous élever davantage. « 0 maudit désir de briller! s'écrie » saint Vincent de Paul, que de biens n'infectes-tu » pas , et de combien de maux n'es-tu pas la » source ! Tu fais que celui qui devrait prêcher » Jésus-Christ se proche lui-même, et qu'au lieu » d'édifier, il détruit. »

Que vous serez heureux, jeune et tendre ami, si vous suivez fidèlement ces règles ! Vos jours s'écouleront purs et paisibles sous le doux regard de Dieu, et après avoir édifié le séminaire par votre humilité, vous édifierez et vous sauverez les âmes par les fruits abondants de votre futur ministère.

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