CHAPITRE IV
Le séminariste envieux et jaloux,
« Nous devons nous tenir en garde, dit saint » Ymcent de Paul, contre la jalousie et contre le » plus léger sentiment que l'envie nous inspirerait : » ce vice est absolument opposé au zèle pur et » sincère de la gloire de Dieu; il est une preuve » certame d'un orgueil secret et très-subtil. >>
Celui qui parlait ainsi savait bien tout ce qu'il y avait de mauvais dans le vice odieux de la jalousie. Puissions-nous partager ses convictions à cet égard. et profiter de ses enseignements I
La jalousie produit dans le clergé des maux considérables. Ce n'^st pas au séminaire qu'elle "• 10
exerce ses grands ravages ; elle n'est là qu'à son début ; mais puisque qu'elle s'y révèle déjà, il importe donc beaucoup aux séminaristes de bien voir s'ils ne sont pas prédisposés à ce vice. Voyons à quels signes nous pourrons le reconnaître.
Le séminariste enclin à la jalousie doit se souvenir, en interrogeant son passé, qu'il était déjà sujet à ce défciut quand il était dans le monde. Tout jeune encore, ses frères et ses sœurs avaient à en souffrir. La moindre marque d'affection qui leur était témoignée par les chefs de la famille, excitait en lui de mauvais sentiments qui n'avaient assurément que la jalousie pour principe. De là ses froideurs, ses dédains, son air sombre et boudeur; de là ses récriminations injustes et quelquefois de tristes scènes où se manifestait dans toute sa laideur son caractère jaloux ; de là aussi ses accusations de préférence et de partialité dirigées contre ses parents avec l'acrimonie d'un orgueil blessé.
Il tenait la même conduite à l'égard de ses jeunes camarades. Toujours les maîtres étaient injustes quand leurs faveurs pleuvaient sur les autres et non pas sur lui seul.
Aveuglé par l'orgueil, dont la jalousie est la fille ainée, jamais il ne voulait convenir qu'il méritait moins que ses condisciples les éloges qui leur étaient donnés.
La première période de sa vie fut donc déjà gâtée par ce vice. Mais entrons au séminaire, et voyons ce qu'il produit chez le séminariste qui y est sujet.
Le trait caractéristique du séminariste jaloux, c'est l'orgueil. Il veut dominer, il veut éclipser tout ce qui l'entoure, il veut se distinguer, il veut
conquérir l'estime et les applaudissements, il veut briller d'un vif éclat comme le soleil et effacer toutes les étoiles dès qu'il se montre.
Mais comme il ne brillera point de cette manière s'il a de puissants rivaux, il s'applique à les surpasser, non par une émulation légitime, mais par un orgueil secret dont il se fait l'esclave.
Chaque louange qu'on leur donne est une humiliation directe et personnelle qu'on lui inflige; et plus ces louanges partent de haut, plus il en est blessé. Dès qu'elles frappent ses oreilles, il se sent picfué au vif, et il se dit en lui-même avec confusion : Est-ce que, par hasard, on mettrait tel et tel au-dessus de moi ?...
Sides concurrents réussissent dans quelque action d'éclat ; si leurs réponses au professeur annoncent un vrai mérite; s'ils soutiennent une thèse difficile avec un talent supérieur; s'ils débitent avec grâce un sermon parfaitement composé ; s'ils sont choisis de préférence à leurs condisciples pour exercer dans le séminaire un emploi qui ne s'accorde qu'aux sujets les plus distingués; tout cela, quand ils se font aimer d'ailleurs par une humble modestie , leur attirant des témoignages de considération de la part des supérieurs et des élèves, plonge le séminariste jaloux dans des réflexions chagrines. Au lieu de chercher dans les trésors d'une vraie piété le contre-poids de sa peine, il digère tristement son humiliation et s'afflige comme un général en déroute qui a trouvé son maître.
Pour comble de malheur, on lui parle quelquefois du triomphe de ses rivaux, et comme il ne veut pas que sa jalousie soit connue, tant elle est hideuse
à ses propres yeux, il place, lui aussi, mais assez froidement, son petit mot d'éloge assaisonné de quelque critique, puis il détourne bien vite une conversation qui lui est insupportable.
Ce qui devrait le convaincre mieux encore que tout le reste qu'un orgueil de bas étage est la vraie racine de sa jalousie, c'est la consolation qu'il goûte quand les éloges donnés à ses condisciples ne portent que sur la vertu. Chose étonnante ! la piété, qui l'emporte si évidemment sur les talents naturels, quelque relevés qu'ils soient; la piété, chez ses concurrents, et les louanges qu'on leur donne à cet égard, ne sont pas ce qui l'abaisse davantage. 11 consentira volontiers qu'on les exalte de ce côté, qu'on en fasse même des saints : loin de s'en offenser, il fera chorus avec tout le monde pour les louer sur ce point. Comme il est bassement orgueilleux, ce n'est pas la vertu des autres qu'il envie : qu'est-ce donc? C'est tout ce qui brille, c'est tout ce que le monde, maudit de Dieu, recherche et préconise; c'est la bonne opiniou des hommes, c'est l'estime de ses supérieurs au regard de la science et du talent. Yoilà ce qui le touche, voilà la vaine idole à laquelle il prostitue son encens.
Quel immense intervalle (pour le dire en passant) se trouve entre lui et les saints, ces vrais amis de Dieu, qui n'étaient jamais plus heureux qu'au sein des opprobres: Ibant gaiidentes quoniamdigni habiti siint pro 7iomin€ Jesu contumeliam pati, et qui se réjouissaient plus du bien opéré par les autres, que de celui qu'ils opéraient eux-mêmes : Dùm omni modo.,,^ disait saint Paul, Christtis annuntietur ; et in hoc gaudeOy ^ed et gaudebo !
Les caractères delà jalousie que nous venons de considérer sont déjà bien difformes sans doute ; mais ce qui l'est beaucoup plus encore, c'est le plaisir qu'éprouve le séminariste jaloux, quand ses concurrents essuient quelques humiliations ou quelques disgrâces. La joie quil en ressent fait voir que plus ils sont abattus, plus il se croit élevé, ce qui est une illusion de son orgueil, puisque la chute des autres n'ajoute rien à son mérite réel.
Quand ces disgrâces atteignent ceux qui lui font ombrage, il en parle fréquemment à ses condisciples, et, dans ces entretiens, il savoure une joie maligne qu'il manifeste quelquefois, mais que le plus souvent il dissimule avec hypocrisie, ayant l'air de plaindre ceux qu'il est heureux de voir humiliés.
En d'autres circonstances, il écoute avec avidité les rapports désavantageux qu'on lui fait sur ceux auxquels il porte envie ; il aime singulièrement à les entendre critiquer, et jamais il ne manque en ces occasions de rapporter lui-même ce qu'il sait contre eux et de les critiquer à son tour.
Pour satisfaire mieux encore sa passion jalouse, il soupçonne ses rivaux, il les juge, il les condamne, il interprète leurs sentiments avec malignité, il tâche de se persuader qu'ils ont bien moins de mérite qu'on ne leur en attribue, qu'ils sont flatteurs, hypocrites, orgueilleux ; un un mot, il leur prête, souvent sans motif, les intentions mauvaises dont il est lui-même animé.
S'il se trouve par hasard en rapport avec eux, tout ce qu'ils font, tout ce qu'ils disent lui est insipide ; il les contredit à chaque instant, il leur parle avec hauteur et dédain, et si une discussion n. 10.
s'engage, il s'applique bien moins à découvrir la vérité qu'à les humilier par une défaite aux yeux des assistants.
Et celui qui agit ainsi n'a souvent rien à reprocher à ceux qu'il jalouse ; ils ont pour lui des attentions et des prévenances ; ils le croient leur ami, et ne pensent pas même à soupçonner en lui le vice odieux qu'ils alimentent sans le savoir par les qualités qu'ils possèdent. Mais ils ont beau faire, la jalousie a pris dans son cœur la place de la charité ; il n'aime plus ses frères, il est de glace à leur égard et, le dirons-nous ? si la mort les enlevait, il serait le premier consolé de leur perte.
Tel est le mauvais fonds du séminariste jaloux : que sera-ce donc, ô mon Dieu, quand, placé sur un plus grand théâtre, il portera dans le saint ministère le vice qui n'est encore qu'en germe au séminaire ? Yoyons-en, par anticipation, les funestes effets.
Il est très-probable que plusieurs de nos jeunes lecteurs, après avoir lu ce qui précède, se diront avec satisfaction : Cela ne nous regarde pas ; nous n'en sommes pas là. Qu'ils prennent garde : voulant mettre la jalousie en relief, nous l'avons peinte telle qu'elle est chez un séminariste puissamment dominé par ce vice ; nous avons même choisi ce séminariste parmi ceux qui, ayant un talent plus remarquable qu'im grand nombre d'élèves, ont aussi pour l'ordinaire plus d'orgueil et de présomption : mais combien d'autres, éclipsés
par le talent de plusieurs de leurs condisciples, se croient exempts du vice de la jalousie et sont tout surpris de la voir se produire, quand, par l'exercice du saint ministère, ils se trouvent dans des conditions plus favorables à son développement ! Voici donc, pour les uns comme pour les autres, l'avenir qui les attend quand ils seront prêtres.
Si vous êtes jaloux, vous qui lisez ces lignes, et si, appelé d'abord aux fonctions de vicaire, vous avez un autre vicaire pour collaborateur, bientôt sans doute votre jalousie se fera jour. Un mot gracieux, une prévenance, un compliment flatteur de la part de votre curé à l'égard de votre collègue, c'en sera assez pour exciter en vous les premiers sentiments de la jalousie.
Mais si ces préférences, exagérées probablement beaucoup par votre orgueil, se reproduisent assez fréquemment ; si votre confrère semble s'en prévaloir ; si surtout quelques personnes imprudentes corroborent vos soupçons par l'exposé de leurs observations personnelles ; alors votre jalousie faisant éruption se produira par un air sombre et rêveur d'abord, puis par des reproches à votre curé et par des manques de complaisance et d'égards envers votre collègue.
Déjà l'harmonie, si nécessaire entre les prêtres d'une même paroisse pour y opérer le bien, sera fortement altérée, et ce sera la première victoire remportée par la jalousie sur le zèle et la charité.
Sera-ce la seule ? Dieu le veuille î Mais si, déjà blessé par les relations intimes du presbytère, vous apprenez que ce vicaire, objet de votre envie, est plus goûté que vous dans la paroisse ; si son
confessionnal est assiégé et que le vôtre soit désert ou à peu près ; si, comme prédicateur, comme catéchiste, comme homme de ministère, c'est lui qui a la vogue ; si vos oreilles sont fatiguées du bruit de ses louanges, vous lui témoignerez une froideur chaque jour croissante, vous tacherez d'atténuer par des paroles fort peu mesurées l'estime qu'on lui accordera, et peut-être en viendrez-vous jusqu'à vous dégoûter de votre ministère : deuxième victoire remportée par la jalousie au profit de l'orgueil.
Si vous n'avez point un autre vicaire pour collègue, cesserez-vous pour cela d'être jaloux ? Nous le désirons sincèrement, mais nous craignons fort qu'il n'en soit pas ainsi. Dans les paroisses voisines la jalousie saura bien trouver un aliment. Quand vous apprendrez les grands succès de quelque jeune prêtre auquel peut-être vous vous croirez supérieur à bien des égards ; quand tout retentira du bruit de ses éloges ; quand vous verrez vos pénitents vous abandonner pour se placer sous sa houlette ; quand vous verrez autour de vous un auditoire clair-semé et que vous entendrez dire que votre confrère voisin réunit une multitude d'auditeurs dès qu'on sait qu'il doit prêcher ; alors encore vous vous sentirez abattu, dégoûté, découragé peut-être ; alors vous éprouverez des sentiments plus ou moins malveillants à l'égard de ce confrère ; alors vous vous permettrez, à l'occasion, des critiques contre lui ; alors encore vous sentirez défaillir l'ardeur de votre zèle : nouvelle victoire remportée par la jalousie.
Mais quand ce même confrère ou quelque autre,
dont vous vous croirez au moins l'égal, sera choisi par les hauts supérieurs pour occuper, de préférence à vous, un poste de faveur sur lequel peutêtre vous jetiez, sans en rien dire, un regard de convQitise ; oh ! c'est alors que vous vous sentirez hnmilié par le fait de son élévation, et que le dégoût et l'ennui vous saisiront plus vivement que jamais : nouvelle victoire remportée par la jalousie. Peut-être serez-vous appelé comme professeur dans quelque collège, dans quelque séminaire petit ou grand, où avec un bon esprit vous pourriez rendre d'éminents services. Mais, hélas ! si la jalousie vous domine, que d'occasions n'aurez-vous pas d'en subir les malignes influences ! Moins occupé de procurer la gloire de Dieu que de procurer la vôtre, vous aurez l'œil incessamment ouvert sur le supérieur de l'établissement et sur vos collègues ; vous pèserez leurs paroles, vous épierez leurs démarches, vous contrôlerez leurs actes ; et si vous remarquez le moindre signe de préférence ou de partialité, vous laisserez voir par votre air boudeur, par le refus de quelques services et même par des paroles sèches et piquantes, que vous vous apercevez fort bien des injustes procédés dont on use à votre égard. Vous voudrez occuper des postes supérieurs dont vous serez le seul à vous croire digne ; vous remplirez vos modestes fonctions avec insouciance et par conséquent avec peu de fruit ; vous épancherez votre chagrin dans le sein de quelque collègue mécontent comme vous et par des motifs analogues aux vôtres ; vous poserez le premier germe de ces funestes coteries qui ruinent les établissements les plus florissants, et
vous unirez par être retiré soit sur votre demande, soit contre votre gré, d'un poste où vous pouviez être très-utile, pour être placé dans le ministère ordinaire qui sera moins en rapport avec votre aptitude et vos goûts : nouvelle et bien triste victoire de la jalousie.
Devenu curé, votre vice prendra des développements plus considérables encore. Vous serez jaloux de vos vicaires ; vous les importunerez, vous les harcèlerez par vos vexations quotidiennes ; au lieu de leur laisser, tout en les surveillant, une liberté convenable dans l'exercice de leur ministère, vous leur ferez comprendre que vous êtes à leur égard un argus impitoyable. La moindre visite qu'ils feront sans votre aveu sera considérée par vous comme le signal d'une rébellion. Les éloges qu'on vous fera de leur talent, de leur zèle et de leurs succès, au lieu de vous réjouir, irriteront votre jalousie. Vous ne leur permettrez presque jamais de catéchiser et de prêcher, craignant toujours d'étendre par là leur autorité au préjudice de la vôtre. Yous les suivrez jusque dans le secret du saint tribunal ; vous voudrez savoir soit par vous-même, soit par des personnes affidées, si quelques-uns de vos pénitents passent de vous à lui, et quand vous l'apprendrez, vous manifesterez votre mécontentement et à vos transfuges et à votre vicaire qui se permettra de les admettre.
Yous agirez de même à l'égard de vos confrères voisins ; eux aussi sauront que vous êtes un confesseur jaloux ; au reste, vous n'en terez point mystère ; au saint tribunal, dans les conversations particulières et jusque dans la chaire, vous ferez
entendre par des paroles plus ou moins voilées que rien ne vous est plus pénible que de vous voir abandonné de vos pénitents ; vous les tiendrez captifs, ces pauvres pénitents : la crainte de vous déplaire en choisissant un autre directeur les rivera, pour ainsi dire, à votre confessionnal, et cette crainte, n'en doutez pas, ajoutera chaque jour de nouveaux anneaux à la chaîne du sacrilège qui en enlacera plusieurs : nouvelle et infernale victoire de la jalousie !
Vous mécontenterez vos confrères par cette conduite intolérante et intolérable, et vous leur témoignerez vous-même une froideur dont la cause ne leur sera que trop connue. Entre vous et eux il n'y aura que des relations de froide étiquette. Vous craindrez, en les appelant dans votre église pour y exercer quelques fonctions, de fortifier leur influence, et comme sous ce rapport ils vous rendront la pareille, vous serez étrangers les uns aux autres et vous vous priverez mutuellement des services que vous pourrez vous rendre pour le plus grand bien de vos paroisses.
Si vous habitez une ville qu'habiteront comme vous, de l'agrément de votre évêque, de vénérables religieux, au lieu de vous réjouir des fruits abondants qu'ils produisent toujours comme prédicateurs et comme confesseurs, vous serez jaloux de leurs succès, vous ne verrez en eux que des intrus, des usurpateurs de votre autorité, et les laïques eux-mêmes, comme nous l'avons souvent vu, s'apercevront de votre jalousie et en feront la matière de leurs censures.
Vous redouterez les missions et les missionnaires,
et vous aimerez mieux laisser une partie notable de votre troupeau éloignée des sacrements, que de les voir se convertir aux prédications d'apôtres étrangers .
Vous irez plus loin encore : si, dans votre voisinage, une mission s'annonce, au lieu d'imiter les curés vénérables qui y conduiront eux-mêmes processionnellement leurs paroissiens , vous vous tiendrez à l'écart. Dieu veuille même que vous ne poussiez pas l'imprudence jusqu'à faire entendre qu'on vous contristerait en suivant les exercices de cette mission, et qu'on vous serait agréable en ne les suivant pas ! Autant de nouvelles victoires remportées par la jalousie au détriment de la gloire de Dieu et du salut des âmes.
N'avions-nous pas raison, jeune et tendre ami, de vous dire que ce vice odieux produisait dans l'Église des maux considérables ? Hâtez-vous donc d'en extirper les plus petites racines par l'emploi des moyens qui vont vous être indiqués.
— Si vous remarquez en vous le plus léger sentiment de jalousie, vous devez d'abord vous pénétrer d'horreur pour cette vile passion, en méditant au pied de votre crucifix les réflexions suivantes : la jalousie dessèche toutes les vertus, et surtout l'amour de Dieu, la charité envers le prochain et l'humilité. — C'est la passion des petits esprits, des âmes basses et des mauvais cœurs. — C'est la passion la plus maligne, puisqu'elle veut le mal pour le mal et qu'elle ne procure aucun avantage
à celui qui s'y asservit. — C'est la passion la plus déraisonnable, puisqu'elle nous porte à envier aux autres ce que Dieu leur accorde, et à vouloir pour nous-mêmes ce qu'il nous refuse. — C'est la passion la plus injuste, puisqu'elle nous fait détester le bonheur d'antrui quoique ce bonheur ne nous fasse réellement aucun mal. — C'est la passion la plus bizarre : ce qui fait le plaisir des autres fait le chagrin de l'envieux ; ce qui les afflige le réjouit. — C'est la passion la plus artificieuse : l'amour-propre la déguise et fournit cent raisons poui excuser ses excès. — C'est la passion la plus insatiable : jamais l'envieux n'est satisfait des p. toyables succès qu'il obtient ; la jalousie l'inquiète sans cesse ; elle le ronge, elle le consume, elle dessèche, ditl'Esprit-Saint, jusqu'à la moelle de ses os : Putredo ossiiim invidia (Prov. 14). — C'est quelquefois une passion furieuse, comme on le voit chez Caïn à l'égard d'iVbel, chez Satll à l'égard de David, et chez les Juifs à l'égard du divin Sauveur : Sciebat (Pilatus) quod pcr inmdiam tradidhsent eum. « Les traits de l'envie et de la détraction, » dit saint Vincent de Paul, ne percent le cœur de » ceux à qui l'on en veut qu'après avoir percé ce- )) lui de Jésus-Christ. » C'est une passion si odieuse que Tenvieux sécherait de honte et de dépit s'il mettait au jour ses sentiments et ses basses manœuvres. — Enfin c'est, chez le prêtre, une passion qui compromet son salut, qui paralyse son ministère, qui éteint le feu de son zèle et qui, comme nous l'avons vu, fait commettre aux âmes dont il a la charge le plus grand des crimes : le sacrilège.