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chargé de la responsabilité du ministère, toutes les fautes que votre caractère vous fera commettre vous seront imputables : redevable à tous et continuellement en rapport avec les membres de votre troupeau, vous trouverez à chaque instant l'occasion de faire éclater les défauts qui seront en vous.
Vous effrayerez vos vicaires avant même qu'ils aient pris possession de leur vicariat, et dès le premier jour ils verront qu'on vous aura dépeint à leurs yeux tel que vous serez en effet.
Vos confrères voisins critiqueront votre caractère vif, impétueux, susceptible, jaloux, caustique, etc. Peu disposé à les obliger, vous les forcerez de se t^nir dans l'isolement à votre égard, et vous vous priverez par là des services qu'ils pourraient vous rendre en bien des circonstances.
Vos paroissiens souffriront comme vos confrères de votre caractère difficile. A la moindre opposition vous les scandaliserez par votre âpreté, au lieu de les gagner par votre douceur.
Le maire, Tinstituteur, les personnages influents dans la paroisse, tous, en un mot, tantôt un jour, tantôt un autre, souffriront de votre manière d'agir. Nul ne vous aimera parce que l'amabilité vous fera défaut.
Dans la chaire même, vous ferez des sorties qui vous peindront au naturel, et jusqu'au saint tribunal vous fermerez la bouche, par vos paroles sèches et grondeuses, à de pauvres pénitents qui auraient besoin d'exhortations paternelles pour se résoudre à déclarer leurs misères.
Croyez-nous, jeune ami, c'est l'expérience qui s'exprime par notre organe ; tout ce que nous
venons de vous dire et mille autres choses que nous pourrions vous dire encore, tout cela sera la conséquence infaillible de votre mauvais caractère, si vous ne travaillez pas sérieusement à le corriger par l'emploi des moyens suivants.
— Le point fondamental pour opérer cette réforme, c'est de se bien connaître. Comment combattre un défaut, comment s'en corriger, si l'on est convaincu qu'on n'y est pas sujet? 11 faut donc que vous fassiez d'abord une recherche exacte, et même une étude sérieuse et approfondie de tous les défauts de votre caractère. Quelques-uns sans doute sont faciles à saisir : la vivacité, l'esprit de critique, l'inégalité d'humeur et plusieurs autres encore sont si patents et si fréquemment produits, qu'il est impossible qu'on ne les reconnaisse pas en soi, si l'on en a contracté l'habitude. Mais il en est de plus cachés dont on veut absolument se croire exempt quoique réellement on les possède. L'homme susceptible, par exemple, soutient presque toujours qu'il ne l'est pas, et cependant sa susceptibilité fait souffrir à chaque instant ceux qui sont en contact avec lui. Très-souvent aussi on a des défauts ; tout le monde les connaît et on les connaît soimême ; mais on les excuse si bien qu'on leur ôte en quelque sorte, du moins à ses propres yeux, leur caractère de défaut. Ainsi, par exemple, on est sujet à des vivacités ; mais on dit que ces vivacités sont légitimées par les fautes du prochain que l'on doit réprimer; on est sombre et boudeur ; mais
on dit que c'est pour faire sentir aux autres qu'ils ont mal fait et pour les faire rentrer dans le devoir quand ils s'en sont écartés. Au milieu de tout cela on doit voir combien il est aisé de s'aveugler, et combien on a besoin de s'étudier à fond pour se déterminer à une réforme qui répugne toujours à la nature.
— Cet aveuglement étant très-ordinaire, vous ne devez pas, si vous avez un vrai désir de vous corriger, vous contenter de vos propres lumières. Allez donc trouver vos supérieurs et quelques-uns de vos condisciples, et priez-les instamment de vous dire sans le moindre déguisement tout ce qu'ils remarquent de répréhensible dans votre caractère. Quand ils vous l'auront dit, ne vous excusez pas, remercier-les de leur franchise et suppliez-les de continuer de vous rendre le même service. Nul ne connaît mieux nos défauts que ceux avec qui nous sommes habituellement en rapport ; rien ne leur échappe à cet égard : ce que nous ne voyons pas, ils le voient très-clairement, et cela se conçoit : quand notre mauvais caractère nous fait commettre quelque faute, nous n'en souffrons pas, nous, car alors nous suivons une inclination naturelle ; mais il n'en est pas ainsi du prochain ; nos défauts lui sont à charge, ils le blessent souvent, et voilà pourquoi il les connaît si bien. C'est donc lui qui vous révélera ce qu'il vous importe si fort de découvrir.
— La prière, les inspirations d'une piété solide et éclairée, les examens fréquents et bien faits de votre conscience, la vigilance attentive sur vousmême et sur tous vos actes extérieurs, vous aide-
ront puissamment encore à connaître les défauts de votre caractère. Les saints, à la lumière de leur sainteté, voyaient en eux les imperfections les plus légères ; ils apercevaient même des taches qui échappaient à tout le monde : tendez comme eux à la sainteté, et comme eux aussi vous découvrirez vos secrètes misères.
— Quand vous connaîtrez vos défauts, demandez-vous sérieusement si vous voulez vous en corriger. Sans cette volonté fortement arrêtée, jamais vous ne remporterez une victoire décisive. Rien n'est énergique comme la volonté de l'homme quand elle est sincère et constamment exercée. Mais, pensez-y, il lui faut ces deux qualités ; autrement elle ne produit aucun effet : si elle n'est pas sincère, elle vous trompe ; vous croyez vouloir, et par le fait vous ne voulez point. Ce n'est plus une volonté, c'est une velléité. Si elle n'est pas constante, elle arrête de temps en temps un acte mauvais, mais elle ne détruit jamais radicalement un défaut. Yous voudrez aujourd'hui, vous ne voudrez plus demain ; vous voudrez pendant un accès de ferveur, vous ne voudrez plus quand l'accès sera passé. Que d'illusions sur ce point ! que de gens disent : Nous voulons, et agissent absolument comme ceux qui disent : Nous ne voulons pas.
— Mais supposons que votre volonté est telle qu'elle doit être, que devez vous faire pour en assurer l'exécution, relativement à la destruction de vos défauts ? Yous devez la stimuler, la fortifier à chaque instant par des réflexions solides et par des actes en rapport avec ces réflexions. Si vous ne faites pas cela, vous retomberez tout naturellement
dans votre état de mollesse et de lâcheté ; vous ferez de nouvelles chutes et vous direz comme ceux qui perdent courage : C'est plus fort que moi, c'est impossible...
— Commencez donc le combat par la réflexion : considérez le défaut que vous voulez détruire sous le triple rapport — de Dieu qu'il ofTense à tout moment, — du prochain qu'il fait souffrir et qu'il malédifie, — de vous-même enfm, quine serez jamais ce que vous devez être, c'est-à-dire un fervent séminariste et plus tard un saint prêtre, tant que vous n'aurez pas exterminé ce défaut. Revoyez mot à mot les deux premières parties de ce chapitre ; nourrissez-vous des réflexions qu'elles contiennent ; observez sous tous ses aspects le défaut que vous voulez combattre ; considérez sa nature qui est certainement mauvaise ; considérez ses efTets qui ne le sont pas moins ; voyez par avance où il vous conduira, les fautes qu'il vous fera commettre, les peines qu'il vous causera, les vexations qu'il vous attirera, les scandales qu'il produira et les obstacles qu'il mettra aux fruits de votre ministère. Yoyez, au contraire, les biens qui résulteront de sa destruction : Paix avec Dieu qui récompensera chaque jour votre générosité par de nouvelles grâces ; paix avec le prochain que vous édifierez, que vous gagnerez, que vous sanctifierez avec une incroyable facilité ; paix avec vous-même qui jouirez délicieusement des fruits de votre victoire, et qui exercerez avec bonheur un ministère béni de Dieu et des hommes. Est-il possible que ces réflexions fréquemment renouvelées et fécondées par une prière fervente et soutenue, n'en-
flamment pas votre courage et ne vous fassent pas triompher de votre adversaire ?
— • Joignez ensuite l'action à la réflexion. Évitez les occasions ; fréquentez ceux de vos condisciples qui pratiquent le mieux les vertus opposées à votre défaut ; faites des lectures appropriées à votre besoin spirituel ; signalez le point essentiel à votre confesseur, à votre directeur, et au moniteur particulier que vous aurez choisi parmi vos pieux condisciples; pratiquez cliaque jour quelque acte de vertu contraire au défaut que vous combattez ; punissez-vous, sans vous décourager jamais, quand vous aurez commis quelque manquement ; aidezvous de Texercice si éminemment salutaire de l'examen particulier ; veillez avec soin sur vousmême quand vous serez exposé au danger de succomber; adonnez-vous à la piété, dirigez contre votre ennemi toutes vos armes spirituelles, notamment vos examens, vos lectures, vos visites au saint sacrement, vos confessions et vos communions, et tenez pour certain qu'avec l'emploi soutenu de ces divers moyens, vous détruirez infailliblement vos défauts, quels qu'ils puissent être.
— Prenez bien garde surtout de considérer comme peu de chose ce qui s'appelle communément défauts de caractère. Quand on a dompté les grandes passions et que l'on ne voit plus en soi des vices proprement dits, mais seulement des défauts, on est assez porté à se reposer comme si l'on n'avait plus rien d'essentiel à faire pour sa régénération spirituelle. Or ceci est une illusion des plus dangereuses : outre que les défauts de caractère peuvent seuls produire de très -grands maux ,
comme nous l'avons vu, il est certain que chacun d'eux est le mauvais fruit de quelque passion mal éteinte, et peut conduire rapidement à quelque vice réel.
— Cultivez enfin avec un soin extrême trois vertus capitales qui, bien pratiquées, remédieront inévitablement à tous vos défauts de caractère, quelle que soit leur nature. Ces vertus sont : l'humilité, — la charité envers le prochain, — et la mortification.
L'humilité, qui est la reine des vertus morales, ne peut souffrir aucun défaut dans l'âme où elle règne; elle ne va jamais sans ses compagnes chéries : la douceur, la condescendance, la modestie et la déférence aux sentiments d'autrui. Elle supprime donc les vivacités, les susceptibilités, les manières dédaigneuses et hautaines, et Fentêtement à soutenir son opinion. Que de mauvais caractères seraient déjà réformés par de telles suppressions !
La charité attache cordialement au prochain celui qui la pratique ; elle a pour compagnes la bienveiltance, l'union des cœurs, l'obligeance, la compassion, la patience, etc. Elle supprime donc l'aigreur, la dureté, la jalousie, les rapports indiscrets, lesraillerias, le manque de complaisance etd'égards. Que de mauvais caractères seraient encore réformés par des suppressions de cette nature ! Quelle paix universelle si chacun mettait en pratique la charité que saint Paul nous peint sous de si belles couleurs quand il dit : Charitas jjatiens est, beiii' gnaest;... non œniulatu?^ non agit i')erperam, non infiatur j non est ambitiosa... non irritatur , non
cogitât malum... omnia siiffcrt, omnia o'cdit, omnia spcraty omnia sustinct !... etc.
Eiifiii, la mortificaiion, qui est la grande réformatrice de rdommc, l'embrase tout entier pour en faire une refoule complète ; elle attaque Finlérieur comme l'extérieur, elle ne transige avec aucun défaut, quelque léger qu'il soit, et elle ne dépose le marleau, le ciseau et la lime que quand elle peut dire : Vctcra transierunt, ccce facta sunt omnia nova.
Que vous serez heureux, jeune et tendre ami, et que votre futur ministère sera fécond en fruits de salut, si, par l'emploi de ces divers moyens, vous remplacez ce qu'il y a de défectueux dans votre caractère par les heureuses qualités qui lui manquent !