XXII. — Soins dos malades
Nous avons remarqué souvent qu'un des plus grands éloges que les peuples aiment à faire d'un
(1) Voyez Pratique (la zèle ccdcslastique, h^oisii^mc partie, Avis aux catéchistes.
prêtre, c'est do dire qu'il est très-exact à visiter ses malades. Il n'y a que le saint prêtre qui mérite pleinement cet éloge ; tous les autres laissent plus ou moins à désirer sur cet article.
Quelques-uns murmurent quand on les appelle pour cette fonction de leur ministère ; ils parlent de leurs affaires ; ils disent qu'on les dérange presque toujours pour des malades qui ne le sont guère, ils s'informent du genre de la maladie et s'évertuent à prouver qu'elle n'a rien de sérieux ; enfin ils partent le plus tard possible et quelquefois — car cela se voit — ils rencontrent à moitié chemin une personne éplorée qui leur dit : N'allez pas plus loin, il est mort !... Qu'on y fasse attention et l'on verra que les prêtres qui murmurent à l'annonce d'un malade, sont ceux qui sourient à l'annonce d'un festin ou d'une partie de plaisir.
D'autres ne murmurent point précisément, mais on voit à la rareté de leurs visites que ces visites les fatiguent. Quand ils peuvent se dire : Il est administré, les voilà tranquilles. Que leur pauvre malade ait besoin de consolation, qu'il soit aux prises avec la douleur qui le torture, avec sa conscience qui l'inquiète, avec des tentations qui le harcèlent, avec le démon qui fait un dernier effort pour perdre son àme, rien de tout cela ne les émeut : // est administré ; voilà les trois mots qui les rassurent, et quand ils les ont proférés, ils remplacent par des futilités une visite charitable de laquelle dépend peut-être le salut éternel d'une âme confiée à leurs soins.
D'autres voient leurs malades, mais ils sont avec eux d'une timidité excessive. La maladie fait des
progrès, ils parlent de choses inutiles, et leurs visites n'aboutissent à rien d'important. Un accès de fièvre survient, on se hâte de les en informer, ils accourent précipitamment ; mais, plus de connaissance, plus de confession possible, la mort frappe son coup avant le retour de la raison, et ils font une onction sur des membres glacés, quelquefois même sur un cadavre ! C'est smgulier, disent-ils, rien n'annonçait un si brusque dénoûment»
D'autres encore, par scrupule, ou pour en fmir d'un seul coup, épuisent un malade par une confession qui fatiguerait un homme en pleine santé. Au lieu de ménager ses forces et de lui faire faire une confession, incomplète, il est vrai, mais suffisante dans l'état où il est, ils ne veulent donner l'absolution que quand tout sera dit, et déterminent des accidents graves qui provoquent les vifs murmures de la famille. Nous avons connu un jeune prêtre qui soutint un siège de la part du mari d'une moribonde qu'il confessait depuis près de deux heures. Qu'y gagna-t-il? On va le voir. Le mari impatienté force la porte, chasse le jeune prêtre, s'instale près du lit de la mourante, et nous ne savons pas si l'absolution était donnée.
D'autres enfin n'entendent rien à consoler et à exhorter les malades : quelques phrases banales, quelques mots froids comme le cœur qui les suggère, ou de longues exhortations qu'on prendrait pour les fragments d'un sermon sur les souffrances ; ne leur en demandez pas davantage.
Ah ! que le saint prêtre est bien autrement inspiré I Prenez-le pour modèle, jeune et tendre ami. Dfait savoir en public et en particulier qu'on ait à
l'avertir dès le début d'une maladie qui annonce quelque gravité ; il part de bonne grâce dès qu'il est appelé; il prend les précautions convenables, mais il arrive à son but aussi promptement que possible; dans les cas pressants, il insiste bien plus sur la contrition que sur l'intégrité matérielle de de la confession, il donne l'absolution dès qu'il la peut donner ; il agit de même à l'égard de l'extrêmeonction et du saint viatique ; si la maladie se prolonge, il multiplie ses visites ; il voit son malade tous les jours s'il n'en est pas trop éloigné, et tous les deux jours si la distance qu'il l'en sépare est considérable; il lui fait des exhortations courtes et entrecoupées, d'un ton de voix bas, doux et pieux ; il recommande à quelques bonnes âmes de lui parler de Dieu et de lui faire produire de temps en temps des actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition; il prie pour lui avec toute la ferveur d'un cœur dévoué ; il l'assiste dans sa dernière agonie avec un zèle dont tout le monde est ravi; et quand il lui a fermé les yeux, il se retourne vers Dieu et lui dit avec confiance : « Ma tâche est remplie, Seigneur I » Opus coiisummam, quod dedisti mihi ut faciam. Ainsi agit le saint prêtre; ainsi agirez-vous si vous êtes saint vous-même. (1)
XXIII — Assistance des pauvres.
Le soin des malades édifie surtout les âmes qui ont la foi ; mais l'assistance des pauvres édifie tout le monde. La grande et la seule prédication
(1) Voyez Pratique du zèle ecclésiastique, deuxième partie, ch. XII, Rapports du prêtre avec les malades.
que nous puissions faire aux impies qui ne mettent pas le pied dans nos églises, c'est la sainteté de notre vie et l'amour des pauvres. S'ils nous croient intéressés ou avares, ils nous méprisent et s'enfoncent dans leur abîme ; s'ils connaissent nos larges aumônes, ils nous admirent et nous appellent quelquefois à l'heure suprême. Soyons donc dans toute la force de l'expression les pères des pauvres.
Oui, jeune et tendre ami, mettez votre ministère sous le patronage de la charité. Aimez tendrement les pauvres, visitez-les souvent quoiqu'ils n'aient aucun besoin pressant de votre visite, allez causer affectueusement avec eux comme avec des amis intimes, écoutez le récit de leur misère, donnez-leur des marques de compassion, déposez quelques pièces de monnaie dans leur main quand vous la serrerez en signe d'adieu; puis, leur confiance vous étant acquise, ce qui ne tardera pas, parlez-leur de Dieu, de leur àme, de leur salut, de la confession qu'ils négligent si souvent. Rien ne vous sera refusé. La clef de leur cœur était dans votre l)0urse, il suffisait de l'ouvrir pour la trouver; vous lavez ouverte, tout est fait. Quel est le pauvre qui résiste à un saint prêtre qui se dépouille pour le vêtir, qui s'impose des privations pour le nourrir, le chauffer et soulager ses nombreuses misères ?
Ah! que vous serez heureux, que vous serez béni, que vous serez abondamment consolé si vous suivez ces conseils î Que votre ministère sera fructueux et quelle pluie de grâces vous inondera, si les membres souffrants de Jésus-Christ sont vos enfants adoptifs !
Poiir'qu il en soit ainsi, attendrissez votre cœur par l'aumône, car elle l'attendrit autant que ravarice le resserre. Ayez horreur de cet affreux mot : amasser ; imposez-vous comme un devoir sacré de ne faire jamais aucune dépense inutile ; quand vous aurez réellement besoin d'acheter quelque chose, voyez si vous ne pouvez pas diminuer un peu la dépense que nécessite cet achat, et, si vous le pouvez, faites tourner cette réduction au profit des pauvres. Qu'ils soient enfin toujours présents à votre pensée, toujours l'objet des affections de votre cœur, et soyez sur que Jésus-Christ dont ils sont l'enveloppe von s dira au dernier des jours devant l'univers assemblé : Quamdiu fccistl uni ex his fratribiis meis tninimis, mihi fecisti (1).