‹ Œuvres complètesChapitre 48 sur 55 · XXIV. — Rappoits arec le monde · texte numérisé non relu

XXIV. — Rappoits arec le monde

Vivez de manière à vous faire beaucoup désirer par le monde ; mais gardez-vous d'accéder à tous ses désirs. Ne vous imposez pas ; faites plutôt qu'on se plaigne un peu de la rareté de vos visites. Un prêtre ne va jamais chez les grands sans en revenir moins prêtre ; c'est tout le contraire chez les pauvres. Il y a dans la maison des riches une certaine vapeur de mondanité qui incommode le saint prêtre. Sa chambre, l'église, l'asile de l'indigence et des larmes, c'est là qu'il trouve l'atmosphère qui lui convient : si ces trois lieux ne font pas ses délices, il n'est plus, à coup sur, YHomo Dei de saint Paul.

(1) \ oyez Pratiqiie du zèle ecclésiastique, deuxième partie, cil. XI, Rapports du prêtre avec les pauvres.

Cependant si vous êtes chargé du ministère paroissial, vous ne pouvez pas rompre totalement avec le monde. Voici les règles que vous devez adopter pour agir en ce ceci avec mesure :

En général, n'allez jamais chez les grands que par le motif d'une vraie nécessité ou d'une juste bienséance ; jamais par pur plaisir.

N'y allez point, pour l'ordinaire, sans être accompagné de votre curé. S'il y était lui-même trop répandu et qu'il voulût vous faire adopter son usage, trouvez le moyen, sans le fâcher, de vous soustraire à ces fréquentes et inutiles visites.

Avant d'entrer chez les riches, dites-vous à vousmême : Je veux les édifier; que puis-je faire pour cela ? Une voix intérieure vous dira sur-le-champ : Observe ta tenue, règle ton regard, contiens ta langue, supprime les futilités et dis des choses utiles. Obéissez à cette voix et vous provoquerez cette exclamation quand vous serez sorti : Quel aimable jeune homme ! quel saint prêtre !

On fait souvent des visites dans la classe moyenne ou inférieure qui sont plus dangereuses encore pour un prêtre que celles des grands. Quand il fait des gens de cette classe sa compagnie habituelle; quand il s'installe dans leurs maisons pour y rire tout à son aise ; quand il y débite de grosses inutilités qui touchent à la trivialité ; quand il écoute avidement les commérages de la paroisse et qu'il raconte lui-même ce qu'il a appris de son côté ; quand enfm il est si souvent dans ces maisons, que c'est là que la servante du presbytère le va chercher tout d'abord s'il n'est pas à sa chambre et qu'on le demande pour quelque afTaire ; on peut

(lire, sans balancer, quïl est déchu du titre de saint prêtre et qu'il est profondément engagé dans la voie du relâchement.

^'entrez pas dans cette voie^ vous, jeune et tendre ami, elle aboutit à des abîmes. A l'égard de la classe dont nous venons de parler, comme à l'égard de la classe supérieure, suivez les règles ci-dessus posées ; elles seules vous prémuniront contre des dangers de mille sortes qui ont fait et qui font, hélas ! tous les jours encore de nombreuses victimes dans le sacerdoce (1).

Page 1