XXV. — Liaisons avec les confrères
Parmi les prêtres qui se refroidissent à l'égard de Dieu, plusieurs doivent en grande partie ce refroidissement à la fréquentation de certains confrères relâchés. D'autres ne fréquentent de tels confrères que quand il leur ressemblent déjà, et alors ils s'entretiennent mutuellement dans l'état de la tiédeur. On peut donc dire avec vérité que la fréquentation des prêtres relâchés produit le relâchement ou le perpétue. Cela se fait tout naturellement et par la seule force des choses ; car jamais on ne se donne formellement le conseil d'embrasser une vie tiède : qui pourrait se résoudre à faire à un confrère une proposition de cette nature ? Mais, chose étonnante, on fait sans difficulté ce qu'on aurait horreur de proposer. Ainsi, par exemple, un prêtre qui se dégoûte de la prière et de rétude, et qui se lie avec un confrère qui s'en
(1) Voyez trafique du zèle, deuxième partie, cli. IX, Rapprjrts exUrieurs avec les pécheurs pow les engager à se convertir.
est dégoûté depuis lou.crtemps et qui s'est adonué au jeu ou au vaiu plaisir des courses et des festins, ne lui dit pas expressément : Uemplaeons la prière et l'étude par le jeu, les voyages et la bonne chère ; ce serait une impudence révoltante ; mais, sans rien dire, et par le fait seul de la fréquentation d'un tel confrère, il devient en peu de temps comme lui, joueur, coureur, et amateur des bonnes tables. Que cela fait bien voir le danger auquel on s'expose en prenant pour ami intime un prêtre relâché !
Evitez ce piège, jeune et bien-aimé confrère, en observant fidèlement les règles que nous allons tracer.
Attachez -vous tellement à votre curé que sa compagnie vous soit plus agréable que celle de tout autre prêtre. Quand il verra que vous ne formez aucune liaison étroite avec les confrères du voisinage et que vous n'êtes heureux qu'avec lui, il vous saura un gré infini de cette préférence et vous en récompensera par une multitude d'égards, de prévenances et de bontés.
Si vous avez un autre vicaire pour collaborateur, voilà encore une société toute faite. Deux vicaires d'une même paroisse qu'on ne voit presque jamais ensemble et qui cherchent au loin leur compagnie favorite et habituelle, fournissent matière à bien des conjectures. On soupçonne de l'antipathie, delà jalousie, du goût pour les longues courses, pour les visites inutiles et mille autres choses qui ne font pas réloge de ces deux jeunes prêtres. Affectionnez donc cordialement votre collègue ; mais n'oubliez pas que votre curé doit être le centre de cette amitié, le nœud de cette alliance. Si la douce
chaîni3 de la charité vous enlace tous les trois, vous ne sauriez croire les heureux effets qui résulteront de ce mutuel attachement, pour le bien général de la paroisse.
Cependant si, pour quelque bonne raison, vous croyez devoir, sans froisser votre curé, vous lier d'amitié avec quelque confrère du voisinage, faitesle, mais aux trois conditions suivantes : 1*" qu'il sera, ce confrère, en fort bons termes avec votre curé ; car, celui-ci, s'il y avait entre eux quelque froideur, croirait aisément que dans vos causeries amicales vous ne l'épargnez guère. 2"" Qu'il ne sera pas trop éloigné de votre domicile ; car si les visites étaient fréquentes, comme elles le sont d'ordinaire entre amis intimes, ce serait une perte de temps considérable. 3° Qu'il sera un saint prêtre ou, à défaut de saint prêtre, le meilleur entre les bons parmi ceux de la contrée. Autant que possible, attachez-vous à un prêtre plus saint que vous, afm qu'il vous attire à sa sainteté.
Quant à la manière de traiter avec cet ami, n'oubliez pas qu elle doit être telle qu'il en résulte pour vous deux un profit spirituel. L'amitié, qui n'est qu'amitié, c'est-à-dire qui se borne à des témoignages d'attachement, est une amitié purement humaine que Dieu ne Ijénit point. Soyez assez libres l'un avec l'autre pour parler piété, pour vous donner des conseils, pour vous avertir de vos défauts, pour vous révéler ce qui se dit dans le monde de votre conduite, de vos habitudes, de A'otre ministère, et enfm pour concerter ensemble les moyens de travailler avec un plein succès à sauver des âmes et à vous sanctifier
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vous-mêmes. Voilà hi seule amitié qui doive unir des prêtres : toute autre est iuutile si elle n'est pas dangereuse.
XXVI. — Dangers de l'exemple de quelques bous prêtres sur certains points particuliers.
Tout ne doit pas être imité chez les bons prêtres : faites comme Tabeille qui ne prend sur chaque fleur que ce qui lui convient. Il y a là un piège caché dans lequel plusieurs sont tombés.
Les désordres des mauvais prêires ou des prêtres ouvertement relâchés révoltent un jeune prêtre qui veut vivre saintement; mais les libertés que s'accordent certains bons prêtres lui semblent légitimes, par cela seul que ceux qui se les permettent méritent son estime par rcnsemble de leur conduite.
On voit, par exemple, quelques bons prêtres, généralement réputés tels, qui font à peu près tous jours ce qu'on appelle leur petite partie de jeu, qui ne refusent aucun dîner, qui parlent assez librement du prochain, qui ne font rien d'extraordinaire en fait d'œuvres de zèle, qui visitent rarement le saint Sacrement, qui font une action de grâce très-courte après la sainte messe, etc., etc. Ils agissent en tout cela avec une certaine bonhomie, une certaine rondeur qui, soutenue d'une vie d'ailleurs édifiante, fait croire tout naturellement à déjeunes prêtres qu'ils peuvent s'accorder sans danger de pareilles licences. Mais malheureusement ils reconnaissent plus tard, et trop tard quelquefois, qu'en se permettant ces choses, ils vont plus loin que leurs modèles dans la voie du
relâchement. Que do bons prêtres, amateurs modérés du jeu, en ont, sans le savoir, développé la passion chez de jeunes confrères ! Nous ne disons rien en ceci dont nous n'ayons une parfaite connaissance. Prenez chez ces bons prêtres ce qui s'y trouve de réellement bon, et rejetez tout le reste. Si vous ne faites pas ce juste discernement, vous serez victime de votre imprudence.