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CHAPITRE lY

Le fervent séminariste.

Ordinairement, avant d'entrer au séminaire, le séminariste fervent était déjà fervent. Dans le monde,, dans sa famille, dans Jc petit séminaire, il édifiait par sa haute piété qui ne frC démentait jamais, et qui chaque jour, au contraire, se fortifiait au lieu de s'affaiblir : le titre de saint lui était généralement décerné.

L'origine de sa piété remonte souvent jusqu'à sa première enfance. Une mère solidement chrétienne cultiva soigneusement son âme, et d'heureuses dispositions à la piété favorisèrent cette culture .

Imitateur des saints, les frivolités du jeune âge eurent pour lui peu d'attrait ; il se prétait au jeu plutôt par complaisance que par inclination, et

quand il pouvait suivre son goût, il se plongeait dans les livres ou allait au pied de l'autel épancher son cœur dans le cœur de Jésus, et édifier les âmes saintes qui ne se lassaient point d'admirer sa ferveur. C'était un autre Jean, l'apôtre vierge et le disciple bien-aimé du Sauveur.

Quelquefois cependant la haute piété du fervent séminariste ne date pas de si loin. Des orages ont précédé la sérénité de sa vertu. Yictime des mauvaises compagnies, triste jouet d'une imagination bouillante, il a fait des écarts, et de fougueuses passions l'ont entraîné dans plus d'un précipice. Ces précipices, il s'en est arraché. Depuis longtemps il a reconnu sa misère ; il l'a déplorée dans l'amertume de son cœur, et une éclatante conversion qui a frappé tout le monde, l'a rattaché à Dieu par des liens indissolubles. C'est Pierre après sa chute regagnant par la ferveur de son repentir les bonnes grâces de son divin Maître.

Mais n'y a-t-il de séminaristes fervents que ceux dont nous venons de parler? Une vertu, incomplète dans le monde, ne devient-elle pas quelquefois une vertu fervente au séminaire? Communément, ce n'est pas peut-être ce qui a lieu ; mais pourtant cela n'est pas assurément sans exemple. Oui, l'on en voit qui n'étaient que bons dans le monde, et qui, dans le séminaire, deviennent excellents. Quand cela arrive, hàtons-nous de le dire, c'est presque toujours dès le début qu'on s'en aperçoit. jXous doutons fort que les plus anciens directeurs aient vu souvent cette heureuse transformation s'opérer dans la seconde ou la troisième année du séminaire. Nous le répétons, c'est au

dpl)iit que oela se remarque. Déjà i3ien disposé, quoique n'ayant qu'une vertu ordinaire, un nouveau séminariste se sent parfois subitement frappé de la grâce et se livre à des réflexions sérieuses qu'il n'avait jamais faites. Le monde qui l'étourdissait, des amis folâtres qui le dissipaient, de vains plaisirs qui attiédissaient son àme ; tout cela le retenait dans l'étage inférieur d'une vertu médiocre. Mais quand la majesté imposante du séminaire Ta saisi; quand la solitude, faisant le vide dans son àme, la placé sous le regard de Dieu ; quand il a entendu la parole grave et pénétrante de ses vénérables supérieurs ; quand il a fait connaissance avec de pieux condisciples , modèles achevés de vertus sans tache ; quand il a subi l'heureux joug d'un règlement salutaire, et que la chaîne des exercices spirituels l'a enlacé ; alors une vive lumière s'est faite autour de lui. il a vu les vérités éternelles sous un jour tout nouveau, et le sacerdoce lui apparaissant dans un avenir prochain avec son effrayante sublimité, il s'est dit à luimême : Lucas m quo stas, terra sancta est : puis-je être trop parfait pour devenir le ministre de Dieu et le dispensateur des mystères de Jésus-Christ ? Xon certes ; jamais au contraire je ne serai aussi saint que je le. dois être ; voguons donc à pleines

voiles vers la perfection Et il a quitté la nacelle

des bons pour prendre place dans celle des parfaits.

Telles sont les dispositions préliminaires de ceux que nous appelons fervents sémmaristes. Voyons maintenant le détail de leur conduite.

Nous ne parlerons point de la vocation de ces pieux élèves ni des mille moyens qu'ils emploient

pour s'assurer qu'elle est ce qu'elle doit être. Si, comme nous l'avons vu, le bon séminariste se met en règle sur ce point si important, que ne doit pas faire celui qui puise ses lumières et ses inspirations dans une pieté beaucoup plus avancée ? SU aborde le séminaire, c'est parce qu'il a la certitude morale que Dieu l'y appelle.

Le fervent séminariste aime le séminaire avec une sainte passion. Rien ne lui manque dans ce lieu de délices : de bons supérieurs, de pieux condisciples, l'éloignement du monde, la vie de retraite, la règle, le genre d'occupation, le mélange si bien combiné de l'étude et des exercices spirituels : tout est selon ses goûts, et jamais il n'a joui sur la terre d'une paix semblable à celle que Dieu lui procure.

Souvent son cœur déborde, et de douces larmes, furtivement répandues, trahissent l'inefTable bonheur dont son àme est inondée. C'est à lui que s'appliquent ces belles paroles de l'Imitation : Ibi (in silentio et quiète) hwenit ftuenta lacrymarum quibus singulis iioctibus se lavet et mundet, ut Conditori suo tanto familiarior fuit, quanto longiùs ab omni seculari tumultu degit.

Nous avons connu un jeune homme qui entra au séminaire sans se laisser arrêter par la considération du brillant avenir que le monde lui promettait. Le jour de son entrée il était très-soufTrant, et cependant dès qu'il eut mis le pied dans son humble cellule, si dilTérente de sa chambre du monde, il ouvre sa fenêtre, tombe à genoux, regarde le ciel avec transport et s'écrie dans la ferveur de son enthousiasme : « 0 mon Dieu ! me voici donc enfin II. 5

» dans le séminaire!... Que je suis heureux, Sei- » gneur, que je suis heureux ! Soyez béni, mon » Dieu, soyez éternellement béni !... » Et des ruisseaux de larmes s'échappaient de ses yeux.

A la différence des mauvais, des tièdes et même des bons séminaristes, celui qui est fervent regrette chaque jour qu'il voit s'écouler, parce qu'il voudrait que l'heureux temps de son séminaire ne s'abrégeât jamais. Ce n'est pas lui qui, comme quelques-uns de ses condisciples, semblables en cela aux écoliers paresseux des collèges, compte avec impatience les jours de saint esclavage qui le séparent des joui^s de liberté.

A la différence encore de ceux qui ne sont pas fervents comme lui, chaque nouvelle année de séminaire, au lieu de l'incliner vers le relâchement, r enrichit au contraire d'un accroissement de ferveur et de sainteté.

L'esprit de Dieu le dirige dans toutes ses voies : Spiritu Dei agitur. On a beau l'observer de près, toujours on le voit en règle^ toujours il se conduit de manière à faire dire à chacun de ses condisciples : Voilà mon type, voilà mon modèle I

Les plus petits points de la règle ont à ses yeux une autorité souveraine à laquelle il se soumet avec la plus inviolable fidélité. Jamais un mot ne lui échappe quand le silence est prescrit, et nous ne craignons pas d'exagérer en disant qu'il mourrait martyr de F obéissance, s'il était forcé de choisir entre la mort et la violation pleinement volontaire de son règlement.

C'est lui qui, pour obéir à ce règlement, laisse une lettre à moitié formée et se met en marche au

premier coup de cloche. Les anges ne sont pas plus prompts qu'il ne l'est lui-même pour exécuter la volonté de Dieu dès qu'elle lui est connue.

Il prie quand il doit prier, il travaille quand il doit travailler, il se récrée quand il doit se récréer, et comme Samuel à Héli, à chaque instant il peut dire à Dieu : Ecce ego^ quia vocasti me.

Si dans les plus petites choses il est si fidèle, faut-il s'étonner qu'il le soit en des points d'une plus haute importance? Sa conscience est d'une délicatesse quelquefois excessive ; l'ombre d'une faute lui semble une faute réelle dont il ne manque jamais de se punir. L'apparence d'un défaut prend à ses yeux les proportions d'un vice, et pour s'en corriger il met incessamment en œuvre la mortification, la vigilance et la prière.

La parole de ses supérieurs a pour lui quelque chose de sacré. Il n'est aucune de leurs prescriptions qu'il n'observe, aucun de leurs conseils qu'il ne suive. Dieu lui-même, se rendant visible et dictant ses volontés à ce pieux élève, ne serait pas plus ponctuellement obéi que ne l'est le supérieur qui le remplace.

A l'église, chacun se sent frappé de sa bonne tenue : pas un mot inutile, pas un léger sourire, pas un regard indiscret, pas un geste qui blesse la plus exacte réserve ; droit sans roideur, recueilli sans affectation, sérieux et grave sans austérité ni contrainte, pieux enfin de cette piété de bon aloi qui ne rebute personne et édifie tout le monde, il prêche éloquemment par sa simple attitude sans avoir seulement la pensée du bon exemple qu'il donne. Nous nous sommes souvent demandé com-

ment plusieurs séminaristes moins parfaits que celui-ci, et auxquels on ne pouvait faire aucun reproche sur les points que nous venons de toucher, ne produisaient pas cependant cette impression de sainteté qu'on éprouve à Faspect du séminariste fervent, (l'est un des secrets de la haute piété ; elle a son mystérieux cachet, son influence sympathique qui saisit sans qu'on puisse expliquer comment elle saisit. Et puis tout se soutient, tout se coordonne dans la conduite du séminariste qui vit saintement ; quand on le voit en tout, partout et toujours dans la ligne du devoir, dans l'habitude du recueillement, de la modestie et de la piété, il n'a qu'à se montrer pour qu'on dise aussitôt : Yoilà notre ange visible, voilà le saint du séminaire !

Bans sa cellule, s'il nous était donné d'y pénétrer ou seulement de l'observer sans qu'il s'en aperçût, nous le verrions pénétré du sentiment de la présence de Dieu, recueilli comme à l'église, sanctifiant son travail par une fervente prière, baisant amoureusement son crucifix, s'unissant à Jésus et à Marie par de fréquentes aspirations, et de temps en temps la discipline à la main, châtiant sévèrement une chair innocente. Qui saura jamais les actes de vertu qui se pratiquent journellement dans la cellule du fervent séminariste !

Au réfectoire, on le voit encore tel qu'il est toujours, modeste, recueilli, pieux et mortifié. L'attention soutenue qu'il prête à la lecture émousse ses appétits sensuels, et s'il pense à la nourriture qu'il prend, c'est pour observer le saint usage qu'il a adopté de s'imposer à chaque repas, sans que personne le sache, quelque légère privation.

Pendant les récréations et les promenades, on admire peut-être plus encore que partout ailleurs l'ensemble de vertus dont la pratique lui est familière : douceur, complaisance, charité, simplicité, humilité, aménité dans le ton et les manières, piété dans les entretiens, enjouement candide et toujours contenu par une gravité sans sécheresse : tels sont les beaux traits qui le distinguent.

Que dirons-nous de ses vacances? Ce serait au monde à nous raconter les sujets d'édification qu'il lui donne. Quand il a fait dans sa famille et chez les personnes de sa connaissance les visites que la nécessité ou les convenances lui prescrivent, il se crée une espèce de solitude au fond de laquelle il se plonge avec délices, pour se livrer modérément aux exercices do l'étude et de la piété. Quelques saints prêtres qu'il prend pour mentors forment sa compagnie, et, sans le savoir, il excite leur envie par son angélique ferveur. Qui nous dira les heureuses impressions que produit sur les séculiers mêmes le spectacle de ses vertus î Un jour, une grande pécheresse, plongée depuis plusieurs années dans un abhne d'iniquités, se convertit en voyant tous les jours à la même heure un séminariste au pied du tabernacle, dans l'attitude d'un saint : c'est lui, dit-elle, c'est lui, ô mon Dieu, qui sera le confident de mes misères. Et, en effet, dès qu'il fut prêtre, elle l'alla trouver et il eut le bonheur de la purifier de ses souillures. C'est elle-même qui raconta ce fait si édifiant aune personne qui avait sa confiance.

Yous nous faites-là, dira-t-on peut-être, un tableau imaginaire et chimérique : c'est de l'idéal et

non du réel que vous nous proposez. Regardez autour de vous, élèves bien-aimés qui nous faites ce reproche , et très-certainement vous verrez quelques fervents condisciples semblables à celui dont nous venons d'esquisser le portrait. Ils sont rares sans doute, mais à coup sûr ils existent. Oui, nous sommes certain qu'il n'y a pas un seul séminaire en France et hors de France où il ne se trouve des séminaristes de cette trempe. Dieu veut qu'il en soit ainsi ; ce sont de parfaits modèles qu'il propose aux lâches pour rn'ils les imitent. Ah ! jeune et tendre ami, si vous l'écoutiez, ce Dieu d'amour, il vous dirait assurément ce qu'il disait autrefois à Satan de son serviteur Job :

Niunquid consiclerasti ssrmim mswn Job vir

simplex, et rectus, ac timens Deum et recedens à malo, et adhuc retinens iimocentiam?

Mais enfm, répliquez-vous, chez ce pieux séminariste l'humanité a-t-elie donc disparu? Dieu, qui voit des taches jusque dans ses anges, n'en voit-il aucune chez le saint élève dont vous venez de tracer le tableau? Loin de nous de le dire ni même de le penser. La perfection ne se trouve qu'en Dieu seul, partout ailleurs il y a des ombres ; et celles qui recouvrent la vertu du fervent séminariste nous ne craindrons pas de les produire. Elles sont légères, il est vrai, mais elles sont réelles, et les signaler est pour nous un devoir ; ce sera d'ailleurs pour lui-même une leçon salutaire dont il s'empressera de profiter.

Le fervent séminariste accorde quelquefois un peu trop à l'imagination. 11 a des qualités excellentes, cela est incontestable ; mais quelquefois le

bien qu'il fait, il le fait par enthousiasme et par élan plutôt qu'avec le calme de la raison et la sagesse du discernement. Quand son ardeur se ralentit, il croit tout perdu, et tombe de-> hiutours de la perfection dans les langueurs du découragement.

Tant que durent ses fervents accès, rien ne lui coûte : encombrement de pratiques pieuses, application forcée à se maintenir en la présence de Dieu, privation immodérée de la nourriture et du sommeil, taciturnité exagérée, vœux imprudents, pénitences corporelles sans l'agrément du directeur : voilà des taches que son fonds de bonne intention lui dérobe. C'est l'excès du bien, nous en convenons ; mais l'excès du bien est un défaut que la vraie vertu ne saurait approuver : Oportet saper c, dit saint Paul, sed saper e ad sobrictatem.

La singularité est encore assez souvent la matière d'un reproche qu'on peut lui faire. Chez lui, cette singularité n'est pas orgueil, mais elle est bizarrerie, originalité, petitesse d'esprit et quelquefois défaut d'éducation. Or si tout cela n'est pas vice, ce n'est pas vertu ; ce n'est pas surtout cette vertu franche, polie, gracieuse et attrayante qui plaît toujours et ne choque jamais.

Trop souvent aussi il affiche uiie austérité de mœurs et de manières qui rebute au lieu d'attirer. Uni à Dieu par une piété sincère, il croit rompre cette union s'il se déride. Au lieu de se faire tout à tous comme saint Paul ou comme saint François- Xavier qui, pour convertir de vieux matelots endurcis, prenait leur jeu quand ils étaient appelés pour la manœuvre, il se tient, lui, toujours retranché dans la sphère d'une perfection mal comprise,

et ne sait point abaisser son vol pour gagner les cœurs par une aimable condescendance.

Sons l'influence du même principe, il commet encore des imprudences dans la société des laïques. La moindre tolérance lui semble un crime. Dès qu'un mal quelconque se produit, il croit avoir mission pour le détruire ; il l'attaque donc avec vigueur, et, au lieu de laisser passer ce qu il va censurer en vain, il excite par son ardeur pour le bien l'ardeur que les autres ont pour le mal, et s'attire en outre des railleries piquantes qui rejaillissent sur la vertu dont il se fait l'apôtre.

L'entêtement est encore quelquefois une de ses petites misères. 11 soutient une bonne cause ou du moins qu'il croit telle, cela est vrai ; mais précisément parce qu'elle lui semble bonne, il la défend à outrance, et la chaleur de son soutien endurcit les esprits au lieu de les convaincre.

C'est encore lui qui se montre trop exclusif dans le choix de ses compagnies. Des condisciples qui auraient besoin de se réchauffer au foyer de sa piété dans les récréations et les promenades, craignent de l'aborder parce qu'il laisse trop voir que la société des fervents est la seule qui lui plaise.

Son caractère n'est pas toujours non plus absolument irréprochable. La prévention, ce vice de r homme de bien, comme l'appelle Montesquieu, l'aveugle quelquefois à son insu ; la vivacité, quand il subit un choc, agite un peu son àme et se produit même par de légères saillies ; une certaine lenteur dans r exécution des choses qui ne lui sourient pas, contraste avec l'activité qu'il déploie quand il fait ce qui est de son goût ; une ombre de sus-

ccpiibilité lui rappelle en quelques circonstances que le germe de l'orgueil n'est pas encore détruit ; un air de tristesse et de mélancolie altère de temps en temps son aimable sérénité, et ainsi du reste. C'est peu de chose, mais c'est pourtant quelque chose ; le vieil homme n'a pas tout à fait cessé de vivre, et de nouvelles victoires sont réservées à de nouveaux combats.

Son zèle se ressent parfois aussi des imperfections de son caractère. L'indignation contre le péché absorbe chez lui l'indulgence et la compassion pour les pécheurs; des entreprises aventureuses et au delà de ses forces révèlent son peu de prudence et de maturité ; certaines démarches scabreuses et peu mesurées, qui lui attirent des critiques et des blâmes, lui font sentir qu'il dépasse les bornes de la discrétion ; le défaut de persévérance enfin, à la rencontre des obstacles, atteste son peu de fermeté et de confiance en Dieu.

C'est encore dans les peines, dans les tentations, dans les maladies que le fervent séminariste s'aperçoit qu'il est homme. La faiblesse le gagne dans ces rudes épreuves ; l'abattement prend la place de la sainte espérance, et si la résignation finit par prévaloir, elle ne vient qu'après l'expression de la plainte et de l'anxiété.

Une chute aussi, souvent fort peu grave, ébranle son courage et trouble la paix de son intérieur. Profondément affligé de ne pas se voir encore impeccable, au lieu de dire comme David : Bonum mihi, Domine, quia humiliasti me, il s'empare des paroles de Caïn qui ne lui conviennent en aucune façon et s'écrie comme lui : Major est iiiiquitas n. 5.

mea, quam ut veniam merear ; il devrait profiter de sa faute pour s"humilier, veiller et prier, et le découragement est le mauvais fruit qu'il en tire.

Le scrupule enfin, cette infirmité des bonnes âmes, qui bouleverse la conscience, refroidit la ferveur, rend impropre au travail, altère la santé, attaque la raison même en faussant le jugement, et met au supplice les pénitents et les confesseurs, le scrupule est souvent la grande faiblesse du fervent séminariste. Attaché servilement à sa volonté propre par un orgueil secret qu'il ne veut pas reconnaître, il érige en vertu son opiniâtreté, persuadé qu'elle part d'un fonds de crainte de Dieu, et ref r.-j d'obéir, quoique F obéissance soit le seul remède à la maladie spirituelle dont il est atteint.

On doit voir maintenant si nous avons flatté le séminariste fervent dans le tableau que nous en avons fait ; mais on doit voir aussi combien sont légères les ombres qui le rembrunissent. Donnons cependant quelques avis à cet élève si intéressant et initions-le aux secrets de son avenir.

Quand yous serez prêtre et que vous quitterez le séminaire, il arrivera de deux choses l'une : ou vous continuerez de marcher dans les voies de la ferveur et de la perfection, ou vous sortirez de ces voies pour entrer dans celle du relâchement. Déroulons votre avenir dans ces deux hypothèses.

Si votre ferveur se soutient, si même elle prend encore de nouveaux accroissements , bénissez Dieu d'avance des fruits étonnants dont il couronnera votre divin ministère. Yoiis serez un saint prêtre, et qui dit saint prêtre, dit Thomme de Dieu,

l'homme de sa droite, l'homme selon son cœur, le sel de la terre, la lumière du monde, le miroir de toutes les vertus, la gloire de lEglise, le père des pauvres, le consolateur des affligés, le fervent apôtre en un mot, donné en spectacle au ciel et à la terre. Tout s'incline devant un saint prêtre; il réduit au silence Fimpiété elle-même, et fait jaillir jusque de la fange du libertin l'admiration et réloge.

Oui, vous serez tout cela si votre ferveur se soutient et se développe, et voici quels seront les heureux effets de cette ferveur.

Vous entrerez dans le monde av(*c un saint tremblement à la vue de votre faiblesse, mais avec une pleine confiance en Dieu, qui est tout spécialement le protecteur du saint prêtre.

Yous serez muni d'un règlement de vie comme d'une cuirasse impénétrable. Ce règlement, vous l'aurez élaboré devant Dieu dans votre solitude de concert avec votre directeur, qui vous aura fait promettre de l'exécuter avec fidélité en dépit de tous les obstacles.

Habitué à respecter, à pratiquer et à chérir la règle du séminaire, vous vous attacherez plus fortement encore à votre règlement de prêtre, convaincu qu'il vous sera incomparablement plus nécessaire dans le monde que celui du séminaire ne l'était dans la retraite.

La tentation d'y faire la moindre brèche sans une raison vraiment légitime, sera repoussée avec vigueur comme une suggestion infernale qui, si elle était accueillie, serait le premier principi*, de votre décadence : jamais , sans motif grave, je nen-

freindrai mon règlement ; telle sera votre invariable devise.

Vous attendrez paisiblement le signal de la volonté de Dieu par l'organe de vos supérieurs, et quel que soit le poste qu'ils vous confient, vous l'accepterez sans mot dire avec une humble soumission. Cette disposition d'obéissance aveugle ne se démentira jamais: ce ne sera pas vous qu'on verra déranger les desseins de la Providence par les subterfuges et les pitoyables combinaisons de votre volonté propre.

Installé dans votre emploi, vous exécuterez dès le premier jour le plan de perfection que vous vous serez tracé. Vicaire d'abord, selon la voie commune, vous vous direz énergiquement à vousmême : Je ne ferai un bien complet dans mon ministère que si je suis en parfaite harmonie avec mon curé. De ce principe fondamental résultera l'accomplissement de vos principaux devoirs.

Loin de considérer votre curé comme un maître incommode, vou3 îie verrez en lui qu'un bon père et un conseiller fidèle. Soyez sur qu'il sera l'un et l'autre si vous êtes vous-même un excellent vicaire. Vous étudierez avec soin son caractère, ses goûts, ses usages, ses doctrines, avant de vous produire sous tous ces rapports, dissimulant vos inclinations propres si elles étaient opposées aux siennes afin d'éviter les moindres froissements.

Le vicariat ne sera pas à vos yeux un pénible esclavage, vous l'envisagerez plutôt comme un noviciat très-utile pendant lequel vous puiserez dans l'expérience de votre bon curé les moyens d'être plus tard un bon curé vous-même.

Jamais vous ne direz un mot ni ne ferez une

démarche qui puisse déplaire au premier pasteur

de la paroisse, prenant toujours sa défense avec

un saint zèle, et désarmant ses ennemis, s'il en a,

par toutes les industries de votre charité.

Respect, confiance, attachement, douceur et complaisance : telles seront les vertus par lesquelles vous vous appliquerez à gagner son estime et son affection.

Le monde, ses compagnies et ses jeux vous inspireront de la répugnance. Vous les fuirez au lieu de courir après eux ; vous vous ferez désirer au lieu de vous imposer, et vous ne sortirez de votre retraite habituelle que quand vous pourrez vous dire devant Dieu que sa plus grande gloire et le salut des âmes vous en font un devoir.

Les festins, du moins habituellement parlant, vous seront à charge ; votre ferveur y sera mal à Taise, et comme, après ces festins, vous la sentirez toujours plus ou moins refroidie, vous les éviterez autant que vous le pourrez, et quand vous serez forcé d'y paraître, vous ferez voir que si vous vous y prêtez par convenance, vous ne les recherchez pas avec empressement et bonheur.

Tous les paroissiens, sans distinction, seront pour vous des brebis chéries que vous essayerez de gagner à Dieu par votre inaltérable douceur et votre angéliquepiéîé. Tous les aimerez pour qu'ils vous aiment, vous les édifierez pour qu'ils vous imitent.

Les affligés von s verront accourir au fort de leurs disgrâces ; vous leur porterez de saintes paroles pour les fortifier, des témoignages de com-

passion pour les soulager, de manière à les forcer de voir en vous un ange consolateur, charitable et dévoué.

Les pauvres seront vos enfants d'adoption ; ils souriront de bonheur en vous voyant entrer dans leur sombre asile ; vous vous imposerez des privations pour les assister dans leur détresse ; leur pauvreté corporelle ne vous fera pas oublier le trisie état de leur <*onscieuce, et ils devront à votre charité le soulagement de leur misère et le salut éternel de leurs âmes.

Les malades, vos malades surtout, seront l'objet des soins les plus actifs de votre zèle. Jamvais une plainte, jamais un murmure à l'occasion des visites que vous devrez leur faire ; toujours au contraire, toujours des témoignages d'empressement à vous rendre auprès d'eux au premier signal, pour les consoler dans leurs souffrances et les disposer au terrible passage du temps à l'éternité.

Quant à vos pénitents, que seront-ils pour vous autre chose qu'une famille de pauvres prodigues qui ne vous décerneront pas sans raison le doux titre de père? Sans briguer jamais leur confiance par d'indignes manœuvres, vous recevrez ceux que la Providence vous enverra, et, sans préférence pour un seul, vous les accueillerez tous avec un zèle égal, vous appliquant sans relâche à les porter à Dieu par vos paternels avis et votre charité compatissante.

Pour accomplir ces œuvres excellentes, vous vous convaincrez chaque jour davantage de la nécessité d'être un saint, et pour être un saint, vous vous maintiendrez, comme au séminaire, homme de retraite, de prière et d'étude.

L'oraison sera plutôt prolongée qu'abrégée ; la sainte messe, célébrée comme les saints la célèbrent, sera toujours précédée d'une préparation spéciale et d'une longue action de grâce ; Foffice divin sera dit en son temps et avec les dispositions qu'il exige ; l'examen particulier sera inviolablement pratiqué tous les jours, le chapelet récité, la lecture spirituelle régulièrement faite, et la visite au saint sacrement, initiation délicieuse aux voluptés célestes, sera la fournaise d'amour où viendra chaque soir se retremper votre ferveur.

Enfin le jour de retraite mensuelle et la grande retraite annuelle renouvelleront et consolideront votre piété. C'est là que vous vous rappellerez les jours heureux de votre séminaire, et que vous bénirez Dieu dans la douce effusion de votre àme de vous être maintenu dans la fidélité que vous lui aviez jurée.

Devenu curé, rien n'interrompra vos pieux usages et vos saints exercices ; vous les pratiquerez même avec un redoublement d'ardeur, par cette pensée que, croissant en dignité, vous devez croître aussi en ferveur et en perfection.

Oui, jeune ami, telle sera votre vie sacerdotale si vous continuez de marcher dans les saintes voies que vous parcouriez avec tant de bonheur au séminaire. Ah ! qu'elle sera sainte cette vie, qu'elle sera sanctifiante pour les peuples, qu'elle sera digne d'être couronnée, comme elle le sera en effet, par une mort précieuse aux yeux du Seigneur î Pretiosa in conspectu Domini, mors sanctoriun cjus.

Mais si malheureusement vous venez à déchoir,

que verrons-nous , et comment arrivera ce que nous verrons ?

Si votre piété était solide au séminaire, si votre ferveur était vive et bien réglée, on peut dire, en général, que si vous finissez par vous relâcher quand vous serez prêtre, votre relâchement ne se déclarera point avant un temps notable. Nous disons en général; car, il faut bien l'avouer, quelquefois un excellent séminariste ne tarde pas à tomber au degré des bons prêtres ordinaires et même plus bas encore. Quoi qu'il en soit, voici, selon l'expérience, comment votre ferveur âe ralentira.

La vigilance exacte que vous exerciez dans la dihide sur vous-même, sur vos sens et sur toutes vos actions était assurément la gardienne de votre piété. Sa pratique n'était pas difficile, car tout vous rappelait k Dieu au séminaire, et le monde ne venait point vous troubler dans votre aimable retraite. Mais quand vous la quitterez, cette retraite, vous vous trouverez jeté dans un certain extérieur qui vous dérobera plus ou moins la présence de Dieu et vous empêchera de veiller aussi exactement sur vous-même que vous le faisiez au passé.

Le saint ministère, si excellent qu'il soit, vous absorbera tellement que, tout occupé des autres, vous vous oublierez un peu vous-même.

Sans doute les exercices de piété, que vous pratiquerez avec fidélité, vous replaceront sous l'œil de Dieu et vous préserveront de chutes tant soit peu graves; mais ces exercices spirituels eux-mêmes laisseront bientôt quelque chose à désirer.

La méditatioii, par exemple, sera quelquefois

abrégée par im motif que vous croirez légitime, mais qui ne semblerait pas tel à celui qui aurait conservé toute sa première ferveur.

L'examen particulier, qui est toujours la première pratique que le démon s'efforce de faire abandonner, se réduira, quelquefois du moins, à un simple coup d'œil vague et superficiel dont on ne verra pas de fruits bien marqués.

Il en sera ainsi de tous les autres exercices ; vous les ferez encore, généralement parlant, mais vous les ferez, moins bien, et même, de temps en temps, vous en omettrez quelques-uns sans raison suffisante.

Prenez bien garde, jeune ami ; sans vous en douter peut-être, nous voici arrivés au commencement de la mauvaise pente. Oui, quand vous verrez que vos exercices de piété se feront un peu froidement, négligemment et sans beaucoup d'attrait ; quand leur omission, faiblement motivée, ne vous affectera plus comme elle Feùt fait dans vos bons jours, vous pourrez dire à coup sur qu'il y aura chez vous diminution de ferveur et principe de relâchement.

Laissez-nous vous signaler surtout un exercice que vous pourrez regarder comme le thermomètre de votre ferveur : c'est la visite du très-saint sacrement. Un bon prêtre ordinaire peut, sans sortir de sa classe de bon prêtre, n'être pas parfaitement exact dans raccomplissement de cette sainte pratique ; mais un saint prêtre, un prêtre fervent ne s'en dispense jamais sans une raison grave, et ce lui serait une grande peine de l'omettre, comme ce lui est une grande consolation de s'en acquitter.

Quand donc vous remarquerez que vous n'êtes plus attiré comme autrefois au pied du tabernacle, que vous sentez même une sorte de répugnance à vous y rendre, et que vous vous en dispensez sans motif légitime, tenez pour certain que le relâchement commence à gagner votre âme et que cette infidélité sera suivie de bien d'autres.

Oui, si, relativement aux pratiques de piété, vous en venez aux points que nous avons signalés, vous verrez certainement dans le reste de votre conduite un germe de tiédeur, qui sera comme le pendant de celui qu'offriront vos exercices spirituels. Jamais, jamais les choses ne se passent autrement. — Fidélité constante à faire et à bien faire les exercices de piété : fidélité pareille dans le reste de la conduite. — Négligence plus ou moins prononcée dans la pratique des exercices spirituels : négligence pareille dans le reste de la conduite. — Désordre complet àFégard des exercices spirituels : désordre pareil dans le reste do la conduite. Si l'on conteste ces observations de mœurs, il ne faut tenir aucun compte des attestations do l'expérience. Le mauvais prêtre renonce absolument à tout ce qui s ci\)]}ç\\Q pratiques pieuses. — Le prêtre tiède et relâché en fait encore de temps en temps quelques-unes, mais il les fait très-mal. — Le bon prêtre en fait un plus grand nombre et s'en acquitte assez bien. — Le sahit prêtre seul fait constamment toutes celles qu'il s'est imposées au début de son sacerdoce, et les fait avec une ferveur toujours croissante. Yoilà- ce que sont ces divers prêtres relativement aux exercices spirituels : qu'on examine le reste de leur conduite, et

l'on verra s'ils ne sont pas plus ou moins réguliers selon qu'ils sont plus ou moins fidèles à s'acquitter de leurs pratiques pieuses.

Oui donc, jeune ami, vous vous relâcherez infailliblement sur bien des points si vous vous relâchez sur celui des exercices de piété ; vous ne sauriez trop "insister sur la méditation de cette vérité capitale.

Ainsi, par exemple, vous commettrez des fautes, légères d'abord, un peu plus graves ensuite, que jamais vous n'eussiez voulu vous permettre aux jours où votre ferveur était en plein règne.

Vous n'aurez plus pour votre curé le même attachement, la même complaisance, le même fonds d'estime, de respect et de dévouement. La ferveur vous donnait tout cela quand elle était vive ; en se refroidissant, elle vous retirera une partie de ses faveurs.

La solitude, qui faisait vos délices, commencera à vous assombrir, et au lieu de vous y plonger avec bonheur comme au passé, vous sentirez presque le besoin d'en sortir pour vous répandre. C'est une chose bien remarquable que le goût qu'on a pour la retraite quand on est parfaitement fidèle à ses exercices de piété, et l'altération de ce goût quand cette fidélité vient à se ralentir.

Vous plaisant moins dans votre chambre et un peu plus dans le monde, il va sans dire que votre attrait pour l'étude perdra quelque chose de son intensité. Quand les pratiques pieuses se font avec une régularité parfaite, on aime l'étude autant que la prière, et ces deux choses entretiennent la piété et lui donnent même chaque jour une nouvelle ardeur.

Vous aimerez encore la société des saints prêtres; mais comme il est dans la nature de fréquenter ses semblables, vous chercherez peut-être la compagnie de quelque confrère qui inclinera comme vous vers la vie commune.

Vous remplirez sans doute les grands devoirs de votre emploi ; mais la ferveur cessant de vous soutenir, ils commenceront à vous peser. Vous ne volerez plus avec un saint empressement au tribunal de la pénitence, au lit des malades, dans la maison des pauvres, comme quand une tendre piété vous y portait sur ses ailes ; tout cela se fera, il est vrai, mais tout cela se fera avec un peu de contrainte et même avec un certain fonds de répugnance.

Yos confessions personnelles deviendront plus rares ; signe certain de refroidissement : elles ne vous ramèneront point à votre primitive ferveur ; signe infaillible d'un commencement de routine.

Arrivé à ce point, y fixerez-vous du moins votre tente ? Non : si vous ne retournez pas à votre première régularité, vous ferez des progrès dans la voie du relâchement. N'ayez pas à cet égard le plus léger doute. Or, faite s -y attention, pour retourner à votre ancien état, vous aurez déjà des efforts à faire ; pour progresser, au contraire, dans la voie du relâchement, vous n'aurez qu'à glisser sur la pente rapide où vous aurez mis le pied ; il est donc bien probable que vous prendrez ce dernier parti, et si vous le prenez, bientôt, croyez-nous, bientôt vous vous trouverez dans la voie des bons prêtres de l'ordre commun, dans laquelle vous vous étiez mille fois promis de ne iamais descendre.

Sans doute, nous aimons à le penser, vous vous arrêterez là ; mais pourtant la chose n'est pas absolument certaine. Quand on a abusé des grâces attachées à une haute sainteté, et qu'au lieu de s'élever ou de se soutenir, on s'est abaissé. Dieu seul peut savoir jusqu'où va ce triste abaissement.

Au reste, fussiez-vous préservé du malheur de devenir jamais un prêtre tiède ou un mauvais prêtre, vous serez, tout au plus, simplement un bon prêtre : or, aux yeux de Dieu, entre le bon et le saint prêtre la distance est immense. S'il était possible de peser la somme de bien produite par ces deux prêtres dans des circonstances identiques, on serait étonné de la différence.

N'étant donc plus qu'un bon prêtre, vous aurez des vertus sans doute, mais elles seront ternies par une multitude de défauts qui vous étaient inconnus autrefois ; vous exercerez un ministère qui ne sera pas sans fruit ; mais jamais il ne sera béni de Dieu comme celui du saint prêtre ; vous serez un de ces hommes dont Mgr de la Motte, évêque d'Amiens, disait : Beaucoup de prêtres honnêtes gens, peu â! esprit vraiment apostolique et sacerdotal.

Alors reparaîtront, en s'aggravant notablement, ces infidélités à peine perceptibles qui vous échappaient au séminaire. Elles n'étaient que des ombres ; mais ces ombres prendront un corps, et vos condisciples, qui vous avaient connu si fervent, vous retrouvant un prêtre ordinaire et vous voyant faire mille choses que vous n'eussiez jamais voulu vous permettre autrefois, s'entre-diront avec étonnement : « Comment donc l'or pur de ses vertus

s'est-il obscurci : » Quomodo obscuratiim est aurum, mutatus est color optimus...?

Pour éviter ce malheur, profitez, pendant que vous êtes l'enfant chéri de JJieu, des avis cfui vont vous être donnés pour vous maintenir dans son saint amour.

— Commencez par vous convaincre profondément que vous devez être un saint prêtre, que Dieu, en vous appelant au sacerdoce, vous appelle indubitablement à une éminente sainteté, et que tout prêtre qui n'est pas un saint, manque de fidélité aux grâces de sa vocation. Gravez cette vérité en caractères ineffaçables dans votre âme et faitesen la matière de votre méditation quotidienne. Revenez sans cesse à ce point important et tendez à la sainteté de toutes vos forces, disant et répétant sans cesse : Aidé de votre grâce, ô mon Dieu, je veux être un saint prêtre et l'être toute ma vie.

— Pour fortifier et réaliser ce pieux désir, considérez souvent les fruits abondants que vous produirez dans lEgiise si vous êtes un saint, et, au contraire, le peu de bien que vous ferez si vous n'avez qu'une vertu commune. Rappelez-vous ce mot de saint Philippe de Néri : « Donnez-moi dix » prêtres zélés et le monde est converti. » Il voulait parler du zèle d'un Paul, d'un Xavier et de tant d"autres. Rappelez-vous aussi et méditez fréquemment ces paroles si frappantes d'un digne évêque, prêchant une retraite ecclésiastique : « La foi, » dites-vous, va s'éteignant de jour en jour; ce- » pendant : Vos estis lux mundi. La corruption, » dites-vous encore, gagne tous les âges, toutes

» les conditions; cependant : Vos cstis sol terrœ. » La lumière se serait-elle éteinte? Le sel se serait- )) il affadi? La parole de Dieu n'est-elle plus sur » vos lèvres ? Le sang de Jésus-Christ n'est-il plus » dans vos mains ? Quarante mille prêtres en » France, et le christianisme s'affaiblit en France ! » Il y a là un mystère ! ! ! (1) »

— Ne vous reposez pas doucement au sein de votre ferveur dans le séminaire, comme si jamais elle ne devait s'amortir ; entretenez-en le feu sans doute, mais travaillez chaque jour à continuer son règne dans votre âme. Voyez si elle n'est pas plutôt un accès ou un élan qu'un état de vertu fixe et bien cimenté. Voyez si l'imagination n'est pas plutôt sa base que le jugement et la fermeté d'esprit. Quand on n'a qu'une ferveur de sentiment, on fait des merveilles dans le séminaire ; mais dès que l'air empesté du monde vient à souffler, l'édifice s'ébranle et menace de s'abattre.

— Considérez vos vacances et voyez non pas vos chutes, vous n'en faites point ou vous en faites bien peu, mais votre côté faible ; c'est par là certainement que vous attaquera votre ennemi quand vous serez prêtre : fortifiez-vous donc sur ce point et prenez vos mesures d'avance, pour être en état de résister quand vous serez sur le champ de bataille. On croit que tout est bien parce qu'on goiii-G au séminaire des douceurs exquises dans ses exercices spirituels, et, tout occupé de jouir, on ne pense pas ou l'on pense peu à perfectionner ses vertus.

(I) Paroles citées par le P. Yaliiy, dans le Directoire du Prêtre.

— Contractez tellement riiabitude de la prière et de rétude, que votre àme sente le besoin de s'y livrer , comme votre corps sent le besoin de se nourrir. Nous ne dirons jamais assez combien ces deux exercices sont nécessaires pour alimenter la ferveur et accroître incessamment l'ardeur de sa flamme.

— Transportez -vous souvent par la pensée sur le théâtre où vous exercerez le saint ministère. Prévoyez les obstacles que vous rencontrerez : le contact des prêtres peu fervents, les séductions du monde, le danger des festins et du jeu, la fam.iîiarité avec les choses saintes, l'oubli de soi-même en travaillant pour les autres, la négligence dans les exercices de piété, et mille choses de cette nature qui sont toujours les premiers principes du relâchement. Interrogez-vous vous-même sur ces divers points , et voyez si vous avez sur tout cela des règles de conduite bien arrêtées.

— Parlez souvent avec vos condisciples de la nécessité d'être de saints prêtres. Échangez yos sentiments à cet égard pour enflammer mutuellement votre ferveur. Racontez les succès qu'obtiennent dans leurs paroisses les prêtres fervents de votre connaissance. Entretenez-vous des œuvres de zèle dont vous avez appris les heureux fruits. Rien n'est plus propre à affermir dans le bien que des conversations de cette nature.

— Lisez la vie des saints et surtout celle des saints prêtres. Yous trouverez dans celle de saint François Xavier, de saint François Régis, de saint Vincent de Paul et de saint François de Sales des traits enflammés qui pénétreront votre âme et vous

feront dire avec un g'énéreux transport: Oui, je veux être un saint moi-même : Quarè non potero quod isti ?

— Allez voir très-souvent vos pieux directeurs ; priez-les de vous échauffer de leur feu et de vous éclairer de leur expérience. Dites-leur ce que vous êtes et ce que vous voulez être. Demandez-leur comme une grâce de vous signaler les dangers qui vous attendent et de vous indiquer les plus sûrs moyens de les éviter. Jamais ces pieuses communications ne sont sans fruit.

— Quand approchera la fm de votre temps de séminaire, priez Dieu de vous aider à faire un bon règlement ; précisez bien chacun de ses points ; évitez un encombrement de pratiques que vous ne pourriez peut-être pas accomplir, mais proposezvous de tenir ferme à celles que vous aurez adoptées, et remettez ce règlement à votre directeur pour qu'il y fasse les modifications qu'il jugera convenables.

— Enfm, avant de quitter le séminaire, faites une neuvaine en l'honneur des saints Cœurs de Jésus et de Marie pour attirer sur vous et sur votre ministère les bénédictions célestes et pour obtenir la grâce de vivre et de mourir en saint prêtre.

Telles sont, jeune et tendre ami, les règles de conduite qui vous maintiendront dans votre état de ferveur. Puissiez-vous les suivre avec docilité et, en les suivant, glorifier Dieu, sauver les âmes et vous sauver vous-même !

(Voy. Pratique du zèle ecclésiastique, première partie, cli. X, De la sainteté nécessaire à un prêtre, au point de vue du zèle. )

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