‹ Œuvres complètesChapitre 4 sur 55 · CHAPITRE Ili · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ili

Le bon séminariste.

Que Dieu soit béni! nous allons respirer une atmosphère plus pure. Le mauvais séminariste, c'est la nuit ténébreuse ; le séminariste tiède ^ c'est la brume épaisse ; le bon séminariste , c'est un beau ciel avec quelques nuages ; le fervent séminariste, c'est la voûte azurée dans toute sa splendeur.

Parlons donc du bon séminariste, et commençons par lui dire avec l'épanchem^ent du zèle et de l'amitié qu'il fait la joie de ses supérieurs et la consolation de l'Église. Croissez à l'ombre du sanctuaire, jeune et pieux lévite ; les grâces du* sacerdoce vous environnent ; bien plus, elles vous pénètrent et disposent votre âme aux ineffables merveilles qui vont bientôt s'accomplir en elle. Si quelques taches légères l'obscurcissent encore, vous désirez qu'on vous les montre, résolu que vous êtes à les faire disparaître.

Le bon séminariste ne vient au séminah'e que parce qu'il est convaincu que Dieu l'y appelle. Pour acquérir cette conviction, il a depuis longtemps purifié son cœur et contracté l'habitude de la vertu.

Il a prié beaucoup, il a communié fréquemment, il s'est imposé journellement un certain nombre de pieuses pratiques, et son humilité hii

inspirant peu de confiance en ses propres prières, il a quêté celles des âmes ferventes qui lui ont fait à cet égard d'abondantes aumônes.

Il s'est placé dans un état parfait d'indifférence au sujet de sa vocation, ne prenant par lui-même aucun parti sur un point si capital, et attendant la lumière de Dieu seul et du confesseur qui le remplace.

Il l'a consulté, ce confesseur, et il a tout fait pour le mettre en état de se prononcer avec connaissance de cause : confession générale, ouverture complète, détails presque minutieux, révélation de ses goûts, de son attrait, de ses dispositions les plus intimes, il n'a rien négligé pour se faire connaître.

Le monde a observé sa conduite et il en a été édifié. Sans lui demander son secret, on devinait sa vocation ; l'annonce de son entrée au séminaire n'a surpris personne, et elle a été généralement applaudie.

C'est après de tels préliminaires qu'il s'est introduit dans la sainte demeure où se recrute le sacerdoce. Plein de respect pour ce pieux asile, il s'en est approché tremblant comme Moïse auprès du buisson de la montagne d'IIoreb.

Déjà bien connu de quelques-uns de ses condisciples, peut-être même de ses supérieurs, sa présence au séminaire a été un sujet d'édification pour des bons, et l'occasion de remords secrets pour ceux qui ne l'étaient pas. C'est en ce saint lieu que nous allons observer sa conduite.

Le bon séminariste aime le séminaire ; il est là dans son centre : éloigné du monde avec lequel il II. 3.

est heureux de rompre, son àme se dilate et Dieu la remplit.

L'odeur de vertu quil respire, les exemples de ferveur qu'il a sous les yeux, les salutaires conseils qu'il reçoit, le calme de la solitude qui lui permet de méditer à l'aise sur sa grande affaire ; tels sont^les éléments dont sa piété se nourrit.

La règle du séminaire n'est pas un fardeau qui l'accable ; elle est plutôt une douce chaîne qui l'enlace à Dieu : expression visible de la volonté divine, il se l'imposerait si elle n'existait pas. Le travail lui plaît, car il aime le devoir, et il sait qu'un séminariste ne mérite pas de l'être s'il ne fait marcher de front la science et la vertu.

'^- 1 vocation l'occupe plus que jamais : ne voulant pas avoir l'ombre d'un doute à cet égard, il interroge son confesseur du séminaire comme il a interrogé celui du monde ; même ouverture, même sincérité, mêmes détails, et même réponse de la part de son guide.

L'approche des ordinations le saisit ; quelque peu élevés que soient les ordres qu'il doit recevoir, il en apprécie l'importance et s'y prépare par un surcroit de ferveur et de régularité.

Bref, il remplit avec exactitude les grands devoirs de sa profession, et quand ses supérieurs parlent de lui dans le secret de leur conseil, tous disent avec joie : « C'est un bon élève. »

Et nous aussi, jeune et tendre ami, nous ^mions à dire que vous êtes un bon élève ; mais ce n'est pas assez d'être bon, il faut monter plus haut et répondre à l'appel du divin Sauveur qui dit à tout le monde, mais bien plus aux séminaristes qu'aux

simples fidèles : Estote crcjù vos perfecti, àcut et Pater vester cœlestis perfectus est.

Vous avez des qualités sans doute, et des qualités précieuses ; mais vous avez aussi quelques légers défauts qui les déparent et qu'il est important de vous faire connaître.

Le bo7i séminariste se rassure aisément sur la pureté de ses intentions, sur l'horreur qu'il sent en lui-même pour le péché morîel et même pour le péché véniel un peu notable, sur la régularité de sa conduite en tout ce qui est essentiel, et sur l'ensemble de bonnes dispositions dans lesquelles il se trouve. Il ne croit guère à la possibilité d'un relâchement considérable, et, sans se croireprécisément un saint, il fait des vœux pour rester ce qu'il est.

Cependant s'il voulait se considérer de près et surtout en face d'un avenir plein de dangers pour tout prêtre, il sentirait le besoin d'arracher de son âme. quelques mauvais germes qui y sont encore déposés.

L'orgueil, qui ne meurt jamais tout à fait chez personne, tient encore chez lui la place de l'humilité sur certains points, et il prend peu de précautions pour s'en préserver. Que de pensées, que de paroles et même d'actions ne fait-il pas par ce mauvais principe !

Il estime le règlement en général et il l'observe habituellement avec régularité ; mais la faiblesse, l'entraînement, l'immortification et le respect humain le rendent encore coupable de quelques infractions qu'il se reproche, il est vrai, mais qu'il commet de nouveau quand les mêmes occasions se reproduisent.

11 aime le travail, comme nous Favons dit ; il est rigoureusement en règle sur les divers points de renseignement, et ses professeurs ne lui font à ce sujet aucun reproche ; mais Dieu qui le voit dans le secret de sa cellule lui dit au fond de l'àme qu'il pourrait s'appliquer davantage, qu'il cède quelquefois à un vieux fonds de nonchalance, et qu'il se permet encore de temps en temps certaines compositions ou lectures frivoles.

Il est-pieux assurément et il se promet bien de l'être toujours ; mais il est stationnaire dans les voies de la piété ; il recule même quelquefois, il combat mollement les distractions qui se présentent, il repousse l'inspiration que Dieu lui envoie d'accroître sa ferveur par quelques saintes pratiques et refuse d'entendre la voix si bonne de Jésus qui lui dit : Aiince, ascende siiperiùs.

Il est doux, j'en conviens, et sa douceur lui gagne l'affection de ses condisciples ; mais la vivacité dltère parfois son fonds de mansuétude, et quand la tempête d'une discussion est passée, il s'échappe de sa conscience im sourd gémissement qui veut dire : Peccavi.

II est charitable envers le prochain, et ce n'est pas lui qui voudrait se permettre de graves médisances ; mais le défaut de complaisance, les petites railleries, les rancunes d'un jour, les susceptibilités ombrageuses couvrent encore assez souvent sa charité de quelques légers nuages.

Il est, en général, soumis et résigné à la volonté de Dieu dans les affliclions qui lui arrivent ; mais quand sa résignation est mise à une trop dure épreuve, il se laisse a])baltro : s'appuyant sur lui-

même et non sur Dieu, le mérite lui échappe, le courage l'abandonne, la tristesse le gagne, et il est quelque temps à se remettre de la rudesse du choc.

La mortification ne lui fait pas peur ; il sait qu'elle est la gardienne des vertus et le nerf de la piété ; mais il faut pourtant qu'elle soit à peu près de son goût ; en sorie que, s'il veut y faire attention, il verra qu'il n'est guère mortifié que quand il peut l'être sans qu'il lui en coûte beaucoup.

Les désordres de l'intempérance le révoltent, cela est bien vrai ; mais les sensualités mitigées, la critique modérée du régime du séminaire, le sourire avec lequel il accueille des critiques plus mordantes que les siennes sur la même matière, le défaut d'intention pure en prenant ses repas, la satisfaction qu'ils lui procurent et dans laquelle il se complaît, et même quelquefois les légers excès qu'il se permet contre l'avertissement de sa conscience : tout cela révèle encore la présence d'un mauvais germe.

La dissipation poussée à ses dernières limites effaroucherait sa piété et sa modestie ; mais il n'observe pas toujours le recueillement que Dieu lui demande, et quand il s'est trop épanclié, il s'en aperçoit à la froideur qu'il sent dans la prière et à ses distractions plus nombreuses et plus persistantes.

Il tient ses sens en bride et abhorre tout ce qui pourrait ternir la sainte chasteté ; m;iis la légèreté et le défaut de vigilance lui font jeter çà et là certains regards que ne se permettraient pas un Louis de Gonzague et un Kostka sïls étaient à sa place.

Son caractère irest pas précisément mauvais» mais il appelle encore bien des réformes : quand il n'est pas opiniâtre, il est mou ; quand il n'est pas facétieux et léger, il est sombre et morose ; quand il n'est pas trop empressé, il est lent : ce beau milieu où la vertu se trouve n'est pas toujours, du moins sur quelques points, le trait qui .le distingue.

Généralement parlant, c'est pour Dieu qu'il agit, c'est à Dieu qu'il veut plaire dans l'ensemble de ses œuvres ; mais bien souvent, dans le détail de ses actions, la routine l'entraîne ; il les commence, les poursuit et les achève machinalement et sans but précis, perdant ainsi le fruit qu'il en pourrait tirer s'il était plus attentif et plus uni à son divin Maître.

Ses confessions sont bonnes, cela n'est pas douteux ; cependant, si elles le maintiennent dans sa voie, elles ne l'y font pas progresser, ce qui prouve qu'il leur manque quelque chose pour qu'elles soient ce qu'elles devraient être.

Ses communions sont agréables à Jésus et il aime à les faire ; mais la froideur de ses actions de grâces lui dit que son divin hôte n'est pas encore pleinement satisfait.

Ses vacances enfm se passent sans de grands désordres ; mais le règlement qu'il se proposait de suivre n'est pas toujours fidèlement observé ; l'oraison est abrégée, la visite au saint sacrement, la lecture spirituelle, les examens de conscience sont parfois supprimés ; le travail se réduit à peu de chose ; les visites frivoles absorbent des heures dont l'étude et la piélé sonî jalouses, et au

retour des vacances, il y a bien des ijrèches à réparer, bien des vides à remplir.

Vous le voyez, jeune ami, vous avez encore du chemin à faire pour arriver où Dieu vous appelle : Grandis tibi restât via. Si vous êtes bo7i, vous n'êtes pas parfait, et cependant, puisque vous voulez être le digne ministre de Jésus-Christ, c'est à la perfection que vous devez tendre.

Pour vous exciter à l'acquérir, voyez où peuvent vous conduire les infidélités qui viennent de vous être signalées.

Comme le bon séminariste a beaucoup de qualités, l'orgueil les lui rappelle sans cesse ; il lui en exagère même le mérite, et tout ébloui par ce beau spectacle, il n'a pas seulement la pensée de la crainte.

Parmi les séminaristes, les mauvais et les tièdes ne sont pas toujours à Fabri de quelques appréhensions et de quelques remords : les fervents frémissent à l'idée du sacerdoce et des obligations qu'il impose : c'est dans la classe des bons séminaristes que se trouve, en général, le plus de calme et d'assurance. Us ne sont pas assez mal pour craindre beaucoup ; ils ne sont pas assez bien pour se réfugier comme les saints dans une crainte salutaire.

Avec de telles dispositions, voici, suivant toute apparence, l'avenir qui vous attend.

Votre début dans l'emploi que vous confieront vos supérieurs sera fort convenable ; vos intentions seront bonnes, vous serez encore sous le coup de l'impression que le sacerdoce aura produite en

vous, et vous entrerez en fonctions avec le vif désir d'honorer et de féconder votre ministère. Tout cela est incontestable.

Pour réaliser vos pieux projets, vous mettrez de l'ordre dans vos travaux ; vous vous imposerez un règlement qui embrassera toutes vos actions de chaque jour, et vous l'observerez d'abord avec une édifiante exactitude.

Vous n'encourrez aucun reproche, du moins tant soit peu grave, ni de la part de votre curé, ni de la part des paroissiens qui se réjouiront de vous posséder, et tous diront de vous : Bénissons Dieu, nous avons un bon prêtre pour vicaire.

Le début, nous le répétons, sera donc très-satisfaisnn' : mais se soutiendra-t-il, et ne ferez- vous point comme tant d'autres qui, après avoir commencé de la même manière, sont tombés peu à peu dans le relâchement et peut-être, hélas ! dans un état plus triste encore ? Nous nous gardons bien d'affirmer qu'il en sera ainsi, mais nous disons que cela pourrait arriver, et si en effet cela arrive, voici, ce semble, par quels degrés insensibles on vous verra déchoir.

Le mal commencera, soyez- en persuadé, par la négligence dans les exercices spirituels. On ne voit jamais un prêtre se relâcher tant qu'il tient ferme à toutes ses pratiques de piété. Mais du moment qu'il y fait quelque brèche par indifférence on par lâcheté, le germe du relâchement commence à se produire.

Cette brèche, vous ne la ferez pas dans les premiers jours ; l'autel et le saint tribunal vous impressionneront tellement que vous augmenterez le

nombre de vos pieuses pratiques plutôt que d'en retrancher. Mais l'autel où vous monterez chaque matin ne vous frappera pas longtemps d'une sainte terreur ; le tribunal de la pénitence, où vous ferez peut-être deux séances par jour, deviendra bientôt pour vous un lieu presque ordinaire, et les autres actes de votre ministère étant moins imposants encore que ceux-ci, vous ne serez déjà plus stimulé dans l'exercice de vos sublimes fonctions comme vous l'étiez dans le principe.

Vous continuerez sans doute de faire régulièrement votre oraison ; mais de temps en temps vous ne vous ferez pas grand scrupule d'en abréger un peu la durée ; le moindre prétexte aura pour vous la puissance d'une raison solide, et déjà vous serez infidèle.

La sainte Messe n'ayant plus à vos yeux le même prestige que dans les premiers jours de votre sacerdoce, vous soignerez moins bien votre préparation et votre action de grâce : nouvelle infidélité.

L'examen particulier que vous faisiez si exactement au milieu ou à la fin de la journée, vous offrira bientôt de la sécheresse en retour de ses immenses avantages, et vous ne le ferez plus que quand un accès de ferveur vous en fera sentir la haute importance : nouvelle infidélité.

La lecture spirituelle sera plus longtemps pratiquée ; mais elle sera moins longue, moins pieuse, moins féconde en fruits de sanctification, et peutêtre même l'omettrez-vous quelquefois sans raison suffisante : nouvelle infidélité.

La visite au saint sacrement, après avoir fait vos délices, ne procurera plus à votre cœur cette

ardeur pénétrante dont il se sentait embrasé quand il s'approchait de son divin Maître, et si vous la faites encore chaque jour, vous la ferez sans beaucoup d'attrait et souvent sans fruit : nouvelle infidélité.

Le chapelet, qui vous attachait si tendrement à Marie dans vos bons jours, et que vous ne récitiez jamais sans éprouver les heureux effets de la protection de cette divine Mère, sera bientôt pour vous une pratique sèche, monotone et peu attrayante, que vous omettrez de fois à autres sans beaucoup de scrupule : nouvelle infidélité.

Le saint office lui-même se ressentira sans aucun doute de votre négligence sur les divers points que nous venons de signaler. La récitation sera plus rapide, l'attenfion moins soutenue, la ferveur moins vive, et, peut-être, sans motif plausible, renverrez-vous jusqu'à latin du jour les parties du bréviaire qui auraient dû être dites dans la matinée : nouvelle infidélité.

Vos confessions, faites d'abord chaque semaine avec tant de soin et d'exactitude, seront renvoyées à la quinzaine, et à coup sur cet ajournement n'en multipliera pas les fruits : nouvelle infidélité.

Yos actions, vos travaux, les actes de votre ministère que votre état habituel de ferveur rendait si méritoires et que vous offriez à Dieu par un principe d'amour, commenceront à se faire par routine et sans intentions bien arrêtées : nouvelle infidélité.

De tout cela, comme il est aisé de le voir, résultera non pas assurément une vie criminelle, mais une vie que vous ne pourrez déjà plus appeler fervente. La fine fleur de la dévotion aura disparu,

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et vous pouvez être assuré que, sans aller plus loin, vous ne produirez point ces œuvres admirables et ces fruits abondants par lesquels se distinguent les travaux du saint prêtre. Ajoutons que, si vous ne vous hâtez de revenir à vote fidélité primitive, vous contracterez l'habitude de l'irrégularité dont vous ne sortirez peut-être jamais. Achevons au reste le tableau de votre avenir.

Quand la piété s'afTaiblit, les défauts s'enracinent, et c'est très-certainement ce qui vous arrivera. La ferveur vous tenait éveillé : dès qu'un défaut voulait se faire jour, vous aviez l'œil ouvert sur ses premiers développements et vous l'étouftiez dans son germe. Mais la ferveur s'étant refroidie, la dissipation prendra sa place, les ténèbres se feront dans votre âme, et, à leur ombre, l'homme ennemi sèmera r ivraie parmi le bon grain : C ion dormirent Itomhics, venu inmiicus . . . . et siiperscniinavit zizania. A'ous ferez le mal avec une demi-volonté, et la ferveur n'étant pas là pour le détruire , il continuera de progresser, parce que vous continuerez de le commettre. Tl ne sera pas considérable d'abord, nous en convenons ; mais il le sera assez pour vous priver de bien des grâces et pour fortifier vos défauts.

Yous n'aurez plus pour vous soutenir les secours puissants que vous trouviez au séminaire. La règle, la solitude, les bons exemples, les paternelles exhortations, tout vous fera défaut. Votre curé craindra de vous blesser par un avertissement, vos amis vous flatteront, les paroissiens se contenteront de vous critiquer en secret, et vous agirez de concert avec tout le monde pour vous tromper vous-même.

Alors reparaîtront ces petites misères que vous traitiez de bagatelles quand vous étiez séminariste, et sur lesquelles nous avons appelé plus haut votre attention.

L'orgueil, par exemple, s'insinuera dans votre âme ; vous penserez à vous-même avec complaisance ; vous vous laisserez éblouir par de vains succès ; vous vous croii^ez un prédicateur remarquable, un confesseur excellent, un homme de ministère accompli ; vous vous jugerez digne d'un poste supérieur et vous convoiterez ceux qui deviendront vacants ; vous ouvrirez la bouche pour donner passage à la vanité, et vos acLlouô, même les plus saintes, seront gâtées par le poison de l'amourpropre. Que de bons séminaristes, en suivant la route que nous venons de tracer, sont devenus, hélas ! des prêtres orgueilleux !

L'oisiveté qui, au séminaire, se contentait de vous dérober quelques courts instants, vous dérobera, quand vous serez prêtre, des demi-journées, peut-être même des journées entières. Vous ne négligerez pas sans doute le travail du ministère ; mais l'étude proprement dite sera mise de côté, et les heures qu'elle réclamera, vous les passerez en visites et en courses que vous vous permettrez sans difficulté comme des délassements légitimes. Que de ôo;^5 séminaristes sont devenus, des prêtres oisifs!

La charité envers le prochain ne sera pas plus respectée que l'étude. Au séminaire, les occasions de la violer étaient rares ; quelques légères railleries à l'égard de vos condisciples étaient à peu près vos seuls manquements en ce point. Mais dans le monde, vous entendrez chaque jour le récit de

quelques fautes nouvelles , et vous céderez à la tentation de vous en faire l'écho. Yous apprendrez surtout qu'on ose vous attaquer , et vous n'épargnerez pas ceux dont vous aurez à vous plaindre. Des rancunes prolongées s'enracineront dans votre âme, et vous passerez des années entières sans y mettre un terme. Que de bo7is séminaristes sont devenus des prêtres sans charité ! que de prêtres qui se croient bons prêtres et qu'on proclame tels, blessent sans se le reprocher la reine des vertus !

L'âpreté des formes, les impatiences, les vivacités, les colères même quelquefois vous échapperont encore. Rien de tout cela ne vous inquiétait beaucoup au séminaire, quoique pourtant on put en entrevoir la racine. Mais dans le cours du saint ministère, dans les rapports avec les pénitents au saint tribunal, avec les enfants au catéchisme, avec les fidèles dans la paroisse, avec le curé au presbytère, avec les domestiques, ouvriers ou autres gens de cette classe, combien de discussions animées au sein desquelles la vertu de douceur sera sacrifiée î Que de bons séminaristes sont devenus ainsi des prêtres vifs, irascibles etméme violents etemportés !

La mortification sera-t-elle votre vertu favorite, si déjà au séminaire vous ne la pratiquez que quand elle est à peu près de votre goût? Disons-le hardiment , les saints prêtres seuls sont des prêtres mortifiés ; vous ne le serez donc point, du moins autant qu'il faudrait l'être, si vous n'êtes qu'un bon prêtre ordinaire. Rien ne facilite l'exercice de la mortification comme la pratique assidue et bien réglée des exercices spirituels. En les faisant avec exactitude et ferveur, on est constamment uni à

Dieu, et quand on est uni à Dieu, il porte directement et fortement à la mortification ; il en inspire le goût et y fait trouver mille fois plus de douceurs que les mondains n'en trouvent au milieu de leurs plaisirs ; mais quand on se relâche dans la pratique des exercices de piété, le goût de la mortification s'affaiblit et la vie des sens commence à prévaloir. Quand donc vous aurez cessé d'être fidèle à vos exercices spirituels, vous ne connaîtrez plus la mortification que de nom. Bien de bons séminaristes sont devenus de la sorte des prêtres sensuels et immortifiés î

La dissipation ne manquera pas non plus de vous porter au relâchement. Elle était à peine sensible au séminaire : tout vous }' prêchait le saint recueillement : réloignement du monde, la solitude, la vie réglée, fetude et les devoirs de piété vous empéfhaient île chercher au dehors des occupations frivoles. Cet heureux état eut certainement continué dans le monde .si votre fidélité aux pratiques pieuses ne se fût pas démentie ; mais quand vous les ferez lâchement , froidement , ou que vous les omettrez sans scrupule, vous n'aurez plus d'attrait pour le recueillement et la retraite; vous chercherez au dehors ce que vous ne trouverez plus au dedans ; le faux bonheur -des âmes dissipées remplacera dans votre âme le bonheur pur et vrai des âmes recueillies ; vous n'aimerez plus la solitude de votre chambre et de 1" église ; le goût du jeu, des compagnies, des voyages, vous ravira le goût de la retraite, de la piété et de l'étude, et vous serez un prêtre évaporé, c'est-à-dire prédisposé à une multitude d'égarements.

De la dissipation naîtra tout naturellement la liberté des sens. Quand Dieu vous suffisait, vous trouviez en vous-même un fonds inépuisable de consolations ; vous aviez rintelligence de ces mots de Notre-Seigneur : Regnum Dei intrà vos est, et vos sens, qui ne pouvaient que troubler la paix de ce divin royaume , étaient habituellement réglés et soumis. Mais quand vous serez affranchi des pratiques pieuses, les sens que vous teniez captifs redeviendront maîtres ; vous voudrez tout voir, vous voudrez tout entendre, et vous courrez à chaque instant des dangers de plus d'un genre.

Disposé de la sorte, les compagnies que vous rechercherez seront celles des prêtres qui vous ressembleront. Vous n'aimerez pas la société des prêtres fervents quand vous aurez cessé d'être fervent vous-même : cela ne se voit jamais. Un prêtre dissispé ne se trouve avec un saint prêtre que par hasard et par circonstance, il n'en fait point sa société habituelle; les goûts, les usages, les entretiens ordinaires de ces deux prêtres sont si différents les uns des autres, qu'ils se repoussent mutuellement au lieu de s'unir par une étroile alliance. Vos amis de prédilection seront donc des prêtres taillés à votre image, que vous maintiendrez dans leur voie comme ils vous maintiendront dans la vôtre. Croyez-en notre expérience, bien tendre ami, c'est de la sorte que, de bon séminariste, l'on devient prêtre tiède, prêtre dissipé et mondain.

Dans cet état de délabrement spirituel vos défauts de caractère se trouveront à l'aise. N'étant plus coml^attus ni par la vigilance, ni par des examens journaliers, ni par les reproches d'une conscience

délicate, ni par les inspirations d'une tendre piété, à chaque instant ils se feront jour, et leurs saillies plus ou moins fréquentes, plus ou moins impétueuses, vous feront commettre une multitude de péchés qui m.ettront de grands obstacles aux fruits de votre ministère.

Les choses étant ainsi, serez-vous non pas un saint prêtre, il est bien clair que vous ne mériterez pas ce beau titre ; mais serez-vous seulement ce que l'on appelle un bo7i prêtre de l'ordre commun? Yous le croirez sans doute et plusieurs le penseront comme vous ; mais, devant Dieu et au jugement des saints , ne serez-vous pas plutôt im prêtre tiède ? Nous ne voulons pas décider la chose ; mais ce que nous osons aftirmer, c'est que, si alors vous n'êtes pas encore dans la tiédein% assurément vous y serez bientôt , puisque vous serez sur la pente qui y conduira, et que chaque jour, par voira conduite, vous rendrez cette pente de plus en plus rapide. Ce que nous affirmons encore c'est que, dans cet état mitoyen, vous ne ferez pas la centième partie du bien que vous feriez si vous étiez fervent. Ce que nous affirmons enfin, c'est que vous aurez une peine incroyable à redevenir ce que vous étiez au début de votre sacerdoce. Qui sait même, grand Dieu ! si, faible et désarmé comme vous le serez alors, vous ne rencontrerez pas quelques-unes de ces occasions périlleuses où de plus forts que vous ont fait des chutes lamentables 1

Voilà, jeune et tendre ami, ce que le démon vous cache quand il vous rassure au sein de vos infidélités journalières. Il vous fait croire qu'elles sont

l'\?èrese!iasi8:ninantes, que la masse du bien remportant chez vous sur la masse du mal, vous devez etie tranquille, que Dieu ne demande pas à tous une perfection pareille, que vous avez d'excellentes mtenl,ons, que létat d'un mauvais prêtre ou nS e d un prêtre tiède vous fait horrei'r, et qxze ivZ oertamement ^ous gloriflerez par votre ministère

nv H Ff ''''"■'''"'^' ''°»t vous serez bientôt nnesfi. Et nous, nous vous disons que toutes ce suggestions sont des pièges perfides, et que vou^ ne les éviterez que par une piété fervente et soutenue. Hatez-vous donc de vous placer sur uu terrain plus ferme en suivant fidèlement les conseils que nous allons vous donner. ^

- JeiMi^êtreplmmintqnejenesuis : première reflexion dont il importe de vous bien pènS ei \ ous considérez trop le peu de bien qui est en vou ' et vous ne voulez pas voir les mauvais germes ™i

pa des infidélités fréquentes. Si vous étiez tout à fait mauvais, votre état vous ferait trembler et "ous prendriez les moyens d'en sortir; mais comme ou ne remarquez pas en vous de grands désordres vous tachez de vous maintenir dans les dispos «onl ou vous «es, sans penser sérieusement à les Z fectionner. Aussi, après une ou deux années de séminaire, ne pourriez-vous montrer dans votîe conduite une amélioration sensible. A voir le pu de soin que vous prenez de progresser dans la V rtu, on dirait que vous vous cf oyez arS au degré de sainteté que Dieu demande le vous C s" cette Illusion que vous devez détruire; et comment?

En vous disaiil fortement à vous-même : Je puis être plus saint que je ne suis ; je puis être plus humble, plus mortifié, plus charitable, plus studieux, plus recueilli, plus obéissant, plus pieux enfm et plus fervent : sur tous ces points il m'arrive souvent de faillir, et je puis, si je veux, diminuer chaque jour le nombre de mes fautes.

— Je dois être plus saint que je ne suis : deuxième réflexion qui fortifie puissamment la première. Oui, convainquez-vous bien que non - seulement \oiis pouvez^m^ïs que vous devez être plus saint que vous ne Fêtes, et pour affermir cette conviction, méditez attentivement les considérations suivantes : Je suis appelé à fétat le plus saint qui soit sur la terre ; je dois donc être saint, puisque la sainteté du sujet doit être en rapport avec la sainteté de la profession qu'il embrasse. — Dieu veut que tous les hommes soient saints, car c'est à tous qu'il a dit: Sancti estote... Estote perfecti. Or s'il appelle tout le monde à la sainteté, à combien plus forte raison y appelle-t-il ceux à qui il veut confier les éminentes fonctions du sacerdoce ! — Les fruits du saint ministère sont plus ou moins abondants selon le degré de perfection du prêtre qui l'exerce. Un saint prêtre fait, à lui seul, plus de bien que vingt prêtres ordinaires : les Xavier, les Régis, les Dominique, les Yincent Ferrier ont entraîné dans les voies du salut et conduit au ciel des multitudes de pécheurs que des prêtres moins saints qu'eux n'eussent jamais convertis. — La nature humaine, par son propre poids, tend nécessairement au relâchement; il faut viser au-dessus du but pour l'atteindre ;

une infidélité légère, quand on ne fait rien pour en prévenir le retour, conduit infailliblement à une infidélité plus grave, et les plus grands crimes ont toujours été précédés de fautes qui en méritaient à peine le nom; je dois donc éviter ces fautes pour me préserver de ces crimes. — Si j'étais sur qu'il n'y a de mauvais prêtres cjue ceux qui ont été de mauvais séminaristes , je fpourrais me rassurer puisque, grâce à Dieu, je ne suis pas du nombre de ces derniers. Mais comme on m'assure et que Texpérience atteste que plusieurs mauvais prêtres ont été d'aussi bons et peut-être mAme de meilleurs séminaristes que moi, je dois donc me corriger des moindres fautes et tendre chaque jour à une perfection plus élevée, puisque par là je m'éloigne de plus en plus de l'affreux abîme dont la seule pensée me fait frémir. — Si je mène désormais une vie plus fervente et que j'en vienne à ne pas commettre une seule imperfection volontaire?, mon exemple produira d'heureux fruits; plusieurs de mes condisciples, qui règlent leur conduite sur la mienne, pratiqueront la perfection quand iis verront que je la pratiquerai moi-même, et je contribuerai peutêtre beaucoup à Implanter la ferveur dans le séminaire, ce qui est le pins grand bien que je puisse opérer comme séminariste. — Enfin il est certain que je suis dans les meilleures conditions aujourd'hui pour me corriger de mes petits défauts ; ils ne sont pas encore profondément enracinés dans mon âme ; j'ai sous les yeux des modèles parfaits de toutes les vertus ; des supérieurs z/îlés me cultivent avec des soins tout particuliers comme une plante précieuse, et des grâces ahondantes qui ne se trou-

vent qu'au séminaire , facilitent singulièrement l'œuvre de ma sanctification. Comment méditer pieusement ces réflexions sans y puiser un supplément de ferveur et de sainteté ?

— Je veux être plus saint que je ne suis : {qWq doit être votre troisième réflexion. Vouloir sincèrement la perfection, c'est, selon saint Thomas, le ATai moyen de l'acquérir. « Que dois-je faire, lui )> lui demandait un jour une de ses sœurs, pour » devenir sainte? — Le vouloir, répondit-il, tout » est là. » Selon sainte Thérèse, a Dieu ne veut de » nous qu'une bonne résolution, il se charge de » faire le reste. » D'après ces autorités, sïl y en a fort peu, même dans les séminaires, qui arrivent à la perfection, il faut donc en conclure qu'il y en a fort peu qui aient le désir sincère de la pratiquer. Nul ne voudrait l'avouer expressément ; mais ce que la langue n'ose dire, les œuvres le proclament. Quelquefois pourtant on a un certain désir vague de la perfection, mais on s'en tient là. Ùr, dit ;^aint Liguori, « il ne suffit pas d'avoir le désir de la per- » fection, il faut avoir une ferme résolution de » l'obtenir... Des désirs faibles sont plus nuisibles » qu'utiles ; car on s'en repaît, et on s'endort dans » ses imperfections. »

— Quand vous aurez excité votre volonté par ces considérations, hàtez-vous d'en venir aux actes et, pour assurer le succès de voire entreprise, commencez par réformer ce qu'il y a de défectueux dans la manière dont vous vous acquittez de vos exercices spirituels.

Vos oraisons, par exemple, produisent peu de

fruit : voyez comment vous les faites. Vous y préparez-vous avec soin? Vous tenoz-vous en les faisant dans une posture respectueuse ? Renvoyezvous les distraci.ions dès qu'elles se présentent ? Avez-vous le désir vif et sincère d'en bien profiter? Vous y proposez-vous toujours la destruction de votre défaut capital et Tacquisition de la vertu qui lui est opposée ? Ne vous bornez-vous pas , au contraire, à des réflexions vagues et générales qui n'opèrent aucun changement dans votre conduite, croyant que tout est bien parce que vous pouvez dire: J'ai fait mon oraison? Insistez-vous enfm sur vos résolntions, les déterminant spécialement à quelque point pratique dont vous savez que vous allez avoir l'occasion de faire l'application pendant la journée, et, ces résolutions, les rappelez-vous souvent à votre esprit jusqu'à l'oraison suivante pour les exécuter avec fidélité (juand vous êtes tenté de vous relâcher ?

Considérez de la même manière tous vos exercices de piété l'un après l'autre ; voyez la manière dont vous les faites,^ le peu de fruit que vous en tirez et les moyens à prendre pour qu'ils produisent tout leur effet.

Les séminaristes qui ne sont que bons ne sont pas, en général, vivement frappés de l'inutilité de leurs exercices spirituels pour le perfectionnement de leur conduite. Ils les font régulièrement pendant des temps considérables sans qu'on découvre en eux un amendement bien prononcé ; souvent même, et presque toujours, ils vont en déclinant dans les voies de la perfection; la seconde année de leur séminaire ne vaut pas la première, et la troi- II. 4.

sième est moins bonne encore que les deux autres, ce qui est précisément tout le contraire de ce qui devrait avoir lieu. Ce point est un de ceux où se fait le mieux sentir la ditférence qu'il y a entre les bons et les fervents séminaristes : les premiers s'arrêtent ou reculent ; les seconds ne s'arrêtent jamais et s'élèvent chaque jour davantage dans r échelle de la sainteté.

— Quoique tous les exercices de piété, quand ils sont bien faits, conduisent merveilleusement k la perfection, il en est un cependant qui y fait faire des progrès plus rapides encore que tous les autres ; c'est l'examen particulier. Saint Ignace, ce grand maître en fait de perfection, y attachait une importance extrême. Il regardait comme certain qu'une âme bien fidèle à cette sainte pratique, arriverait infailliblement à une haute sainteté. Appuyé sur son autorité et sur celle dune expérience constante, nous n'avons pas craint de formuler dans le Saint Prêtre cette double sentence : Nous ne nous corrigerons jamais de nos défauts saiis rexamen particulier. — Nous nous corrigerons certainement de nos défauts, ou du moins nous les affaiblirons notablement par l'examen particulier.

Il ne faut pas confondre cet exercice avec celui qui se pratique communément dans les séminaires, et qui consiste dans la lecture qu'on fait chaque jour avant le dîner de l'excellent livre de Tronson, intitulé : Examens particuliers sur divers sujets. Cet ouvrage est un ensemble parfait des règles de conduite qu'on ne saurait trop rappeler aux séminaristes ; mais cette lecture quotidienne ne tient pas lieu de l'examen particulier proprement dit que

nous recommandons ici. Choisir le délaiil dominant auquel on est sujet ou la vertu qu'on pratique le moins fidèlement ; considérer attentivement le besoin qu'on a de se corriger de ce défaut ou d'acquérir cette vertu ; rechercher les fautes qu'on a commises sur l'un ou sur l'autre depuis le dernier examen ; s'en humilier devant Dieu, s'en punir, et prendre la ferme résolution de les éviter ; voilà l'exercice qui, répété tous les jours, .est, après les sacrements, l'instrument de perfection le plus efficace que nous connaissions. Faites-en l'expérience, hien-aimé lecteur; tenez ferme à l'usage de cette sainte pratique en dépit de la tentation que vous aurez de l'abandonner, et vous verrez si des fruits de sainteté abondants ne sont pas la récompense de votre fidélité fl).

— Si vous voulez sincèrement devenir plus saint que vous ne l'êtes, proposez-vous continuellement pour modèle l'élève le plus accompli du séminaire. Il s'en trouve toujours qui se distinguent des autres par une piété plus fervente. En parlant d'un de ces élèves, a'Ous vous écriez souvent : Pour celuilà, ccst un saint. Puisque vous l'admirez, passez donc de l'admiration à l'imitation, et donnez à votre conduiie la perfection de la sienne. Voyez le bien qu'il fait et que vous ne faites point, le mal qu'il évite et que vous n'évitez point. Etudiez-le trait pour trait; observez-le dans ses conversations, dans SCS exercices de piété, dans ses études, dans ses actions communes, dans sa tenue et ses maniè-

(!) Voir, pour plus de détails, k S'dnt l'/c^r^, •troisième partie, chap. V.

res ; ne le perciez jamais de vue ni à l'église, ni en récréation, ni au réfectoire, ni en classe, ni dans ses promenades. Il porte partout son cachet de piété et de régularité, et c'est ce cachet qu'il faut imprimer profondément dans votre àme. Quel beau spectacle que celui d'un séminaire où tous les élèves rivaliseraient de ferveur et de sainteté !

— Ne regardez rien comme peu important ni en bien, ni en mal : le plus petit bien, si on l'opère en tout et toujours, conduit rapidement à la plus haute perfection ; le plus petit mal, si on le commet habituellement et sans scrupule, conduit à la longue et souvent très-promptement à des désordres épouvantables. Yoilà l'écueil des bons séminaristes ; ils comptent pour rien ce qui, en soi, n'est pas considérable, et ils ne voient pas que ce qu'ils traitent de bagatelle est excessivement important par ses conséquences.

— Faites votre société habituelle des séminaristes les plus fervents. Sachant qu'ils ne goûtent et n'estiment que la piété, vous serez comme forcé de vous entretenir avec eux de choses édifiantes, et leur simple contact contribuera très-efficacement à votre réforme.

— Au début de chaque jour, dites-vous à vousmême : Je veux être un saint aujourd'hui ; puis, en commençant chaque action, rappelez-vous votre détermination du matin et adressez-vous cette question : Si un saint était à ma place, comment agirait-il? Lieu répondra lui-même à cette question dans le fond de votre àme ; écoutez sa réponse, conformez-y votre conduite et vous forez des progrès ^'-hjunants.

— Habituez-vous à faire très-fréquemment de petits sacrifices ; cela vous donnera une force incroyable. C'est la làcbeté seule qui vous retient dans le bas étage de la perfection, et rien ne détruit cette lâcheté comme Thabitude des sacrifices : Tcmtiim proficÀes, dit l'Imitation, quantum tibiipsi vim intuleris. Un mot inutile supprimé, une bonne inspiration accueillie, une direction d'intention bien faite, une élévation de cœur pendant son travail, un acte de mortification dans ses repas et mille autres choses de cette nature, qui sont fort peu pénibles, développent singulièrement la piété et font passer en peu de temps d'une vie commame à une vie fervente,

— Ayez toujours devant les yeux les fruits abondants que vous produirez dans le saint ministère si vous êtes un saint prêtre. Cela vous portera tout naturellement à devenir un fervent séminariste, puisque celui qui n'a au séminaire qu'une vertu médiocre ne sera jamais un saint prêtre. Quelle pensée plus électrisante que celle-ci : Je sauverai, si je suis un saint prêtre, des âmes qui se damneront si je ne suis qu'un prêtre ordinaire !

— Pour exécuter plus sûrement vos pieux desseins, révélez-les en confession et en direction. N'imitez pas ceux qui, en ces circonstances, croient que tout est bien quand ils ont déclaré leurs fautes. Allez plus loin, vous ; dites positivement à votre directeur que vous voulez être un saint et que vous désirez vivement qu'il vous aide à le devenir. Que les directeurs des séminaires seraient heureux si tous leurs pénitents leur tenaient ce langage, et quel zèle ils auraient pour leur sanctifi-

cation ! Mais parmi ceux qiie nous appelons bo7is séminaristes il y en a peu qui agissent ainsi-; c'est que malheureusement il y en a peu qui veuillent sincèrement prendre place dans la classe des fervents ; presque tous se trouvent bien au degré où ils sont et ne visent qu'à s'y maintenir. Ne grossissez pas le nombre de ces lâches, jeune et tendre ami : Dieu vous convie certainement à ime sainteté suréminente ; répondez à son appel et soyez un séminariste parfait pour être plus tard un saint prêtre.

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