CONCLUSION
Arrêtons-nous, jeunes élèves, et interrogeonsnous sérieusement devant Dieu pour savoir quels fruits nous nous proposons de tirer de la lecture de ce volume. Quelque imparfait qu'il soit, il est impossible, si nous l'avons médité pieusement dans toutes ses parties, que cette méditation ne nous ait pas révélé nos infirmités spirituelles et inspiré le désir d'en obtenir la guérison. Allez-vous accueillir
cette inspiration comme la voix même de Dieu, qui ne la fait entendre à vos âmes que pour vous éclairer, vous encourager, vous sanctifier et vous rendre dignes de l'auguste profession que vous voulez embrasser? Profession sublime et plus qu'angélique, puisque qu'elle est réellement divine dans toute la rigueur de l'expression : Dcifica profcssiOj comme l'appellent les saints.
Vous avez vu ou du moins vous avez du voir si vous êtes — ou de mauvais séminaristes, — ou des séminaristes tièdes, — ou de bons séminaristes ordinaires, — ou des séminaristes fervents et animés d'un vrai zèle pour la perfection.
Vous avez du voir les défauts auxquels vous êtes sujets; nous vous en avons tracé les caractères , signalé les effets et indiqué les remèdes.
Enfin , nous vous avons proposé les règles de conduite que vous avez à suivre, dès l'entrée de votre carrière, si vous voulez être de saints prêtres et sauver des milliers d'âmes avec la certitude de sauver la vôtre.
Comme fruit de ces divers enseignements, recueillez, chers élèves, les sentences suivantes; gravezles en gros caractères et placez -les dans un endroit apparent de votre cellule, et même dans ceux de vos livres que vous avez le plus souvent entre vos mains.
Première sentence. — Je ne serai jamais aussi saint qu'il le faudrait être pour remplir dignement les imposantes fonctions du sacerdoce.
Deuxième sentence. — La gloire de Dieu, l'honneur de l'Eglise, l'édification du prochain, la con-
version des pécheurs, la sanctification des justes : tout sera infailliblement en rapport direct avec mon degré de ferveur et de sainteté.
Troisième sentence. — Le salut de bien des âmes est attaché à ma perfection. Dans les desseins de Dieu, plusieurs seront sauvées si je les conduis au ciel par ma sainteté; et elles seront damnées si, ne les poursuivant pas avec le zèle du saint prêtre, je les abandonne à leur propre faiblesse.
Quatrième sentence. — Si je n'acquiers pas dans le séminaire une perfection éminente et solide, jamais je ne l'acquerrai quand je serai prêtre ; au lieu de monter vers la sainteté, je descendrai chaque jour vers la tiédeur, et de là dans des précipices dont la simple pensée fait frémir.
Cinquième sentence. — Les seuls prêtres qui se perfectionnent en avançant en âge, sont ceux qui étaient déjà en voie de perfoction quand ils étaient séminaristes. Ceux qui n'étaient pas dans cette voie se partagent en deux classes : les uns restent stationnaires dans leurs imperfections ; c'est le trèspetit nombre : tous les autres se relâchent et deviennent ou des "prêtres tiècles ou de mauvais prêtres.
Sixième sentence. — Si je pactise sciemment avec un défaut, quelque léger qu'il soit, je renonce par là même à la perfection ; si, par une lâcheté habituelle et volontaire , je restreins l'exercice d'une vertu quelconque, je suis hors des voies de la perfection ; si, pour m'épargner, je repousse
fréquemment, et avec réflexion les inspirations que Dieu m'envoie d'éviter ceci ou de pratiquer cela, j'abdique la perfection.
Septième sentence. — Une fois devenu prêtre, si je tombe et si je me fixe dans la tiédeur et le relâchement, je n'en sortirai point; ou si j'en sors, ce sera pour aller plus loin dans le mal et non pour revenir à la perfection.
Ces sentences, dont la vérité est confirmée par une expérience constante et invariable, ne doiventelles pas, jeunes amis, vous faire voguer à pleines voiles vers la sainteté sacerdotale que Dieu vous commande ?
Pour vous y déterminer mieux encore, méditez ces excellentes paroles du P. de la Colombière dans sa Retraite spirituelle ; ouvrage excellent qui, dans sa brièveté, renferme, selon nous, des trésors du plus haut prix : « Nous avons, dit-il, une » grande obligation à être parfaits, parce que » dans un homme qui prêche la vertu et qui en » fait profession, les imperfections nuisent plus )) au prochain que sa vertu ne lui est utile ; elles » donnent occasion de croire qu'il n'y a point de » véritable sainteté ; que c'est quelque chose d'im- » possible que la perfection, que ce n'est qu'illu- » sion et grimace. Si les imperfections ne donnent » pas ces pensées, elles persuadent aux lâches » qu'on peut les avoir et être saint tout ensemble. » C'est assez pour endormir un imparfait et pour i) nourrir en son cœur une passion qui le flatte et » qu'il aime, d'en avoir remarqué quelque ombre
» en celui qui a la réputation d'homme de bien ; )) il se croit autorisé par là à continuer de con- » tenter son amour-propre, et croit qu'il n'en sera w pas moins saint pour cela. »
Élargissons nos vues, jeunes élèves ; nous sommes moins que personne les hommes du temps ; réternité seule et tout ce qu'elle embrasse doit occuper nos esprits et influencer nos actes. A propos de cette éternité, dans les gouffres de laquelle nous serons bientôt engloutis, laissez-nous reproduire ici les réflexions saintement éloquentes du pieux auteur que nous venons de citer.
« Pensant à Téternité de Dieu, dit-il, je me la » suis représentée comme un rocher immobile sur » le bord d'un fleuve d'où le Seigneur voit passer » toutes les créatures sans se remuer, et sans » quil passe jamais lui-même. Tous les hommes » qui s'attachent aux choses créées m'ont paru » comme des gens qui, étant entraînés par le cou- » rant de Teau, s'attacheraient les uns à une j) planche, les autres à un tronc d'arbre, les autres » à des amas d'écume qu'ils prendraient pour » quelque chose de solide. Tout cela est emporté » par le torrent ; les amis meurent, la santé se )) consume, la vie passe, on arrive jusqu'à l'éter- » nité, porté sur ces appuis passagers comme à » une grande mer où l'on ne peut s'empêcher d'en- » trer et de se perdre. On aperçoit alors combien » on a été imprudent de ne s'attacher pas au ro- » cher, à l'Éternel ; on voudrait revenir, mais les » flots ont emporté trop loin, on ne peut plus re- » venir et l'on périt nécessairement avec les choses » périssables. Au lieu qu'un homme qui s'attache
à Dieu voit sans crainte le péril et la perte de tous les autres ; quoi qu'il arrive, quelque révolution qu'il se fasse, il se trouve toujours sur son rocher. Dieu ne lui saurait échapper ; il n'a embrassé que lui, il s'en trouve toujours saisi ; l'adversité ne fait que lui donner lieu de se réjouir du bon choix qu'il a fait. 11 possède toujours son Dieu ; la mort de ses parents, de ses amis, de ceux qui l'estiment et le favorisent, l'éloignement, le changement d'emplois ou de lieu, l'âge, la maladie, la mort elle-même ne lui ôtent rien de son Dieu. Il est toujours également content, disant en la paix et en la joie de son âme : Mihi adhœrcre Dco bonum est, ponere iti Domino meo spein meam.
» Cette considération m'a beaucoup touché ; il me semble que j'ai compris cette vérité, et que Dieu m'a fait la grâce d'en être persuadé d'une certaine manière qui me donne un grand courage et une grande facilité à me détacher de tout et à ne chercher que Dieu en toute ma vie, par toutes les voies auxquelles il lui plaira de m'engager, ne témoignant jamais aucune inclination ni aucune répugnance, recevant aveuglément tous les emplois que mes supérieurs me prescriront ; et s'il arrive quelquefois qu'ils m'en donnent le choix, je le promets, mon Dieu, et j'espère par votre sainte grâce de garder ma promesse, je promets, dis-je, de vous renouveler le vœu que vous m'avez inspiré de faire, de choisir toujours l'emploi et le lieu auxquels je sentirai le plus de répugnance et où je croirai, selon Dieu et eu vérité, avoir le plus à soulfrir.
— ÎG8 —
» Vous m'en avez donné Texemple, mon aimable » Jésus, et autant que je le pourrai, je veux me » régler par vos exemples, par vos maximes, qui » seules peuvent me conduire à vous, et me tirer » des embarras de Tignorance et des erreurs où » mes passions pourraient me précipiter. »
Ainsi parlent, ainsi agissent les hommes de Dieu, et sui'tout les saints prêtres. Ah ! malheur à vous, jeunes élèves, doux espoir de l'Église, maliieur à vous si vous restez tièdes et imparfaits après tout ce qui vous a été dit pour vous exciter à devenir fervents et fidèles !
Mais non, vous ne voudrez point attirer sur vous les châtiments réservés à l'abus des grâces. Quels que soient vos défauts, vous les combattrez, et, Dieu aidant, vous les détruirez. Vous serez de fervents séminaristes pour être plus tard de saints prêtres ; et Dieu sera glorifié, et Jésus, toutes les fois que vous le recevrez à l'autel, vous pressera délicieusement sur son cœur, et TÉglise surabondera de joie, et des multitudes de pécheurs seront vos conquêtes, et l'enfer mugira de dépit et de rage, et le ciel que vous aurez procuré à tant d'àmes sera votre éternelle récompense.
Mais, pour qu'il en soit ainsi, jeunes amis ; pour que rien ne manque à votre bonheur, tit gaudium vcstrum sit plcnum, encore une fois soyez des saints : Sancti estote ; sacrifiez tout pour le devenir : Qui non bajulat cntcem suam, et venit post 7ne, non potcst meus esse discipulus ; ne répudiez pas une seule verlu ; la philosophie elle-même vous prêche cette morale par un de ses axiomes : Bonura ex iiitegrà causa ; ne transigez pas avec un seul dé-
faut : Malum ex quocumque defectu ; ne faites pas comme tant de lâches qui disent à chaque instant : Nous accorderons ceci, mais nous retiendrons cehi ; nous irons jusqu'à tel degré, mais pas plus loin : Aveugles, qui ne voient pas qu'ils seront toujours trop peu parfaits pour atteindre la hauteur de leur vocation, et que, puisque Jésus les appelle au sommet de la perfection, ils doivent lui répondre par ces généreuses paroles : Magister, sequar te quocumque icris.
Courage donc, jeunes élèves, courage ! Eugc ! eucjel Yous êtes dans Tàge de la ferveur et de l'enthousiasme : quand serez-vous fervents , et fervents jusqu'à la divine exaltation qui fait les saints, si vous ne l'êtes pas dans un séminaire ? Ah! loin, bien loin de ce pieux asile non-seulement les cœurs froids, non-seulement les cœurs tièdes, mais même les cœurs fidèles qui tremblent de promettre un dévouement sans réserve ! Jésus-Christ, chers amis, n'a rien réservé ; la dernière goutte de son sang, il l'a versée pour le salut des àm .-. : et la lance du soldat n'a percé son cœur que pour mettre à sec la source de ce sang divin et montrer au monde qu'elle était tarie.
Le séminaire! élèves bien-aimés, le séminaire! comment prononcer ce mot, comment vivre dans cette ineffable retraite sans y être pénétré d'une céleste flamme? Nous ne connaissons point sur la terre, et en effet il n'y a nulle part un lieu aussi saint que le séminaire. Le Cénacle seul où Jésus- Christ réunit ses apôtres la veille de sa mort, le Cénacle seul nous en offre l'image. Mais aussi qu'était-ce que le Cénacle, sinon im séminaire dont H. 27
les apôtres étaient les élèves, et Jésus-Christ le divin supérieur? Séminaire à jamais mémorable, où s'élaborait la précieuse semence qui devait féconder l'univers ! Dans cet auguste séminaire, jeunes amis, il ne se trouva qu'un mauvais élève, ce fut Judas. Bientôt le misérable sentit qu'il n'y était pas à sa place, et il s'en retira pour aller consommer son infamie. Mais tous les autres, qu'étaient-ils ? Quel zèle 1 quel feu î quel dévouement ! quels transports d'amour ! Ils eurent, il est vrai, Pierre surtout et Thomas, un moment de faiblesse; ce qui doit vous encourager et non vous abattre, si vous n'êtes pas encore des héros en vertu. Mais comme elle fut rachetée, cette faiblesse ! Que de larmes coulèrent pour l'expier ! Quelle insatiable ardeur pour la pénitence^ pour la prédication de l'Évangile, pour les bonnes oeuvres, pour le salut des âmes, et finalement pour le martyre! Voilà vos modèles, jeunes et tendres amis : et vous aussi vous êtes appelés à l'apostolat ! et vous aussi peutêtre vous êtes appelés à confesser votre foi dans les tortures : armez-vous donc, enflammez-vous du zèle qui fait les apôtres et du courage qui fait les martyrs. Amen! Amen! Amen!
LAUDETl R JESUS CHRISTU5 IX .ETERNl xM ! AMEX.