‹ Œuvres complètesChapitre 7 sur 55 · RÈGLES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

RÈGLES GÉNÉRALES

u Permettez-moi, ô mon Dieu, de recourir à vous au commencement de mon travail; daignez, je vous en conjure, parler à mon cœur. Je suis un pauvre

enfant qui sait à peine balbutier votre nom ; c'est donc à vous de me guider et de faire connaître ce que vous voulez de moi. Parlez, Seigneur, votre serviteur vous écoute : envoyez-lui votre Esprit saint qui lui fasse connaître la voie par laquelle il doit marcher, afm que désormais sa vie soit un cantique de louanges en votre bonheur.

» Je dois, avant tout, m'efforcer d'entretenir au dedans de moi une foi vive et pénétrante. Seule elle sera capable de me faire triompher des obstacles à mon salut et à ma sanctification. C/est Jésus- Christ lui-même qui me l'enseigne : sans elle il est impossible de faire une action qui soit agréable à son Père ; et c'est elle seule qui nous fait vaincre le monde.... Yoilà donc la source où j'irai puiser la force dont j"ai besoin pour accomplir la mission que Dieu va me confier. Quand la tentation m'ébranlera, je me conserverai dans un calme parfait, profondément convaincu qu'avec la protection de celui auquel obéissent les vents et les flots, je n'ai rien à craindre.

» Si pour correspondre aux desseins que la Providence a sur moi, il me fallait faire de pénibles et douloureux sacrifices (on dirait qu'il pressentait déjà le sacrifice de sa vie qui devait lui être demandé de si bonne heure); si Dieu, comme à Abraham, me demandait l'immolation de tout ce que je puis avoir de plus cher au monde, alors je me rappellerai les actes de sublime dévouement qu'à toutes les époques cette foi produisit dans les saints, et comme eux, dussent les persécutions de toute espèce m'accabler à la fois, sachant que c'est par les souffrances que Jésus-Christ est entré dans

sa gloire, j'accepterai volontiers de sa main 1 calice qu'il me présentera, quelle qu'en soit l'a mertume. Sachant encore par la foi que ceux-1 seuls seront récompensés de leurs travaux qui au ront accompli dans son entier la tâche qui leur étai imposée, je veillerai sans cesse à l'accomplisse ment de tous mes devoirs. Quand je serai seu sans qu'aucun regard humain veille sur moi, la f( me dira que Dieu me voit et qu'il me demander compte de toutes mes actions. C'est elle encore qi me fera comprendre sa grandeur et sa bonté ; cet elle qui, pénétrant mon esprit de sa présence, m fera conserver, surtout dans les temples sacre où il réside, un recueillement mêlé d'un trembh ment respectueux; c'est elle qui, dans tous le hommes, me montrera des frères au salut desquel ma vie devra être consacrée, que je devrai plaindr du fond de l'âme quand ils seront dans l'égaré ment, ne répondant au mal qu'ils pourront m faire que par des prières plus ardentes et un amou plus dévoué. C'est elle enfin qui me rendra capab] d'imiter Jésus, en offrant sans cesse à mes regard ce divin modèle et m'assurant de la participatio de son triomphe si je suis fidèle continuateur d sa mission sur la terre.

» Un des premiers effets de cette foi sera d'entn tenir dans mon cœur une vive et continuelle recor naissance pour tous les bienfaits dont Dieu a et prodigue à mon égard.... Que sa main me frapp ou qu'elle me console , toujours je dirai avec Job « Dieu l'a voulu ; que son saint nom soit béni Sit nomen Domini bcncdictum, » et je méditerai ] conseil de saint Paul aux Colossiens : Graèi estoU H. 6.

» La foi me conduira tout naturellement à désirer avec ardeur l'accomplissement de la volonté de Dieu soit par rapport à moi, soit par rapport au reste des hommes. Je me rappellerai que je ne puis contribuer à cet accomplissement qu'en me disposant à remplir dans tous ses points la tâche qui me sera imposée, et pour cela je travaillerai chaque jour avec courage à consommer ma séparation défmitive avec le monde, en oubliant à jamais et les souvenirs qui m'y rattachent et les vaines apparences de félicité dont il cherchera encore quelquefois peut-être à me bercer. Je me dirai que je ne m'appartiens plus, que je ne dois plus avoir de mouvements, de pensées qu'en Dieu et par Dieu ; je me regarderai comme un frère de Jésus-Christ dont Tunique nourriture doit être de faire la volonté de son Père.... Continuateur de son sacerdoce, je penserai que sa vie tout entière fut consacrée à la recherche des brebis égarées de la maison d'Israël, qu'il était embrasé d'un zèle ardent pour la gloire du Seigneur et que c'était dans ces sentiments qu'il puisait ce courage qui ne lui permettait pas de prendre un instant de repos, pour mieux remplir les desseins de son Père. »

Ces considérations conduisent notre fervent séminariste à ce qui faisait particulièrement ses délices, je veux dire à la vie intérieure. C'est là que nous allons voir sa belle âme s'épancher et se produire.

(( Je dois, avant tout, mener la vie intérieure et cachée de Jésus. Pendant trente ans il reste ignoré des hommes, et dans sa vie publique même, dès que les intérêts de son Père ne l'exigeaient plus.

il S8 retirait avec ses disciples dans quelque lieu désert pour s'y recueillir et se soustraire aux agitations du monde auxquelles il est si difficile de ne prendre aucune part, lors même qu'on se trouve au milieu d'elles pour accomplir la volonté du ciel. A combien plus forte raison, moi si faible, si exposé par mes propres penchants à perdre cette paix de l'âme hors de laquelle Dieu cesse de se faire entendre, devrai-je avoir soin de me réfugier au dedans de moi-même le plus qu'il me sera possible. Je me rappellerai souvent que c'est surtout au désert qu'on rencontre Jésus, que sa voix ne retentit point dans les lieux publics et que, quand il veut enrichir une âme de ses dons, c'est dans la solitude qu'il la conduit pour lui parler au cœur. Il me faudra donc apprendre à mépriser les choses extérieures si je veux que le règne de Jésus-Christ s'établisse en moi ; car, comme le dit le Roi-Prophète : (( Toute sa gloire, toute sa beauté est intérieure. » Il visite souvent l'homme intérieur, et ses entretiens sont doux, ses consolations sont ravissantes, sa paix inépuisable et sa familiarité incompréhensible.

» J'aurai donc soin de ne jamais trop me répandre au dehors. Au milieu de mes occupations, je me ferai une vie à part, ne perdant jamais Dieu de vue, savourant quelque pieuse pensée, envoyant vers le ciel un souvenir d'amour. J'éviterai dans les conversations de me laisser aller à des discussions trop vives qui m'empêcheraient de me recueillir et me feraient perdre ce calme intérieur absolument nécessaire pour que l'esprit, quoique occupé de choses extérieures, s'élève néanmoins

uaturellement vers Dieu. Je devrai surtout m'intt dire avec le plus grand soin les conversations in tiles, parce que ce sont elles qui jettent l'âme da la dissipation au sein de laquelle on ne peut fai aucun bien. Ainsi j'écarterai les nouvelles < monde, les entretiens de littérature, etc., auta toutefois que la prudence me le permettra. » (Noto qu'il avait pour la littérature une aptitude exti ordinaire et un attrait tout particulier ; ce cj montre jusqu où il poussait l'esprit de sacrifici « Ce sera ma fidélité à observer ce point de r règle qui seule pourra me donner des moyens su d'avancer dans la perfection en m 3 soustraya peu à peu à l'action des objets extérieurs pour i laisser seul avec Dieu et n'avoir plus de jconven tion que dans le ciel.

» L'Évangile garde un silence absolu sur ton la vie cachée de Jésus-Christ, et il n'interrompt silence que pour nous apprendre quïl était en to soumis à ses parents : Et crat subditus illis ; comi pour nous dire que le fondement de toute vei est la soumission aux ordres de Dieu, qui no sont ordinairement transmis par la voix de n supérieurs. Je dois donc faire une abstraction co plète de ma propre volonté, bien convaincu que sera pour moi la source des plus grandes gràceii

» Sans l'obéissance, c'en est fait de l'harmo] universelle, et par là même que je ne consentir pas à être dans l'Église un membre disposé à ob en tout à la voix de mes supérieurs, je troubler essentiellement l'ordre et m'attirerais Findignati de Dieu... C'est l'esprit de rébellion qui cîL le ii le plus distinctif du pécheur ; c'est lui qui, port;

les anges prévaricateurs à secouer le joug de Dieu, leur mérita d'être chassés du ciel et livrés à des supplices éternels. Aussi, se soustraire à Tobéissance, c'est se soustraire à la grâce de Dieu, et pour être libre il faut obéir...

» Je me soumettrai donc à la volonté de mes supérieurs, quelle qu'elle soit. J'aurai peut-être besoin pour cela de faire des efforts nombreux et violents, mais avec la grâce de Dieu je m'y résigne et je les ferai. Pendant le reste de mon séminaire, j'observerai la règle avec une inviolable fidélité et je suivrai les plus petits conseils qui me seront donnés. Je me soumettrai sans murmure et sans hésitation aucune à tous les petits inconvénients qui résultent de la vie de communauté, unissant le sacrifice de ma volonté à celui de Jésus sur la croix.

» Mon séminaire achevé , j'accepterai comme venant de Dieu l'emploi qui me sera confié, quand bien môme mes goûts et mes inclinations seraient vivement contrariés. Et comme dans tout gouvernement dirigé par des hommes il y a nécessairement des membres sacrifiés, par suite de la faiblesse du jugement humain, le fussé-je, je me soumettrai sans me plaindre, voyant encore en cela une voie cachée de la Providence dont les desseins sont servis quelquefois par les erreurs des hommes. En un mot, dès aujourd'hui et à toujours, je n'aurai de volonté que celle de mes supérieurs.»

Quelle hauteur de vues et quelle maturité chez un jeune homme !

« Un autre point essentiel que je dois prendre

en grande considération, c'est Tesprit d'humilité et de douceur que Jésus recommandait avec tant de soin à ses disciples, en leur disant : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Toute sa \Aq il consentit à être regardé comme le dernier des hommes, lui qui était l'égal de son Père.

» Pour imiter ce divin Sauveur , je rejetterai toute pensée d'orgueil ou de vanité ; j'estimerai peu ce qu'on pourra regarder en moi comme quelque chose de bien et, selon la règle de l'Evangile, après avoir accompli tous mes devoirs, je me regarderai encore comme un serviteur inutile. Jésus, le plus saint des hommes, en fut aussi le plus humble : quels sentiments doivent donc m' animer, moi couvert de péchés depuis la plante des pieds jusqu'à la tète !.... Dans quelle humiliation ne dois-je pas me plonger, moi qui ne rachète par aucune bonne œuvre les fautes de ma vie passée ! Ne sais-je pas que de moi-même je ne puis rien, pas même prononcer méritoirement le saint nom de Jésus, et que si j'ai le bonheur de faire une bonne action, c'est à Dieu seul que je le dois. Enfin, j'aurai toujours devant les yeux les exemples des saints dont rhuiiiilité croissait à mesure qu'ils croissaient en vertu, suriout celui de Marie en qui furent opérées de grandes choses parce qu'elle s'était humiliée profondément, et je méditerai souvent ce précepte de saint Paul : Nihil per inanem gloriam sed in humilitate super iores siln in vicem arbritrantes .

» Je m'efforcerai aussi d'acquérir une grande douceur, une parfaite mansuétude de cœur, une patience inaltérable ; et pour cela je n'aurai qu'à

fixer les yeux sur celui qui fut doux comme l'agneau, qui se tait même devant celui qui r*^gorge. Lâchement insulté par ses ennemis, accablé d'injures et de mépris dans tout le cours de sa passion, il n'eut pas une parole amère pour ses bourreaux, mais plutôt, plaignant leur erreur, il demandait pardon pour eux à son Père jusque dans les bras de la mort. Pom- imiter un si beau modèle, j'aurai soin de comprimer sur-le-champ tout mouvement d'impatience et d'emportement qui pourrait s'élever en moi dans mes rapports avec le prochain. J'éviterai toute répartie piquante, j'exposerai dans mes discussions mon sentiment avec calme et ne m'élèverai jamais avec aigreur contre celui des autres. » Non-seulement je pardonnerai volontiers à celui qui aura pu me faire de la peine, le sachant ou sans le vouloir, mais encore ce sera pour moi un motif de lui témoigner plus d'égards quand l'occasion s'en présentera. Je supporterai patiemment les défauts de caractère de ceux avec qui je me trouverai, me rappelant que, pour accomplir la loi de Jésus-Christ, il faut porter les fardeaux les uns des autres, et sachant que l'héritage céleste et les jouissances d'une paix inénarrable ont été promises à ceux dont le cœur est rempli de mansuétude.

') Mais ce sera surtout lorsque je serai chargé de ramener les pécheurs à Dieu, que je m'efforcerai de dilater en moi les entrailles de la miséricorde. Ce sera alors que j'aurai sans cesse devant les yeux l'exemple de Jésus plein de tendresse et de compassion pour les brebis égarées de la maison d'Israël, pardonnant à la femme adultère, man-

géant avec les publicains et les pécheurs pour les gagner à son Père, et d'autant plus attentif à les guérir de leurs plaies spirituelles qu'elles étaient plus profondes. C'était la miséricorde qu'il voulait et non le châtiment, et ce qu'il recommandait surtout à ses apôtres, c'était d'être miséricordieux à l'exemple de leur Père céleste.

» Je devrai donc, dans tous mes rapports avec le prochain, montrer une douceur qui ne se démente jamais, que n'altèrent ni les contradictions, ni les mépris, ni les outrages même ; et par là j'aurai le double avantage de pratiquer une mortification agréable à Dieu, en réprimant tout mouvement d'impatience, et de gagner k Jésus-Christ le cœur des autres par Tetfet de cette bonté qui ne manque jamais de triompher. Je mériterai enfin par là d'imiter celui qui se glorifie d'être doux et miséricordieux, patient et plein de compassion.

» A cette mansuétude de cœur est nécessairement lié l'amour du prochain, sans lequel on est violateur de la loi qui nous ordonne de l'aimer comme nous-même. Membres d'un même corps, qui est Jésus-Christ, nous devons nous chérir réciproquement, travailler sans cesse à noire sanctification mutuelle et à la réalisation de cet accord admirable qui excitait autrefois les transports du prophète, accord auquel sont attachées les plus abondantes bénédictions du Seigneur et les promesses de la vie éternelle. Avant de quitter ses disciples bienaimés pour remonter à son Père, Jésus voulant leur montrer toute l'importance du précepte de la charité, leur lava les pieds après le dernier repas qu'il prenait avec eux, afin, leur disait-il, que vous

appreniez à rendre à vos frères tous les services d'une charité sans bornes ; car si je vous ai lavé les pieds, moi qui suis votre maître et votre Seigneur, c'était pour vous donner Fexemplc et vous disposer à faire de même. Mes petits enfants, leur disait-il ensuite avec toute la bonté d'une mère pour des enfants tendrement aimés, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés : ce sera à cette marque que le monde reconnaîtra que vous êtes mes disciples. Et, sur le point de souffrir, ce qu'il demandait pour eux à son Père, c'était cette parfaite union qui devait les consommer dans l'unité.

)) Si donc je veux être un fidèle imitateur de Jésus-Christ, je dois aimer mes frères de toute la puissance de mes affections. Pour cela, je devrai sans cesse être disposé à leur rendre service ; j'aurai pour eux toute espèce de prévenance ; j'éviterai avec une attention minutieuse tout ce qui pourrait les froisser, et je les consolerai dans les chagrins qu'ils auront. Au séminaire, j'aurai pour tous mes frères une grande bienveillance ; je donnerai des marques d'amitié plus grandes à ceux vers lesquels je me S3:itirai naturellement moins porté ; je m'efforcerai de leur être agréable en ce qui pourra leur être utile, et, comme saint Paul, j'effacerai mon caractère pour me faire tout entier au leur. Quand, pour m'acquitter envers eux des devoirs de la charité, il m'en coûtera quelque peu, j'en remercierai Dieu qui me procurera ainsi le moyen de rendre mon action plus méritoire à ses yeux.

» Mais j'irai, je l'espère, plus loin encore : je contribuerai par tous les moyens possibles à en-

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