‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 55 · II · texte numérisé non relu

II

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tretenir entre eux la paix et Funion. Je ne négligerai rien pour maintenir la bonne harmonie qui ne doit jamais cesser de régner parmi les élèves d'un séminaire. Par conséquent, je me garderai spécialement de toute parole légère ou imprudente; j'excuserai auiant que possible ceux contre qui on portera devant moi des accusations. En un mot, je me mettrai dans la disposition de sacrifier ma vie pour le prochain, s'il le fallait, afm de témoigner ainsi ma charité pour lui, comme Jésus-Christ nous témoigna son amour en se livrant à la mort avec joie pour le salut de nos âmes, et je méditerai souvent les caractères de la charité tracés parle grand apôtre : Charitaspatiensestj beniynaest.., omniasustinet,.., etc. » Ce n'est pas encore assez pour le chi'étien, pour le prêtre surtout, que cet amour du prochain en général : pour accomplir ce précepte en son entier, il faut que nous sachions non-seulement pardonner à nos ennemis, mais encore les aimer assez pour être prêts à leur rendre toute espèce de services. Lorsque je serai chargé de défendre les intérêts de Dieu devant les peuples , je dois m' attendre à rencontrer des contradictions. Je trouverai sans nul doute dans les ennemis de Dieu des ennemis de son ministre qui calomnieront mes intentions, qui chercheront à attirer sur moi la haine et le mépris. Un pardon généreux et complet sera ma réponse à leur malice ; j'aimerai à me dire comme Jésus en croix, quïls ne savent ce qu'ils font en persécutant celui qui n'a rien tant à cœur que de les rendre heureux, et j'offrirai, pour leur retour à la charité, l'amertume et les chagrins que leur conduite déversera dans mon âme...

)) Ce serait peu , ou plutôt ce ne serait rien d'être l'imitateur de Jésus sur quelques points seulement ; il me faut l'être en tout, mais particulièrement dans l'amour de la plus belle comme de la plus fragile de toutes les vertus. Bientôt Jésus- Christ s'immolera entre mes mains ; chaque jour il descendra dans mon cœur ; quelle pureté sans tache ne devra-t-il donc pas y trouver ! Avec quel soin minutieux ne devrai-je pas me garantir de la plus légère souillure, si je veux qu'il trouve ses délices à habiter en moi, pauvre et inûrme que je suis, lui qui ne souffre autour de son trône que des âmes toutes blanches de pureté. Je me rappellerai souvent que c'est aux cœurs chastes que la vision de Dieu a été promise, que les affections de Jésus les plus vives et les plus tendres s'épanchèrent sur le disciple dont l'âme angélique plus pure que la goutte de rosée qui repose au matin sur le calice des fleurs, n'avait jamais été même ridée par un souffle impur. C'est en raison de cette pureté qu'il lui fut donné, entre tous les apôtres, de reposer sa tête sur le cœur de Jésus , comme pour y puiser au foyer divin non-seulement l'amour de la chasteté, mais encore les saintes ardeurs qui depuis ne cessèrent de l'embraser pendant son long apostolat.

» Plus un trésor est précieux, plus nous devons employer de soins pour le conserver, surtout si à chaque moment des ennemis perfides et infatigables s'efforcent de nous le dérober. Afm donc d'obéir à l'Apôtre, qui nous dit en la personne de Timothée : Teipsum castiim custodi, je dois penser sans cesse à ce mot de Jésus-Christ : Vigilate.

Ainsi je tiendrai continuellement mes sens enchaînés ; comme Job, je ferai un pacte avec mes yeux pour qu'ils ne s'arrêtent jamais sur un objet dangereux/ Sachant quelles suites funestes la plus légère imprudence peut avoir en cette matière, j'éviterai les occasions même les plus éloignées, et puisque c'est dans un vase fragile que je porte le trésor de la pureté, j'éviterai constamment ce qui pourrait m' exposer aie perdre, et j'éloignerai sur-le-champ de mon imagination toute pensée qui ne serait pas entièrement chaste.

» Me rappelant que, d'après les saints Pères, l'humilité est la gardienne de la chasteté, et que, selon l'Apôtre, l'impureté est le châtiment de l'orgueil, je m'étudierai à avoir de bas sentiments de moi-même et à conserver dans toute sa force le sentiment de ma faiblesse.

» Mais, convaincu que je m'efforcerais vainement d'être chaste si Dieu ne me donnait de l'être, puisque la continence est un de ses plus précieux dons, j'aurai recours à une prière incessante qui, selon saint Grégoire de Nysse, est le soutien et l'appui de la chasteté. Je la demanderai à Jésus qui l'aima entre toutes les vertus. Je la demanderai par la Vierge chaste et bénie, qui dut à son exemption de toute souillure la grâce inefîable de porter dans son sein celui qui est la source même de la pureté. Pour me fortifier dans les combats que tout homme a à soutenir sur ce point, je me plairai à méditer souvent sur la beauté , la grandeur de ces âmes pures qui ont traversé les souillures de la terre comme le rayon de soleil qui pénètre dans les lieux infects sans y rien contracter d'im-

pur, et qui, dans le ciel, ont reçu de l'Agneau la robe blanche qu'elles porteront dans les siècles des siècles. »

C'est avec le plus vif regret que nous nous voyons forcé de supprimer de longs détails que nous Rimerions tant à reproduire. Citons cependant encore , pour en finir avec les Règles générales^ les expressions enflammées que le divin amour inspirait à notre fervent séminariste.

« ... Ce sera ainsi, ô mon Dieu, que je pourrai espérer de vous aimer, et c'est là, en dernier résultat, le but suprême auquel je dois tendre, le point vers lequel doivent converger tous mes efforts, tous mes actes et tout mon être. Aimer Dieu, me perdre, me confondre en lui , que pourrais-je vouloir autre chose? et que ne m'est il donné de chanter déjà avec les anges du ciel le cantique de l'amour I Mais en attendant que je fasse mon entrée dans ce lieu de délices, il faut que j'entretienne dans mon cœur les flammes de la charité. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu est en lui. Qui me séparera donc de l'amour de mon Dieu ? Les peines, les tribulations ? Mais n'est-ce pas par la souffrance que se prouve l'amour? Aussi ce sera dans mes délaissements, dans mes tristesses et mes aridités que j'enverrai vers mon Dieu des soupirs d'amour...

» Ce sera surtout par mes actions qu'il me faudra témoigner à Dieu mon amour , en les faisant toutes selon sa sainte volonté et toujours en sa sainte présence; A tous les instants, s'il est possible,

j'élèverai mon cœur vers lui, et quelquefois je lui dirai : 0 mon Dieu ! je veux désormais n'avoir de pensée que la vôtre. Vous êtes la portion de mon héritage, c'est donc à v^ous seul que je veux m'at* tacher pour jamai 3. Oh! non, je n'irai plus m'épuiser dans des courses insensées ; je ne m'éloignerai plus de l'ombre de vos ailes, afm de n'avoir rien à craindre de la fureur de mes ennemis. Je me repoH serai en vous seul comme l'enfant qui s'endort dans le sein de sa mère. Que pourrais-je chercher dans le ciel m hue, si ce n'est vous, ô mon Dieu ? Et sur la terre, que puis-je désirer, sinon votre possession? Aussi mon coeur baltra-t-il toujours d'amour à votre nom, et languira-t-il de désir tant qu'il sera condamné cà soupirer après vous sur la terre de l'exil. Je vous aime, ô mon Dieu ! oui, mon àme défaillit dans l'attente des embrassements de son bien-aimé !....

» Ouelle que soit la manière dont il vous plaira de me visiter, je resterai attaché à la vigne féconde qui verse la vie dans les rameaux qui ne se séparent point d'elle. Vous êtes cette vigne, ô mon Dieu ! vous me l'apprenez vous-même, et moi je suis le sarment qui, séparé de vous, ne peut ni vivre ni porter aucun fruit pour le ciel. Que je reste donc inébranlablement uni à vous, afm de n'être pas jeté aux pieds des passants, puis dans les feux de l'enfer. Mais que plutôt je reste en vous et vous en moi ; que je puisse porter des fruits de vie et trouver grâce aux yeux du père de famille, quand il viendra condamner les arbres stériles aux flammes éternelles. »

L'espace nous manque pour insérer ici les Règles particulières, et cette omission est encore pour nous la matière d'un amer regret. Rien de plus édifiant que la manière dont notre fervent séminariste se servait pour sanctifier tous les exercices de la journée. On voit qu'il était perpétuellement dans la présence de Dieu, et que sa belle âme ne cessait jamais d'être embrasée des flammes du céleste amour.

Sans doute c'est l'exécution d'un règlement et non la rédaction du règlement lui-même qui fait l'éloge de celui qui en est l'auteur. On peut faire à Dieu sur le papier les plus belles promesses et n'être pas fidèle à les accomplir. Mais nous ne serons pas démenti par les nombreux condisciples de notre pieux élève, en affirmant que la sainteté de sa vie était plus remarquable encore que les règles qu'il s'était tracées pour y parvenir. Quant à nous qui l'avons vu à l'œuvre dans l'exercice du saint ministère, nous sommes heureux de proclamer qu'il a réalisé, et au delà, tout ce qu'il avait promis. Prêtre modèle, il charmait et entraînait ceux-là même qui n'avaient pas le courage de le suivre jusqu'au sommet de la perfection où il s'était élevé, et nous éprouvons une vive jouissance en le faisant revivre dans ces pages qui surexcitent notre admiration, réchauffent notre piété et ravivent nos regrets.

Puissent nos séminaires se remplir d'élèves qui, comme celui-ci, soient l'espoir de l'Église, en attendant qu'ils deviennent ses fervents ministres et les zélés promoteurs de sa gloire !

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