C.-à-d. : je veux signifier par là
Ronsard, VI. 15
226 LIÛS MESLANGES
SONNET
Foudroyé moy de grâce ainsi que Capant-c ', O perc Jupiter, & de ton feu cruel Esteins nioy l'autre feu qu'Amour continuel 4 Toujours m'alume au cœur d'une flame obstinée, É ne vaut-il pas mieus qu'une seule journée Me dcspouille soudain de mon fardeau mortel, Que de soufrir toujours en l'ame un tourment tel [56 v 8 Que n'en soufre aus enfers l'ame la plus damnée? Ou bien si tu ne veus, père, me foudroyer Donne le desespoir qui me meine noyer, II M'elançant du sommet d'un rocher solitaire,
Puis qu'autrement par soing, par peine & par labeur, Par ennuy, par travail, je ne me puis défaire 14 D'amour, qui maugré moi tient fort dedans mon cœur.
SONNET
.Amour, tu semble au phalange qui point ^, Lui de sa queue, & toi de ta quadrelle ? :
fioiTioss : Mfslaitges {i" et 2' éd.) 155s ; réimpr. de Rouen, !?>". — Œhitw, (.\mours, i" livre) 1560.1 IS72 ; (id.,2' livre) 1578. — Retranché en 1)84. — Œuvres, recueil des Picccs roirancliccs, 1609 et éd. suiv. I. 60-jS Foudroyé moi le cors ainsi que Capance 5. 75 II vault mieux, ô grand Dieu, qu'une seule journce H-14. jS Traliy de la raison, je ne nie puis desfairc D'amour, qui maugré moy se campe dans mon cœur
1:ditions : Sîeslangfs (x" et 2* éd.) 1555 ;réimpr. de Rouen, iSî?- — Œuvres, (.\mours, i" livre) 1560 .i 1572. — Retranché en IS78. — Gùivres, recueil des Pièces retranchées, 1609 et éd. suiv.
1. Un dos sept chefs qui vinrent avec Polynice assiéger Thcbes ; fut foudroyé par Jupiter, dont il avait bravé le tonnerre. Cf. Suce,Tljèh.X, fin.
2. " lMi.i!an>;es . . . ce sont petites bcstcs infectes qui piquent les hommes .» la mort. & si la blessure n'est manifeste nullement. Nicaiidre en ses Thcriaqucs en dcscrit de neuf ou dix sortes » (note attribuée à .Muret). Ce début s'inspire en effet de Nicandre, Theriacii, vers 8 et 715 et suiv. \'oir ci-dessus la note du sonnet : Celuy qui hoil...
3. a Quadrelle est un pur mot italien non encor cognu entre les Franvois, qui signifie flèche » (note attribuée i Muret) .
De tous deux est la pointure mortelle, 4 Qui rempe au cœur, & si n'aparoist point.
Sans soufrir mal tu me conduis au point De la mort dure, &: si ne voy par quelle Playe je meurs, ny par quelle moùelle « Ton venin s'est autour de mon cœur joint.
Ceus qui se font saigner le pié dans l'eau. Meurent sans mal, pour un crime nouveau II Fait à leur roy, par traitreuse cautelle :
Je meurs comme eus, voire & si je n'ay fait Encontre Amour ni traison, ni forfait, 14 Si trop aymer un crime ne s'appelle '.
ODE
A Cassandre 2.
En vous donnant ce pourtraict mien
Dame, je ne vous donne rien :
Car tout le bien qui estoit nostrc [37 r°]
4 Amour des le jour le fit vostre
Que vous me fistes prisonnier,
Mais tout ainsi qu'un jardinier
Envoyé des presens au maistre « De son jardin loué, pour estre
7-8. éo-72 ny comme t,i cruelle Poison autour de mon ame se joint
Editions : Meshuges (i" et 2' éd.) 1555 ; réimpr. de Rouen, 1537. — Œuvies, (Odes, 5" livre) 1560 à 1587 et éd. suiv. Titre. 6o-8y Ode sans dédicace
1. Ce sonnet a été supprimé en 1578, probablement à cause du manque d'alternance des genres de rimes (masc. et fém.) entre le huitain et le sizain.
2. Si l'on rapproche cette ode des sonnets Le plus totiffu et Las! je ne me plains (tome IV, pp. 13 et 37), et si l'on en croit le poète, il aurait fait avec Cassandre Salviati échange de portraits.
Toujours la grâce desservant ' De l'héritier, qu'il va servant :
Ainsi tous mes presens j'adresse
la A vous Cassandre ma maistresse,
Conie à mon tout, & maintenant Mon portrait je vous vois donnant ^ :
Car la chose est bien raisonnable
16 Que la peinture ressemblable
Au cors qui languisl en souci Four vostre amour, soit voslre aussi.
Mais voyez come elle me semble '
20 Pensive, triste & pasle ensemble,
Portraite de mesme couleur Qu'Amour a portrait son seigneur ■«.
Que pleust à Dieu que la Nature
24 M'eust fait au cœur une ouverture,
Afin que vous eussiez pouvoir De me cognoistre & de me voir !
Car ce n'est rien de voir, Maistresse,
a8 La face qui est tromperesse,