INTRODUCTION XIII
On peut, toutefois, préférer l'autre date, d'abord parce que les vers 178 et suiv. semblent bien indiquer que la pièce fut écrite au printemps; ensuite, parce que dès le soir du 27 mars le Connétable écrivait à ses neveux que la paix était faite ; Henri II et sa Cour se trouvaient encore à Viliers-Cotterets, et Ronsard, qui s'y trouvait aussi très probablement, sut la nouvelle tout de suite; cependant une rupture était encore à craindre jusqu'au moment de la signature du traité, car elle avait failli encore se produire le 26 mars ; et cela suffirait à expliquer l'instance de l'exhortation adressée par le poète à son roi '.
La plaquette de La Paix contenait en outre deux pièces : la Bienvenue de Afg"" Je Conneslable et VEnvoy des chevaliers aux dames, dont la date de composition est aussi conjecturale.
Le Connétable A. de Montmorency, prisonnier en Belgique (à Gand, puisa Enghien et Aiidenarde) depuis la défaite de Saint- Quentin, avait été envoyé sur parole en octobre 1558 au camp d'Amiens auprès de Henri II, et celui-ci lui avait donné pleins pouvoirs pour négocier la paix à Cercamp. La mort de Marie Tudor, survenue le 17 novembre, interrompit les conférences à la fin de ce mois. Toutefois, avant de se séparer les plénipotentiaires convinrent que, dès ce moment-là, le Connétable pouvait II obtenir sa liberté contre rançon. Mais il dut rester encore deux semaines en Flandre, à Lille, pour en négocier le prix. Libéré sur parole après un premier versement, il partit pour la France le 16 décembre. Sur toute sa route il fut fêté, et le 21 il arrivait au château de Saint-Germain, accueilli avec joie comme un sauveur par la Cour, à l'exception de ses rivaux les Guises ^ — On pourrait croire que Ronsard composa la Bienvenue à ce moment" là, d'autant plus que, pendant les semaines qui suivirent son retour, le Connétable redevint tout puissant. Mais la seconde partie de la pièce ne permet guère de s'arrêter à cette hypothèse, car elle contient des preuves en faveur d'une date plus récente,
1. Cf. A. Je Ruble, Traité du Cdteau-Cambrésis, p. 26; Delaborde, Vie de Coligny, t. I, p. 562 ; Décrue, Anne de Montmorency, t. II, p. 226 ; Romier, op. cit., t. II, p. 345.
2. Cf. Romier, op. cit., t. II, pp. 300 et suiv., 320 et suiv.