Souvenir de Virgile, Georg., I
Et curvae rigidum falces conflantur in ensem.
no LA PAIX
D'un pris, ou d'un tournoy, mais afin que l'on s'ouste L'un à l'autre la vie, & afin que la mort
I20 Du foible combatant soit le prix du plus fort. Toutes mechancetez aux soldas sont permises, Du pauvre sang humain on baigne les églises, Le docte& l'ignorant ont une mesme fin,
124 La finesse ne peut servir à l'homme fin,
Ny les piedz au creintif : la cruelle arrogance Du fer ambitieux se donne la licence De vaguer impunie, & sans avoir cgard
128 A la crainte des loix, perse de part en part Aussi bien l'estomac d'une jeune pucelle ', Que celuy d'un enfant qui pend à la mamelle. Les vieillars de leurs litz tremblans sont déboutez *,
i}2 Et l'image de mort paroistde tous costez. Aucunesfois la peste, & la maigre famine ' Accompaignent la guerre : ainsi la main divine De trois verges punist le peuple vicieux
136 Qui s'arme de son vice & despite les cieux.
Mais au peuple réduit, qui recongnoist sa faute, Qui creint de l'Eternel la puissance treshaute, Il lui donne la Paix, & le rend plus heureux
140 Que jamais le Discord ne le fist malheureux.
118. 6-]--]S mais las! afin qu'on ouste | 84 texte primitif 121-1 }2. jj-jS gtiillemellenl cei vers {ji déjà les deux premiers) 121-176. S4-SJ suppriment ces cinquante-six vers.
1. L'estomac est mis ici pour la poitrine. Cf. ci-dessus, l'Exhortation au camp, vers ^o, l'Hymne de Charles card. de Lorraine, vers 29 et 669, et ci-après la Bienvenue, vers 25.
2. C.-à-d. : sont tirés, chassés. Cf. l'Hymne de Pollux (t. VIII, p. }io) :
Voulurent débouter de leur siège les Dieux. J. C.-à-d. la famine qui amaigrit. Cf. la pale mort r= la mort qui fait pâlir.
Adonques en repos les campaignes jaunissent, Toutes pleines d'espis, les fleurs s'épanouissent Le long d'un bas rivage, & plus haut les raisins
144 Aux somnietz des coutaux nous meurissent leurs vins. Le peuple à l'aise dort, les citez sont tranquilles, Les Muses & les ars fleurissent par les villes, La gravité se montre avecques la vertu,
148 Et par la sainte loy le vice est abatu.
Les navires sans peur dans les havres abordent, Avec les estrangers les estrangers s'accordent. Et s'entre-saluant arachent la rancœur
152 Que par une vengeance ilz se oortoyent au cœur. Venus avec son filz (elle de ses flameches, Luy enfant tout armé de trousses & de flèches) Errent parmi le peuple, & aux jeunes plaisirs
156 Des combas amoureux chatouillent noz désirs :
Amour comme une flamme entre dans noz courages, Il assemble les cœurs, il joinct les mariages, Fait dances & festins, & en lieu de tuer
160 Les humains, comme Mars, les fait perpétuer '. On ne s'éveille point aux eff^rois des allarmes, Le dos n'est point courbé soubs la charge des armes, On n'oit plus les canons horriblement tonner,
164 Mais la lyre & le luth doucement resonner Auprès de sa maistresse, & se nourir l'oreille Du son, & la baiser en la bouche vermeille.
141-142. jS Adonq' de bons espics les campagnes jaunissent, Parmy les prez herbeux les fleurs s'espanouissent 161. 7<? Personne ne s'esveille 165. ôj-'j^ Auprès de la maistresse | yS Auprès de l'amoureuse
I. Ce développement sur les bienfaits de la paix s'inspire peut-être de TibuUe, I, 10, 45 et suiv., comme celui de VExhortation pour la paix (cidessus, p. 25). Voir encore Stobée, Flor., section LUI.
112 LA PAIX
Puis de là, sans danger les ambusches se font
i68 Aux cerfs qui vont portant un arbre sur le front, Aux dains qui sont creintifz, ou de retz on enferme Le sanglier furieux qui cruellement s'arme ' D'une outrageuse dent, ou Ion poursuit au cours *
172 Le chevreul qui a mis en ses piedz son secours : On chante, on saute, on rid par les belles preries, On fait tournois, festins, masques, & mommeries J, Chacun vit sans contrainte & à son aise aussi,
176 Et du pied contre terre on foulle le soucy.
Mais pourquoy m'amuse-je à chose si petite. Quand les astres du ciel, &tout ce qui habite D'écaillé dans la mer, les grans monstres des eaux,
180 Tout ce qui vit en terre, &. les légers oiseaux
Qui pendus dedans l'air sur les vens se soutiennent Sont tous remplis d'amour, & par luy s'entretiennent 4 ? Quand pour trop abonder, les elemens divers
184 L'un à l'autre ont discord, tout ce grand Univers Languist en maladie, & nous montre par signe Qu'une hayne nouvelle oftence la machine. Car l'air qui la reçoit comme subtil et prompt
188 Se deult de telle hayne, & soudain se corrompt, Et en se corrompant, les terres il offence, \'ersant ores la tiebvre, ore la pestilence,
171. jS Contre un autre Adonis, ou Ion poursuit au cours 177. 7S-84 ni'amusay-je | Bl. m'amuser {texie de fantaisie) 177-202. 8j supprime us vingt-six vers
179-180. 84 D'escaillé sous la mer... & les plumeux oiseaux 188. S4 La boit & s'en imprime, & soudain se corrompt
1. Pour cette rime, v. ci-dessus rHvmjir de Charlei card. de Lorraine, p. 58, note du vers 534.