‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 3)Chapitre 20 sur 215 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

mariage de la fille aînée de Henri II, sont très révélatrices, autant que les « exhortations » de 1558, de sa fonction de poète royal. Leur auteur était-il bien le même qui, dix ans plut tôt, condamnait hautement les petites pièces monostrophiques si chères aux écoles précédentes ? Oui, c'était le même homme, qui, après avoir essayé d'imposer à la Cour ses goûts de poète érudit, s'était vu forcé de subir ceux de la Cour, et par conséquent de suivre, dans une certaine mesure, les traces de Clé' ment Marot et de Mellin de Saint-Gelais. Telle était la condition des gens de lettres au xvie siècle : leur succès, leur existence même restaient subordonnés au bon plaisir des princes, et leur œuvre devait se plier à l'esthétique, superficielle en somme, des gentilshommes courtisans. Aussi peut-on dire hardiment qu'à partir de 1558, et même avant, non seulement Ronsard, mais les meilleurs de ses émules et de ses disciples, sont devenus, sous l'empire de la nécessité, des poètes de Cour, tout comme Marot et Saint-Gelais, écrivant comme eux, dans un style plus relevé, il est vrai, des épîtres, des églogues, des poèmes officiels, des étrennes et jusqu'à des devises « pour les grands seigneurs ». La plupart des membres de la Pléiade auraient pu s'appliquer cette fin deVEglogue à Du Thier, qui date de 15 58 ou 1559 :

& des ceste heure là

Perrot laissa les bois & aux Rois s'en alla «.

Au demeurant, il n'y eut que demi-mal pour Ronsard à accepter cette part de l'héritage marotique, ou plutôt ce fut un mal pour un bien ; car, si la fantaisie des grands l'abaissait parfois à la mode des improvisations de courte haleine, si encore l'espoir et la reconnaissance des bienfaits le condamnaient à de perpétuelles flatteries, il n'eu est pas moins vrai qu'en passant du Collège à la Cour notre poète quitta sa raideur première, et que son stvle gagna du naturel, de l'aisance, de la clarté, sans perdre rien des fortes qualités qu'il devait à l'enseignement de

I. V. mon édition in-S" (Paris, Lemerre), t. III, pp. 427 à 438. Cette pièce reparaîtra au tome X de la présente édition, qui contiendra le Second livre des Meslanges de 1559.

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