‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 3)Chapitre 19 sur 215 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

moins pour cinquante ans, à la rivalité presque séculaire entre la maison de France et la maison d'Espagne-Autriche, et du même coup aux guerres d'Italie.

Dans ces opuscules Ronsard exprime les sentiments de crainte et d'espoir d'une Cour et d'un peuple à bout de ressources et de souffle, finalement l'enthousiasme que ce traité suscita en France, malgré l'abandon de presque toutes les conquêtes territoriales des régnes de François I^r et de Henri II. Seuls eurent à s'en plaindre les chefs de nos armées, qui virent avec douleur anéantir à peu prés le fruit de tant de labeurs; mais l'ensemble de la nation put enfin respirer. Au reste, à tort ou à raison, la dynastie des Valois avait désormais un autre souci, celui d'extirper l'hérésie calviniste, et d'arrêter la guerre civile qui grondait et qui devait se déchaîner jusqu'à l'avènement des Bourbons au pouvoir suprême.

Un autre intérêt de ces opuscules concerne plus particulièrement la personne de Ronsard, qu'ils montrent en plein office de poète de Cour, glorifiant le roi, les chefs d'armée et les ministres, tout en déplorant leur indifférence ou leur ingratitude à son égard. Son patriotisme y éclate déjà, autant que le soin de son avenir, et le rôle qu'il jouera durant la guerre civile se devine aisément à cette seule lecture. Notamment 1' « hymne » et sa « suite » qu'il consacre au cardinal de Lorraine sont tout à fait caractéristiques à la fois de son sentiment national et de son ambition personnelle. On le voit en outre, dans les pièces que réunit la dernière plaquette, partagé entre deux sentiments contraires, celui de la joie que lui inspire le mariage tant désiré de sa protectrice la princesse Marguerite, sœur de Henri II, avec le valeureux duc de Savoie, et la tristesse qu'il éprouve à la voir s'éloigner de lui, elle en qui résidait son plus ferme espoir. Le « chant pastoral » qu'il lui consacre, tout en imitant certaines églogues funèbres de VArcadia de Sannazar, exhale des plaintes d'une indéniable sincérité, et je ne connais pas de plus poignante élégie.

Enfin les « inscriptions » en quatrains indépendants pour comédie-ballet, que Ronsard a composées à l'occasion du

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