DE TRESILLUSTRE PRINCE CHARLES CARDINAL DE LORRAINE
PAR P. DE Ronsard.
J'aurois esté conceu des flotz de la marine,
En lieu d'un cœur humain j'aurois en la poitrine
Une masse de fer, j'aurois encor' esté
4 Du lait d'une tygresse ez forestz alaité :
Je n'aurois sentiment non plus qu'une colonne, Je serois un rocher que la mer environne : Et bref, je serois né sans âme & sans raison,
8 Si je ne te chantois & toute ta maison.
Mon Charles, mon Prélat, mon prince de Lorraine,
Esprit venu du ciel, pour supporter la peine
Et le faix des François, quand la France & le Roy
12 Avoient si grand besoing d'un tel Prince que toy.
Éditions. — Hymne de tresillusiie prince Charles cardinal de Lorraine, plaquette, 1559. — Œuvres {\ss Hymnes, i" livre) 1560 à 1587.
Titre 78-S7 L'Hymne de Charles cardinal de Lorraine {sans plus). 2. j8-Sy Un roc en lieu d'un cœur j'aurois en la poitrine 5-6. jS-Sj suppriment ces quatre vers 7. •/S-Sj Et j'aurois esté né sans ame & sans raison 9. jS-Sj mon Lauiier de Lorraine
11-12. yS-Hj Des François, quand la France & le Sceptre du Roy Appelloit 3. son ayde un tel Prince que toy
I. Sur ce personnage, voir les tomes I, p. 79, note; VH!, p. 47, note I, et p. 328.
Or' si des grands rochers les âmes non passibles ',
Et le dur estomac des arbres insensibles, [2 v°]
Et les fiers animaus, cruels hostes des bois,
16 Et ceus qu'on apprivoise à supporter noz lois, Ht des oiscaus pendants ^ les troupes émaillées, Et du père Océan les bandes écaillées T'hoiinorent à l'envi, & si les vents par tout
20 Répandent en soudant de l'un à l'autre bout Du monde les honneurs, dés la terre gelée Des Scythes englacés', jusqucs à la hallée Des Mores bazanés, & d'où nostre Soleil
24 Réveille ses grands yeux, & les donne au someil * : Moy à qui ta louenge eschaufe la pensée, Des fureurs d'Apollon sainement offencée, Que loing du peuple bas les Muses ont ravi 5,
28 Moy qui suis animé, qui respire & qui vy,
Et qui cil lieu d'un cœur dans l'estomaq ^ ne porte
I}. 60 nonp.tssiblcs (cm uti seul mol) 1 àj-Sj texte pi imitif 13-14. Sj les cstres non passibles fct les corps vcgetants des arbres insensibles