‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 4)Chapitre 22 sur 263 · PAR · texte numérisé non relu

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Waniofntoisy

A LA RO YNE.

Fac-similé du litre de la première édition.

Ronsard, XIII.

PAR Pierre de Ronsard

Vandosmois,

C'estoit au poinct du jour, que les songes certains Ne deceoyvent l'esprit, ny les yeulx des humains, Mais comme du hault ciel prophètes véritables 4 Viennent maintenant vrays, maintenant vraysemblables, Et sans tromper nos sens par une vanité Dessous un voile obscur monstrent la vérité ^.

Éditions : La Promesse..., plaquette, 1564. — Œuvres (non recueillie en 1567); (Elégies, 5= livre) 1571 et 1573 ; (Id., livre unique) 1578 à 1587 ; (Poëmes, 2° livre) 1604 et éd. suiv.

Titre. Ti-Tj Elégie à la Royne | "jS Discours {sans /lus) | 84 Elégie (sans plus) \ Sj Promesse {sans plus)

2. 6j-yS Ne decevoyent {et decevoient). Ct'l imparfait est une erreur typ. par dèplucement du v ; fai rétabli le présent, qui s'impose {cf. la variante de S4, ci-après).

2-5. S4-SJ D'un frtux imaginer n'abusent les humains, Par la porte de corne entrez en nos pensées, Des labeurs journaliers débiles & lassées : Songes qui sans tromper par une vanité

1. Brantôme a écrit en parlant de Catherine de Medicis : « Belles paroles et promesses... ne nianquoient jamais à la Reyne. Aussi M. Ronsard luy desdia lors l'himne {sic) de la Promesse » (éd. Lalanue, t. V, p. 125 et suiv.).

2. « C'est lorsque notre amc est moins attachée au corps et se promeine plus librement dans la cognoissance des choses futures : comme nous l'apprend Hippocrate au livre qu'il a fait des Divinations qui procèdent des songes » (n . de Marcassus).

Le songe est un moyen d'exposition qui était courautdans notre littérature médiévale. Ronsard en a usé plus d'une fois (v. par ex. t. X, pp. 357 et 566). Mais ce début, surtout la variante, s'inspire d'Homère, Od. XIX, 56osqq., ou de Virgile,/;»). VI, 899 sqq.

Ainsi que je dormois donnant repos à l'ame, 8 En songe m'apparut l'image d'une Dame, Qui monstroit à son port n'estre point de bas lieu, Ains sembloit à la voir sœur ou femme d'un dieu '. Ses cheveulx estoyent beaux, & les traicts de sa face

12 Tvlonstroyent diversement je ne sçay quelle grâce, Q.ui domptoit les plus -forts, & d'un tour de ses yculx Eust addoucy le cueur d'un Scythe furieux. Elle portait au front une majesté sainctc,

i6 Sa bouche en soubriant de roses estoit painctc : Elle estoit vénérable, & quand elle parloit Un parler emmiellé de sa lèvre couUoit : Elle avoit le sein beau, la taille droicte & belle,

20 Et soit qu'elle marchast, soit qu'on approchast d'elle. Soit riant, soit parlant, soit en mouvant le pas, Devisant, discourant, elle avoit des appasts. Des rets, des hameçons, & de la glus pour prendre

24 Les crédules esprits qui la vouloyent attendre. Car on ne peult fuir, si tosî qu'on l'apperçoit, Que de son doux attraict prisonnier on ne soit, Tant elle ha de moyens, d'engins & de manières,

28 Pour captiver à soy les âmes prisonnières.

Sa robbe estoit enflée à grans plis ondoyans Elle avoit en ses mains des ballons pleins de vents, Des sacs pleins de fumée, 6c des bouteilles pleines

32 D'honneurs &; de faveurs, & de parolles vaines. Si quelque homme advisé les cassoit de la main,

13. 71-Sj les plus fiers | j) &d'un \o\ix {erreur iyp. ; hi. suiv. corrigent)

14. Sy Eust appaisé la mer & serené les Cieux 23. 7^ De rets (erreur l\p. ; cd. suiv. corr.)

29-30. jS-Sy Sa robe estoit dorée à boutons par devant, Elle avoit en sa main (84-8^ ses mainsj des ballons pleins de vent

I. Souvenir de Virgile, En. I, 405 : Et vera incessu patuit dea.

A LA ROVNE

En lieu d'un ferme corps n'en sortoit que du vain. Telle enfleure se voit es torrens des valées,

56 Quand le dos escumeux des ondes empoullées S'enflent de tous costez des bouteilles ' qui font Une monstre d'un rien, puis en rien se desfont. Autour de ceste Nymphe erroit une grand'bande,

40 Q.ui d'un bruit importun toutes choses demande, Seigneurs, soldats, marchans, courtisans, mariniers, Les uns vont les premiers, les autres les derniers, Selon le bon visage, & selon la caresse

44 Que leur fait en riant ceste brave Déesse.

Elle allaicte un chacun d'espérance, & pourtant^ Sans estre contenté chascun s'en va content : Elle donne à ceulx cy tantost une accollade,

48 Tantost un clin de teste, & tantost une oeillade : Aux autres elle donne & faveurs & honneurs, Et de petis valets en fait de grands seigneurs. A son costé pendoit une grande escarcelle,

52 Large, profonde, creuse, où ceste Damoiselle Mcttoit cent mille biens, & les cachoit au fond : Seulement par dehors, comme les marchans font, En estaloit la monstre, à fin qu'on eust envie,

56 Voyant l'ombre du bien, de luy sacrer la vie'.

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