‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 4)Chapitre 222 sur 263 · A CHANTER SUR LA LYRE · texte numérisé non relu

A CHANTER SUR LA LYRE

pour l'avant-venue de la Royne d'Espaigne '.

Soleil, la vie & la force du monde,

Grand œil de Dieu ^ : Soleil père du jour,

Editions : Elégies, Masc. ei Bergerie, 1565. ■ — Œuvres (Mascarades) 1567 à 1587 et éd. suiVi

Titre. '/S-8'j ajoutent : à Bayonne

1. Pièce écrite à l'occasion de la rencontre de Catherine de Medicis et de sa fille Elisabeth, à Bayonne, au mois de juin 1365. Quoi qu'en ait dit le bibliograghe G. Brunet {Supplément du Manuel, II, 511), c'est la seule que Ronsard composa pour les fêtes de cette fameuse entrevue, qui eurent lieu du 14 juin au i^' juillet. J'affirme, en outre, que notre poète, invité par Charles IX à y participer, dut s'arrêter en route, à Bordeaux, d'où il se contenta d'envoyer ce chant de bienvenue. V. cidessus l'Introduction.

Quant au mot stances, qui figure au titre, Ronsard l'employait là pour la première fois. Il en usa souvent dans la suite, et l'on sait quelle fortune il eut chez les poètes du temps de Henri III, de Henri IV et de Louis XIII. E. Pasquier préférait le mot couplet, « qui est de nostre ancien estoc », à celui de stance, « que par nouvelle curiosité nous mandions sans propos de l'italien » (Rccb. de la France, liv. VII, ch. 7). P. de Laudun a consacré aux Stances, en son Art poétique français, qui est de 1597, un chapitre où cette variété de l'ode est assez bien caractérisée (liv. III, chap. 5).

2. Image fréquente chez Ronsard, à l'imitation d'Ovide, appelant le Soleil : Mundi oculiis {Met., IV, 228). Cf. t. XI, p. 66, vers 64 et suiv., et la note. — Marcassus, commentateur des Mascarades, est muet sur les sources d'inspiration de ces Stances. Michelet a prétendu que Ronsard s'y est inspiré des idylles de poètes espagnols, Boscan et Montemayor {Hist. de France, éd. Lemerre, t. XI, p. 520); mais il n'eu donne aucune preuve, et, de fait, je n'ai rien trouvé dans leurs œuvres qui pût justifier son assertion, sauf peut-être quelques phrases delà Diane sur le Soleil, la Lune, le Printemps et l'Aurore, qui sont d'ailleurs des lieux communs, hérités de l'antiquité gréco-latine. Cf. mon Ronsard poète lyr., p. 224.

Monte à cheval, & tire hors de l'onde Ton char qui fait pour nous trop de séjour, Haste ton cours, & en France accompaigne L'autre beau jour qui reluist en Espaigne '.

Lune, ornement & l'honneur du silence, Qui par le Ciel erres en cent travaux ^^ Retien la nuyt & arreste la dance Des Astres clairs conduitz par tes chevaux, Fay place au jour dont le bon heur assemble Filz, mère & fille & deux Sceptres ensemble?.

Il ne faut point qu'au jour de la venue Le Soleil luise, un autre jour viendra Qui de l'Europe esclaircira la nue, Et tout le monde en lumière tiendra.

Tant les vertus du filz & de la mère Et de la fille espandront de lumière.

O siècle heureux & digne qu'on l'appelle Le siècle d'or, si onque cii fut aucun, Où l'Espaignol d'une amitié fidelle [74 v°]

Aymé la France, & les deux ne sont qu'un ^ : C'est Un plaisir qu'en l'esprit il faut prendre, Le corps n'est pas digne de le comprendre.

i. La reine d'Espagtiè Klisabeth, qu'accompagnait le duc d'Albe, représentant son roi Philippe 11.

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