‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 4)Chapitre 233 sur 263 · SONET AU ROY · texte numérisé non relu

SONET AU ROY

Apres l'ardeur de la guerre cruelle Je voy fleurir le beau Siècle doré ', Où vous serez des vostres adoré, Pour la vertu qui vous est naturelle.

Cette vertu comme une fleur nouvelle Se monstre en vous, de tous bien honoré,

Editions : Elégies, Masc. et Bergerie, 1565. — Œuvres (Sonnets à diverses personnes, au 5' livre des Poèmes) 1567 à 1573. — Supprimé en 1578. — Reproduit dans le Recueil des F. R. en 1609 et éd. suiv.

6. yi des tous bien honoré (erreur typ. par déplacement de l's de biens I jj de tous biens honoré

plus tard, en mars 1565, le prénom d'Henri, en souvenir du père. Cf. P. Champion, Callierine de Med. présente... , p. 230. Voici ce qui se passa ensuite, d'après le témoin anonyme mentionné ci-dessus dans l'Introduction (p. XIII, n. 2) : « Quand ceste deuxiesme eut achevé, toutes trois (sic) ensemble reprindrent la dernière stanze avec une Basse contre, et après qu'elles eurent faict, on descouvrit [vers] le bout de l'autre canal de main droicte un Neptun tenant en la main un Tridant monté sur un char qui estoit trainé par quatre chevaulx marins, nageant de pareil artifice que les Sereines, et ce pendant qu'il venoit lentement on ouyt un concert [de] deux hault boys et une saqueboutte. Et comme il fut devant le Roy, le concert cessa, et il commença de reciter ces vers latins (suit une piécette signée Heurnay). Apres ces vers latins recitez, il recita ces vers françois (assignés à Ronsard) : Pour recompence d'avoir | Les tcmpestes sceu calmer | Et chassé par ton pouvoir | Les pirates de la mer | Qui gastoient de toutes partz 1 Ton rivage qui a veu I Toy, ta mère et tes soldars ] Les surprendre à l'impourveu : | Je suis le grand dieu des eaux | Neptune qui t'offre icy | Mon tridant et mes chevaulx | Mon char et ma mer aussi.

Les vers recitez, le Roy s'acheminant avant arriva près d'un grand rocher qui s'ouvrit à son arrivée de la mer, de l'ouverture duquel il apperceut une claire fontaine et au milieu une belle Nymphe assize sur une coquille de mer. Ceste Nymphe estoit un jeune chastré, ayant une des plus excellentes voix qu'on sauroit ouir, qui recita ces vers (suit le Sonet au Roy « pour la Nymphe de la Fonteine du logis de Mgr d'Orléans » qu'on lira ci-après, p. 254). Cf. Mélanges Lnnscii, p. 124.

I. L'âge d'or, si souvent chanté par R. à l'imitation des poètes grecs, latins, néo-latins et italiens. V. la pièce précédente.

MASCARADES ET BERGERIE l^î

Car on ne voit un Prince décoré

D'un corps si beau que l'âme n'en soit belle '.

Donques, mon Roy, si vous estes bien né, Si Dieu vous a un tel Sceptre donné, Si Mars soubz vous a perdu sa colère.

N'en soyez fier, mais gratieux & doux, Car ces deux biens ne viennent pas de vous, L'un vient de Dieu, l'autre de vostre mère *=.

SONET A MONSEIGNEUR le Prince de Condé '.

Qui a point veu, aux tristes jours d'hyver Froids & obscurs, la terre morne & sombre Pleine de nuit & d'une mauvaise ombre Où le Soleil ne se daigne lever ?

Celuy a peu la tristesse esprouver, De cette court toute pleine d'encombre.

Où les soucys aux coeurs volloient sans nombre Devant qu'on vist voz vertus arriver +. [79 v°]

Mais tout ainsi que le Printemps efface

Editions : Elégies, Masc. et Bergerie, 1565. — Supprimé dès 1567. — Reproduit pour la première fois dans la Rev. d'Hist. litt. de 1902 (t. IX, p. 444) et réuni aux Œuvres dans mou édition in-8 Lemerre, t. VII, P- ÎS9-

1. C.-à-d. : sans que l'âme en soit embellie (tournure venue du latin quiii et le subjonctif).

2. Leçon de modestie, que Ronsard a donnOe plus d'une fois aux Grands. Cf. t. I, pp. 82 et 89 ; VIII, p. 550 et suiv. ; IX, ppv 72 et 141.

}. Palinodie, ainsi que le sonnet suivant. Ronsard avait, en cft'ct, adressé à ce prince, chef des huguenots, une longue « remonstrance » durant la première guerre civile (v. le tome XI, p. 95 et suiv.).

4. Ces vertus que l'on revit à la cour de France en la personne du prince Louis de Condé après la paix d'Amboise, R. les précisera dans le tercet final V. la note suivante.

Romarâ, XIII. 16

Du troid Hyver les neiges & la glace, II Vous illustrés cette court de voz rays,

La reveillant de masques & d'alarmes :

Sans vous Amour avoit perdu ses traiz, 14 Et Mars sans vous avoit perdu ses armes '.

SONET A LUYMESME\

Prince bien né, quand le ciel t'anima Il te donna une ame promte & vive, Qiii dans le corps ne languist point oysifve, Non plus que fait celuy qui la forma :

L'honneste amour en tes yeux s'enferma, .Python sucra ta parolle nayve3,

Editions : Elégies, Masc. et Bergerie, 1565. — Œuvres (Sonnets à diverses personnes, au 5° livre des Poëmes) 1567 à 1575 (Id., à la suite des Amours) 1578 à 1587.

Titre. yS-Sy A Loys de Bourbon, prince de Condé, Madrigal. I. yS-Sy Prince Royal, quand le Ciel t'anima 5. Sy Q.ui dans ton corps

1. Condé, fait prisonnier à la bataille de Dreux en décembre 1562, avait signé la paix d'Amboise en mars 1563, et était rentré en grâce auprès de Catherine de Medicis, qui, pour lui enlever dorénavant toute velléité de rébellion, lui avait promis la Lieutenance générale du royaume et avait obtenu de sa plus belle demoiselle d'honneur, Isabeau de Limeuil, qu'elle lui prodiguât ses charmes. Puis Catholiques et Huguenot-;, réconciliés pour un temps, étaient allés ensemble reprendre Le Havre aux Anglais en juillet. Après la déclaration de la majorité du roi Charles IX à Rouen et un voyage en Normandie, la Cour était rentrée le i"' octobre à Paris, où elle resta jusqu'à la fin de janvier 1564. Puis elle partit pour Fontainebleau, où se déroulèrent les fameuses fêtes du Carnaval. Or, durant presque toute cette période, Condé suivit la Cour et prit une part brillante à ses réjouissances (festins, danses, mascarades et cartels) ; et c'est à son entrain, à sa galanterie autant qu'à sa bravoure que Ronsard fait allusion dans ce sonnet.

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