DE RONSARD
VANDOSMOIS,
^ LA I^OYNE,
Fac-similé du litre de la première éditiiii.
Quand le Soleil, ce grand flambeau qui orne De son regard le front du Capricorne, Retient plus court le frein de ses chevaux, Et paresseux n'allonge ses travaux,
Éditions : Plaquette (s. 1.) 156s. — Non recueillie dans les Œuvres de 1567 à 1587. — Œuvres (t. VIII, à la suite des Poèmes, Sonnets et. Gayetez), 1597; (Poëmes,2'' livre) 1604, 1609, 1617, 1625.
I. Cette pièce est une épître adressée à Catherine de Mcdicis pendant le grand voyage de pacification qu'elle fit avec ses deux fils aîiics à travers les provinces de France de mars 1564 (départ de Fontainebleau) à mai 1566 (retourà Paris). Pour la dater, on aurait tort de se fonder sur le début, car le pâle soleil du solstice d'hiver ne figure là que comme terme de comparaison avec le soleil de la Cour, le Roi, qui depuis son départ n'éclaire plus Paris que de très loin (vers 5r à 55). Pendant son absence les nuées s'accumulent sur la capitale et s'écoulent parmi les habitants sous la forme de nouvelles plus ou moins fausses (d'où le titre). — Il est vraisemblable que Ronsard attendit un certain temps pour renseigner la Reine mère sur l'état d'esprit des Parisiens. On sait qu'il accompagna la Cour à Bar-le-Duc, où il participa aux fctes du nouveauné de Cl.mde de France, duchesse de Lorraine, et revint .'i Paris tout de suite après (mai 1564). La Cour se rendit ensuite par Langres, Dijon, Chalon-sur-Saône, Maçon, dans la grande cité de Lyon, où Charles IX fit son entrée solennelle le ij juin et séjourna un peu plus de trois semaines, au milieu de fctes continuelles, jusqu'à l'apparition de la peste, qui l'en éloigna le 9 juillet. Le 16, la Cour arrivait dans la petite ville de Roussillon, où le roi s'installait pour un mois, au cliâteau du cardinal de Tournon, retenu par le bon air et surtout par la chasse, dont il était grand amateur. Or, étant données les allusions que contient l'épître de Ronsard, je conjecture que c'est là, plutôt qu'à Lyon, qu'elle parvint à la Reine mère. Il lui en adressa une autre à la fin de l'année, qui commence par Comme une mère ardente en son courage (cf. ci-dessus, p. 141).
Monstrant au monde une face loingtaine, Palle, deffaicte, inconstante, incertaine, Qui ne veult plus de rayons se peigner, 8 Mais faict semblant de vouloir desdaigner
Par une amour froidement endormie La belle Flore & la Terre s'amie ' :
Adonc l'hyver, que la jeune saison
12 Du beau printemps cnchaynoit en prison ^,
Vient deslier les superbes courages Des vents armez degresles & d'orages, Qui tout soudain comme frères mutins
i6 Frappent les monts, desracinent les pins,
Et d'un grand bruit à la rive voisine Flot dessus flot renversent la marine Blanche d'escume, & aux pieds des rochers,
2o Froissent, helas ! la maison des nochers,
Faisant bransler sur les vagues profondes Les corps noyez pour le jouet des ondes, [p. 4] Jettez après dessus le sable nu
24 Hostes puants du rivage incognu.
L'air cependant qui s'imprime des nues Forme en son sein des chimères cornues, Et comme il plaist aux grans vents de souffler,
28 On void la nuë estrangement s'enfler,
Représentant en cent divers images Cent vains portraicts de diff'erens visages. Qui du Soleil eff'acent le beau front,
32 Et sur la terre eftroyables se font :
30. éj, 97, 1604 à la rime images {erreur typ. ; i6ij et 162} corrigent)