Quand le Prince n'avance aux honneurs
1. Ce pluriel s'explique par le sens collectif du mot /«rtc (latinisme).
2. S.iint-Gelais, mort à la fin de 1558, fut d'abord l'adversaire de Ronsard à la Cour. La réconciliation entre les deux poètes eut lieu en janvier 15S5; elle semble bien avoir été sincère de la part de Ronsard, qui le reconnaît ici pour son précurseur dans l'ode.
5. Joachim du Bellay mourut prématurément le 1" janvier 1560, sans avoir obtenu la récompense de son œuvre poétique.
A TRESILLUSTRE PRINCE CHARLES 2"
(>omme venant du ciel par vengeance divine, Tousjours dans le Royaume arrive ou la famine, La peste, ou le mal-heur, ou la guerre y prend lieu 220 Pour n'avoir honoré les Ministres de Dieu.
Je pensois, ô Prélat, qui n'as point de semblable. De qui l'esprit est vif, ardent, & admirable, Que vous seriez fauteur de ce trouppeau divin :
224 Mais Phebus en cela me feit mauvais devin. Puis qu'en vostre présence & devant vostre veuë Geste innocente trouppe est de vous desprouveuë.
Vous direz pour défense. Hé, mais qui est celuy
225 Pour lequel je doibs prendre & travail & ennuy, Moy qui suis eslevé en dignité si grande
Qu'après ou deux ou trois aux plus grands je commande: Comment d'un tel gallnnt me pourroit souvenir,
252 Qui Prince ne suis nay sinon pour retenir
Les magnificques noms d'un Seigneur ou d'un Prince : Et comment vouldroit-on que le nom je retinse De ce gentil Ronsard, comment pourrois-je bien
2\b Me souvenir de luy pour lui faire du bien, Entre cent millions d'aflaires qui surviennent ? Les unes le matin, & les autres me tiennent [12I
Toute l'apresdinée, et les autres le soir,
240 Si bien que je ne puis tant seulement avoir
Une heure de repos pour penser de moy-mesme, Tant le faix de ma charge en labeur est extrême.