‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 5)Chapitre 2 sur 425 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

ventée au \aie siècle et recueillie par les chroniqueurs du moyen âge comme une vérité historique '. Il pensait avec certains rhétoriqueurs, tels que Guillaume Crétin, Jean Bouchet, et surtout Jean Lemaire, qui était alors un de ses auteurs favoris, que c'était glorifier sa nation que de lui donner une origine Troyenne, comme Virgile l'avait fait pour les Romains : illusion chez ces historiographes,quidetrès bonne foi, se croyaient des historiens, défaut de sens critique chez Ronsard, comme, d'ailleurs, chez tous les imitateurs fanatiques de l'antiquité renaissante, ou plutôt reconquise'.

Donc, dès 1549, quelques mois après la publication de la Deffence, Ronsard, en son Hymne de France, faisait des Français les descendants légitimes d'Hector, le plus célèbre des fils de Priam, roi de Troie ', et dès avril 1550, en son Ode de la Paix, il esquissait par la bouche prophétique de Cassandre, fille dudit Priam, les grandes lignes de sa future épopée, et révélait le noin de son héros, Francion4. Enfin dans son Cinquiesme livre des Odes, publié en septembre 1552, il faisait connaître le titre de l'œuvre elle-même : à ton retour d'Italie, disait-il à son ami Cl. de Ligneri, tu me confieras tes impressions de voyage.

Et par moy te sera chante

Ma Franciade commencée,

Si Phebus nourrit ma pensée 5.

1. Cf. E. Faral, Légende Arthurienne (Paris, Champion, 1929), I, pp. 262-293, appendice I : Comment s'est formée la légende de l'origine Troj'enne des Francs, j'ai jadis fait remonter cette légende au poète Sidoine Apollinaire (v. mon tome III, p. 9, note); mais il n'avait fait qu'une allusion à l'origine de ses compatriotes d'Auvergne (E/'/.î/., VII, 7). Sur l'histoire de la légende, voir ci-dessous, Au lecteur, note 14.

2. Peut-être fut-il aussi poussé dans celte voie par son compatriote René Macé, successeur de G. Crétin comme historiographe de France ; v. l'ode qu'il lui adressait vers 1545, au tome I, p. 265.

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