INTRODUCTION XXI
Mais on continue à croire, comme Ronsard, qu'une épopée est nécessaire pour illustrer une littérature et suffit à illustrer un poète ; d'autrepart, qu'on peut et qu'on doit l'élaborer artificiellement à l'aidede règles et de procédés ou ressorts, pris dans les œuvres d'Homère et de Virgile. D'où le nombre considérable de poèmes épiques en France au xviie siècle : les uns consacrés à des personnages de l'histoire nationale, tels que VAlaric de Scudéry, le Clovis de Desmarets, le Charles Martel de Carel de Sainte-Garde, le Cbarleinagne de Le Laboureur, le Saint Louis du P. Lemovne, la Pucelle de Chapelain • ; les autres tirés des Ecritures Saintes, tels que le Moïse sauvé de Saint-Amant, le David de Lesfargues, \t Jouas de Coras, le Saint Paul de Godeau, la Marie-Madeleine de Desmarets, déjà nomtné. Autant d'oeuvres manquées et froides, faute d'enthousiasme plus encore que de talent, et, comme dit Chamard, « autant de cadavres qui jonchent certains coins désolés de la poésie classique » *. Toutefois il faut reconnaître que, si à certains égards tous ces poèmes sont un « malencontreux héritage de Ronsard et de sa Franciade », la plupart de leurs auteurs, notamment Desmarets, ont réagi contre l'emploi du merveilleux païen et lui ont substitué le merveilleux chrétien, au grand scandale de Boileau, qui, malgré ses préventions contre Ronsard, revenait à sa poétique, en préconisant pour le genre de l'épopée la mythologie gréco-latine uniquement. Sans parler de leurs plaidoyers pour la couleur locale et la pein-
encore en 1665, laisse venir Francion en Gaule chezRémus, 22' roi des Gaulois et dernier représentant de la race d'Hercule. Quant au roman de Sorel, l'Histoire comique de Francien, il n'a aucun rapport avec le poème de Ronsard.
1. Au xvin° siècle encore, Voltaire dans sa Henriade a suivi certains principes et procédés de Ronsard, quoiqu'il ait écrit joliment dans son Essai sur la poésie épique : « 11 faut courir dans la carrière et non pas s'y traîner avec des béquilles ».
2. Histoire de la Pléiade, t. III, p. 142. — Sur ces épopées, voir J. Duchesne, Histoires des poèmes épiques français du XVII' s. (thèse dç Paris, 1870). — C'est sans doute à leur sujet que le satirique anglais Swift a donné vers 1700 une spirituelle « recette pour faire un poème épique », dans son Art de ramper en poésie, chap. XV (citée par H. Rigault. Querelle des Anciens et des Modernes, Paris, Hachette, in-8, p. 339 et suiv.).