LIVRE II
Et le pria de garder telle armeure Contre la mort assurance tres-seure.
Quand le Troyen, au combat animé,
1220 De teste en pied fut richement armé,
Le bon Dic«e en secret le conseille, Et loin à part luy sacoute en Toreille ' : Si de fortune, hoste troyen, les cieux
1224 De ce meschant te font victorieux.
Et qu'à tes pieds tu l'abates à terre, Tranche luy tost la veine qui luy serre Le mol talon : de telle place sort,
1328 Non d'autre lieu, la cause de sa mort ^.
Tandis là haut Jupiter, qui ordonne
pavois nombrilleux et houpé, Rond, large, dur, rampart de la personne, Q.ue meinte frange à l'entour environne. Il fut après à sa cuisse arrangeant Sa bonne espée au manche fait d'argent, Bien afilée, à la trampe bien dure, Qui luy pendoit d'une large ceinture, Ceingnit sa dague, afubla son arniet. Puis en l'arçon d'un saut léger se met, Pressant le dos d'un bayard, qui derrière Laissoit le vent quand il passoit carrière. Corne il prenoit la lance dont le fer Frais-emolu s'esclatoit dedans l'air,...
Ces vers furent supprimés dès l'édition princeps, et remplacés alors par les quatre vers ci-dessus (1217-1220).
1217-18. 87 Et le pria pour eterne mémoire De le garder bien cher en son armoire
1220. S y fut seurement armé
1222. On lit dans tous les textes, sauf dans le ms. de Berlin et la copie De Thou, s'acoute. J'ai corrigé d'après les dictionnaires.
1227-28. P Auprès du nerf le talon : de là sort Non d'autre part la cause de sa mort
1227. y8-8j de telle veine sort
1228. 7^-84 la source de sa mort | 87 texte de 72
1. C.-à-d. : lui dit en s'approchant. Sacouter est un vieux mot qu'on trouve dans Villon et au delà (cf. Dictionn. de Godefroy). Marty- Laveaux, dans son Lexique de la Pléiade, cite des exemples de Baïfet, au tome IV de son éd. des Œuvres de Baïf, p. 464, note 120, traduit le mot sacoutement par « confidence faite à l'oreille », renvoyant à Ant. Oudin, Recherches italiennes : « Saccouter, parlar ail' orecchia ».
2. Cf. les vers iO}i etsuiv. Phovère est vulnérable au talon, comme Achille.
Rtnsard, XVI, — fi. 11
158 LÀ FRAKCIADE
Les faicts humains, la victoire te donne ' :
Jà dans le ciel est fille par Clothon 1252 Qui de vous deux doit aller chez Pluton^. —
Ces champions enflammez de colère,
Icy Francus, de l'autre part Phovere
Plus que devant en arme^ fiers & grands, i2}6 Donnans l'esprit aux. chevaux par les flancs ',
D'un masle cœur l'un sur l'autre couchèrent.
Et leurs escus rudement embrochèrent.
Du coup donné le rivage trembla, 1240 Le mont frémit, le fleuve se troubla :
En mille esclas les pointes asserées
Furent toucher les estoilles dorées.
Dedans les mains leur restoit le tronçon, [94]
1244 Qu'eulx bien fermez 4 & roides en l'arçon
De recourrir encore s'avisèrent,
Et leurs pavois par le milieu brisèrent.
123 1. 8"] Bien que desja soit filé par Clothon
1235. T^-S^ D'armes, de force (54 taille) & décourage grans | 8"] Tous deux de garbe & de courage grans
1237. PA coup d'espron Fun sur l'autre couchèrent
1238. /j-iÇ^ Et leurs pavois
1237-38. 8"] D'un tnasle cœur au combat s'eslancerent, Et leurs harnois rudement enfoncèrent
1240. i?7 La mer frémit, l'arène se troubla
1241. P Et des deux bois les pointes acérées
1242. 7^ les voûtes etherées
1241-42. yS-Sj Et par esclats les lances acérées Furent toucher les voûtes aitherées (et etherées)
1243. P le trançon
1246. P Et leur pavois | 7^-84 Et leurs escus 1243-46. 87 supprime ces quatre vers