LIVRE
A jour ouvert le pavois se cassa,
1248 Ainsi que glas le tronçon se froissa ',
Et d'un tel heurt leurs échines courbèrent Que les destriers sur la croupe tombèrent, Tant d'un grand coup ils s'allèrent choquant :
I1252 Puis, jusqu'au sang leurs chevaux repiquant,
Haussant la bride, en fin les relevèrent, Et de la main leurs coutelas trouvèrent, Bien aiguisez, qui de l'arçon pendoient,
11256 Et de leur trempe un harnois pourfendoient ^.
f Dessous le fer sifflant comme tempeste,
Ores leur joue, ores sonnoit leur teste, Ores la temple'. Un coup qui l'autre suit,
1260 Greslé menu, faisoit un pareil bruit
Que les béliers qui sur les fleuves congncnt Des paux aigus 4, quand les ouvriers besoiignent
1247-48. P Le bois collé en cent pars se cassa, En mille esclats le trançon se froissa | 7S~^4 ^ ']°^^ ouvert la targe se cassa. Comme un glaçon le tronçon se froissa
1249. -P Et tellement leurs eschines
1251. P tant d'un grand heurt 1247-51. 8y Tant fut leur bras vigoreux & nerveux Que sur la croupe
en arrière tous deux Comme arcs voûtez longuement se courbeient, Et leurs chevaux sur les genous tombèrent Comme Béliers qui vont s'entre-choquant
1252. Sy leurs destriers repiquant
1256. P profendoient | Sy Et de leur trenche un acier pourfendoient Après le vers 12^6 du texte primitif P ajoutait: Tantost tournant leurs
coursiers à la dextre, Tantost en long, tantost à la senestre Comme incensez de rage et de courroux De çà de là se marteloient de coups.
1260. Manuscrit de Thou et Sj gresle {cf. vers 691).
1260. P tombant faisoit tel bruit | y8-8j descendoit d'uu grand bruit
1262. P Les pauli aiguz
1. Le mot glas = glace. Déjà vu au t. IV, p. 156. Cf. verglas.
2. Note marginale en 1587 : « L'autheur arme ces deux Chevaliers à la mode de nos gendarmes françois, la lance en la main, la coutelace ou la mace à l'arçon, et l'espée au costé. »
J. C.-à-d. la tempe. Cf. t. VIII, p. 305.
4. C.-à-d. des pieux au bout pointu, sur lesquels cognent des masses de fer nommées béliers.
l60 LA FRANCIADE
Pour faire un pont ou pour le racoutrer.
1264 Coup dessus coup le bélier fait entrer
Le bois piqué : dessous le choq qui tonne, Le creux rivage & le fleuve en resonne. Eux, tournoians & se suivans de près,
1268 Versoient des coups plus que la nege espais,
Q.ui ne tomboient, soit de pointe ou de taille, Sans donner ample ouverture~à la maille, La dénouant, rompant & décrochant. [95]
1272 Acier ne fer à leur glaive trenchant
Ne peut durer, ny boucle ny couraye, Tant de leur main est horrible la playe'. Du bon Troien le cheval fut adroit,
1276 Qui sans fraieur tournoit en tout endroit,
Et la cavale en crainte estoit frapée, Oyant l'horreur du sifflant de l'espée.
Pource Francus en parant évitoit
1280 Comme il vouloit la touche qu'il doutoit ^,
Et le grand corps ne trouvoit l'avantage De le fraper corne il avoit courage.
12S9-66. 7 j supprime ces huit vers | yS-Sj remplacent les six derniers
par ce distique : Comme les fléaux qui resonnent en l'aire, Frappant' les
dons de nostre antique mère
1268. On lit dans P et "ji Versans (Jd. suiv. corrigent)
1267-68. 75 Si que frapant & se heurtant de près Versoient des
coups plus que la neige espais | /S-S4 Eux tournoyans & se suivans de
près Versoient des coups plus que la gresle espés
1274. P Tant de leur dextre 1267-74. 8y supprime ces huit vers
1275. P De ce Troyen
1277-78. 75' Et la cavale avoit l'ame frappée De peur, oyant le siflet de l'espée | jS-Sj texte de y 2, mais en 84-87 i'effroy remplace l'hoircut 1281. P Et le Gean ne trouvoit l'advantage 1279-82. 7)-Sj suppriment ces quatre vers
1. Le mot playe = coup (du latin plaga); de même plus loin, vers 1584 et 1404.