LIVRE II
Il le tourmente, il le tourne, il le vire,
Le choque, heurte, & d'un bras bien tendu 1452 Le tient en l'air longuement suspendu :
Puis du genou les jambes luy traverse.
Et le fit cheoir tout plat à la renverse.
Le dos imprime, en tombant de son long, I 36 La poudre mole. Ainsi tombe le tronc
D'un grand sapin bronché d'une montagne ',
Qui de son corps imprime la campagne.
De bras, de teste & d'ongles bien crochus [ici 1440 Cent fois essaie à se remettre sus.
Se debatant, mais en vain il s'efforce,
Car du Troyen la vigoreuse force
Tient le genou comme victorieux 1444 Sur l'estomac, le poignard sur les yeux.
Trois quatre fois, de toute sa puissance
1430. 8-] II le soulevé
1431. P et d'un nerf bien tendu | <?7 et d'un bras estendu
1432. P surpendu (s(c)
1454. On lit bien fit sur P et en 72-7J, fist en J8-84, en dépit du contexte (où fous les verbes sont au présent narratif) et de cette variante de Sj Et de biaiz le vire à la renverse
1435-36. P La poudre molle imprimant de son long Avecq' un bruit
1435. 7^-84 Phovere imprime en tombant de son long
1437-38. 78-84 Qu'un vent abat du haut de la montagne, Qjui tout à plat s'estend sur la campagne
1455-58. 87 allonge ainsi ces quatre vers : Phovére imprime en tombant de son long Le mol sablon : comme bronche le tronc D'un Chesne, oracle es forests de Dodonne, Quand un torrent ou la gorge qui sonne Uu vent l'abat de maint soufle bruiant. Quittant leurs nids les oiseaux en criant Volent autour, courroucez qu'on leur oste Le verd logis de leur ancien hoste. Ainsi tomba Phovére tout à plat, Faisant un bruit aussi haut que l'esclat Qui rompt la nue, & du son des tempestes Fait peur aux cœurs des hommes & des bestes
1459. ^7 ^^ ^""^s nerveux & d'ongles
1444. PSur le stomac le poingnard sur les yeux
1. Bronché =: abattu ; encore ci-après, vers 1468. La comparaison vient d'Homère //. XIII, 589 sqq., ou d'Apollonios, Arg. IV, 1682 sqq., ou de Virgile, En. V, 448 sqq.
lyO LA FRANCIADE
L'avoit frappé, quand il eut souvenance
Que le trespas de ce cruel félon 1448 Estoit enclos aux veines du talon.
Pource il se tourne, & promptement assené
L'endroit certain où tressailloit la veine.
Du fer poignant coup sur coup la chercha, 1453 Et veine & vie ensemble luy trencha.
Le sang qui sort d'une vive secousse
Bien loin du corps rendit la terre rousse
A longs filetz. Ainsi que d'un conduit 1456 S'eschape l'eau qui jallissant se suit,
Et d'une longue & saillante rousée
Baigne la place à l'entour arrosée,
Ainsi le sang bouillonnant s'en alla, 1460 Avec le chaud son ame s'envola,
Palle d'horreur & de despit suivie,
De perdre ainsi la jeunesse & la vie.
Ce corps tout froid & aftVeux se roidit : 1464 Comme un glasson l'estomac luy froidit.
Et de ses yeux l'une & l'autre prunelle
Ferma son jour d'une nuit éternelle,
N'estant plus rien d'un tel tyran, sinon [^02]
1468 Qu'un tronq bronché difamé de renom.
1453. 7j-^7 d'une rouge secousse ■ 1457-58. P Et d'une rare et petite rousée Rend tout autour la campagne arrousée | yS-8y Et d'une longue & filante rousée Baigne la terre à l'entour arrousée
1460. yS-Sj Et par le sang son ame s'escoula
1461. P Palle d'horreur, de despit et d'envie | 7; D'horreur, d'angoisse & de rage suivie | y8-8j D'horreur, de rage, & de chagrin suivie
146}. P Le corps
1464. P le stomac luy froidit | /j-Sy graphie un glaçon
1468. P Un corps bronché sur la terre, sans nom \ 7/ Un corps boufi diffamé de renom
1467-68. y8-Sy N'estant plus rien de Phovére sinon Qu'un tronc bronché, sans face ny sans nom