LIVRE II
Puis tout soudain, comme deux toreaux font,
1392 Rentrent de piez, & de bras, & de front,
L'un contre l'autre. Une horreur, une rage, Un fier despit flamboyé en leur visage, Tantost petits, tantost ils se font grands,
1396 Tantost courbez, tantost à demy flancs,
Dessus la jambe ores gauche, ores dextre, Contre-avisoient où le coup pouvoit estre Mieux assené, mais point ne se trompoient,
1400 Car tout d'un coup ils paroient & frapoient.
Francus luy jette en l'œil droit une pointe : L'autre appuyant sur sa dague bien joincte L'espée en croix, loin de l'œil repoussa
1404 La playe au vent & le bras luy blessa.
Le sang coula de cest enfant de Troie, Vermeil ainsi qu'est une rouge soie Que la pucelle arrange avecques l'or •8 Dessus la gaze, ornement d'un trésor.
Ou tel que fut de la playe Adonine Le sang fardeur de la roze pourprine " : Mais pour cela ne perdit la vertu, [100]
1412 Armé de cueur & de glaive pointu.
Le suit, le tient, l'importune & l'aproche, Comme les flots qui frappent une roche. Luy, qui le corps de naissance avoit dur
1416 Plus que métal ou le marbre d'un mur,
Comme rusé, par longue prévoyance,
1408. P sa gaze
141 3. P L'environnant l'importune
1417. P Sans plus, ruzé
I, Cf. l'élégie sur la mort d'Adpnis, t. XII, p. 123.
l68 LA FRANCIADE
Gardoit sa veine afin qu'on ne l'ofFence'. Francus, qui vit que c'estoit temps perdu
1420 D'avoir sur luy tant de coups despendu,
Ainsi qu'une aigle en roideur qui se laisse Caler à bas 2, ouvrant la nue espaisse Dessus un cygne arresté sur le bord :
1424 Ainsi doublant effort dessus effort
Sur le grand corps s'eslance de rudesse Adjoustant l'art avecques la prouesse :
Soubs luy se rue & de près l'attacha,
1428 La gauche main à son col accrocha,
Et de la dextre en contrebas le tire.
1401-18. 7)-S4 suppriment ces dix-huit vers et les remplacent par un simple distii]ue : 7 j" et -jS Chacun gravant au but de sa mémoire Le chaut désir de gaigner la victoire | -^'^ Tous deux gravant au mieux de leur mémoire Le souvenir de ravir la victoire | 84 Tous deux gravant au fond de leur mémoire Le chaud désir de gaigner la victoire
1589-1418. 5/ En fin mattez de sueur & de peine, En haletant vont ramassant l'haleine De l'estomac que les poulmons poussoient, Et toutefois ils se remenassoient, Chauts de cholere, & d'une ardeur ferine Qui bouillonnoit au creux de leur poitrine. O gloire humaine, est-il rien qu'un bon cœur N'endure, à fin de se faire veinqueur! Lors desgainant leurs flambantes espées Q.ui descendoient ,i ceintures houppées Le long des flancs en des fourreaux brodez, Se sont encore au combat hazardez, Comme Toreaux (quand la saison nouvelle Les appétits de Venus renouvelle) Se vont tuant & navrant pour l'amour : La jeune troupe est muette à l'entour Q.ui les regarde, ignorant qui doit estre D'un tel Duel le veinqueur & le maistre
1419-20. 'J)-Si Francus voyant que le jour luy failloit Et que sa main pour néant travailloit
1421. P Ainsi q'un Aigle {sic') \ "j^^ un ] jS-S-j Comme un Gerfaut qui de roideur se laisse
1422. On lit à la rime espesse (éd. suiv. corrigent)
1425. 7;'' lioste voisin du bord | yS-Sj amusé sur le bord 1425. 8y D'un corps ployé s'eslança de rudesse 1427. 8j & de près l'approcha
1. C.-à-d. : qu'on ne la heurte et blesse (sens propre du latin offendere). Il s'agit de la veine de son talon. Ferin = sauvage.
2. Ainsi qu'un aigle qui se laisse avec raideur tomber à bas (en ce sens, caler tsx un terme de marine). Le mot aigle était alors du féminin, comme le latin aquila.