LIVRE III
Adonc Hyante à sa sœur parle ainsy : [106]
12 Mais d'où me vient, chère sœur, ce soucy
Que ma raison a perdu sa puissance ?
due mon penser d'un autre prend naissance Sans me résoudre et qu'un nouvel esmoy
16 Me ravist toute et chasse hors de moy !
Je ne tien plus de mon cœur que l'escorce, Dedans s'y loge une puissante force Que je ne puis ny penser ny nommer,
20 Si ce n'estoit le mal qu'on dit aimer.
Je songe assés pour les causes aprendre De mon travail et ne les puis comprendre : Bref je n'ay peu ny boire ny manger,
24 Depuis le jour que j'ay veu Testranger,
Toujours pendue en sa blonde jeunesse D'œil ou d'esprit : maugré moy je confesse N'avoir jamais senty telle douleur
28 Qui me fait perdre et sommeil et couleur.
Depuis un jour je suis toute esperduë Me consommant comme neige fondue, Ah je me meurs ! mon mal pourtant me plaist
52 Et ne puis dire en quelle part il est :
Sans s'arrester mon esprit est volage :
12. 75" mon soucy | 75'' Ma chère sœur, d'où me vient ce souci [ jS-Sy D'où vient, ma sœur, que je suis en soucy
15-16. 7]-S4 Que je m'esgare (75'' me perds), & qu'un nouvel esmoy Me ravit toute & m'envole de moy | 8j Que je m'oublie & qu'un nouvel esmoy Me trouble toute & m'en-vole de moy