AVEC PRIVILEGE DV ROY
Fac-similé du titre de la l>renii?re édition.
Dans la Franciade «f»; IJJ}, le titre porte :
Reveuë, corrigée et augmentée et dans les Œuvres de ijjj ;
Reveuë, et corrigée de nouveau.
Ronsard, XVI. — i.
Extrait du Privilège du Roy
Par Privilège du Roy, donné à S. Germain en Laye, le XX. jour de Septembre, l'an mil cinq cens soixante, il est enjoint à P. de Ronsard, gentilhomme Vandomois, de choisira commettre tel Imprimeur, docte & diligent qu'il verra & cognoistra estre suffisant pour fidellement imprimer, ou faire imprimer les œuvres ja par luy mises en lumière, & autres qu'il composera & fera par cy après. Inhibant (ledict Seigneur) à tous Imprimeurs, Libraires, Marchans & autres quelconques, qu'ils n'ayent à imprimer ou faire imprimer aucunes des oeuvres, qui par ledit Ronsard ont esté & seront cy après faittes & composées, ny en exposer aucune en vente, s' elles n'ont esté & sont imprimées par ses permission, licence & congé, ou de l'Imprimeur par luy choisi & commis à l'impression d'icellcs. Et ce sur peine de confiscation des livres ja imprimez, ou à imprimer, & d'amende arbitraire, tant envers le Roy, qu'envers ledit Ronsard, & des interest & dommages de l'Imprimeur, par luy choisy & esleu : Le tout pour les causes & raisons contenues, & amplement déclarées audit Privilège. Ainsi signé sur le reply. Par le Roy, Vous présent de Lomenie, & séellé à double queue du grand seau, de cire jaune.
Ledit Ronsard a permis à Gabriel Buon, Libraire Juré de V Université de Paris, d' imprimer ou faire imprimer les quatre premiers livres de la Franciade, jusqnes au ferme de six ans, finis & accomplis, à commencer du jour que ledit livre sera achevé d'imprimer.
Achevé d'imprimer le 13. de Septembre.
Encore que l'Histoire en beaucoup de sortes se conforme à la Poésie, comme en véhémence de parler, harangues, descriptions de batailles, villes, fleuves, mers, montaignes, & autres semblables choses, oii le Poëte ne doibt non plus que l'Orateur falsifier le vray, si est-ce quand à leur sujet ils sont aussi eslongnez l'un de l'autre
Cette longue préface fut supprimée dès la seconde édition, en IJ7^, el remplacée par ce simple avertissement :
Au lecteur.
J'ay, Lecteur, à la façon d'Apelle, exposé mon ouvrage au public, affin d'entendre le jugement & l'arrest d'un chacun, qu'aussi volontairement je reçoy, que je le pense estre candidement prononcé. Et ne suis point si opiniastre, que je ne vueille au premier admonnestement d'un homme docte, non passionné, & bien versé en la poésie, recevoir toute amiable correction : car ce n'est pas vice de s'amender, mais c'est extrême malice de persister en son péché. Pourcc, par le conseil de mes plus doctes amis j'ay changé, mué, abrégé, alongé beaucoup de lieux de ma Franciade(Var.des Œtaresdej^ : en ma Franciade) pour la rendre plus parfaite, & luy donner sa dernière main. Et voudrois de toute affection que noz François daignassent faire le semblable, nous ne verrions tant d'ouvrages avortez, lesquels, pour n'oser endurer la lime & parfaicte polissure requise par temps (Var. des Œuvres de 75 : les mots requise par temps n'existent pas), n'aportent que deshonneur à l'ouvrier, et à nostre France très mauvaise réputation (Var. des Œuvres de 73 :une mauvaise réputation).
Cet avertissement disparut lui-mèm'e en ijjSet IS84. Il fut remplacé en i^8j par une très longue préface, qu'on retrouve dans toutes les autres éditions posthumes, mais que je crois devoir rejeter à la fin delà Franciade, parce qu'elle est en grande partie l'œuvre de l'un des exécuteurs testamentaires du poète, Claude Binet, qui l'avoue lui-même dans sa Vie de Ronsard.
que le vraysemblable est eslongné de la vérité '. L'Histoire reçoit seulement la chose comme elle est, ou fut, sans desguisure ny fard, & le Poëte s'arreste au vraysemblable, à ce qui peut estre, & à ce qui est de^ja receu en la commune opinion. Je ne veux conclure qu'on doive effacer du rang des Poètes un grand nombre de Grecs & Latins, pour honnorer d'un si vénérable tiltre Homère, Virgile, & quelques autres pareils d'invention & de sujet : j'ose seulement dire (si mon opinon a quelque poix) que le Poëte qui escrit les choses comme elles sont ne mérite tant que celuy qui les feint & se recule le plus qu'il luy est possible de l'historien : non toutefois pour feindre une Poésie fantastique comme celle de l'Arioste, de laquelle les membres sont aucunement beaux ^, mais le corps est tellement contrefaict & monstrueux qu'il ressemble mieux aux resveries d'un malade de fièvre continue qu'aux inventions d'un homme bien sain 3. Il faut que l'Historien de poinct en poinct, du commencement jusqu'à la fin, déduise son œuvre, où le Poëte 4 s'acheminant vers la fin, & redevidant le fuzeau au rebours de l'Histoire, porté de fureur & d'art (sans toutesfois se soucier beaucoup des reigles de Grammaire) & sur tout favorisé d'une prévoyance & naturel jugement, face que la fin de son ouvrage par une bonne liaison se raporte au commencement. Je dy cecy pource que la meilleure partie des nostres pense que la Franciade soit une histoire des Rois de France, comme si j'avois entrepris d'estre