LIVRE III
En la tissure estoient portraits au vif [128]
Deux Cupidons : l'un avoit un arc d'if Au trait moussu, qui tire aux fantaisies' Craintes, soupçons, rancucurs et jalousies, L'autre de palme avoit l'arc décoré, Son trait estoit à la pointe doré, Poignant, glissant, dont il cache dans l'ame Et verse au sang une orentille flame Qui nous chatouille, et nous fait désirer due nostre genre entier puisse durer.
Là fut Jeunesse en longs cheveux portrâîte, Forte, puissante, au gros cœur, la retraite Des chaux désirs : Jeunesse qui toujours Pour compagnie amène les amours :
Comme un enfant pendoit à sa mammelle^ Le Jeu trompeur, la Fraude, et la Cautelle, Les Ris, les Pleurs, les Guerres et la Paix, Trêves, discords, et accords imparfaits.
Et le Devis qui déçoit noz courages'.
Voire l'esprit des hommes les plus sages.
Quand la ceinture eut versé sa vertu Dessus le lict, le feu qui n'avoit-eu Puissance entière au cœur des damoiselles Se renforcea de larges étincelles.
633. 7}'' dont il soufle dans l'ame 627-46. 7S-87 suppriment ces vingt vers 649. 7S-8J Entier effect au cueur
1. Moussu = émoussé. Fantaisie = imagination. La distinction entre deux Cupidons est fréquente au xvi" siècle; cf. au t. XV le Cartel contre l'amour mondain, et le 5° sonnet du 7° livre, Naialis Cornes, les Emblèmes d' Alcia.t, l'article de Merrill dans Spéculum, XIX, etc..
2. Le verbe est au singulier, se rapportant, comme en latin, au plus proche de ses sujets, le Jeu .