C.-à-d. pei}sent qu'Homère a raconté des faits réels
3. Voir Vlhade, XX, 302 sqq. : paroles de Poséidon (Neptune) aux autres dieux.
4. C.-à-d. avec le plus grand respect (sens du latin reveientia).
5. Cette croyance à l'origine troyenne des Francs apparaît dès le vil* siècle dans la chronique du pseudo-Frédégaire, puis au viii', dans le Liber bistoiiae Fraiicanun, qui la répandit largement. Recueillie au XII" siècle par le trouvère Benoit de Sainte-Maure en son Roman de Troie, elle fut admise comme véridique au xiii' par Vincent de Beauvais en
est vrayserablable que Fraiicion a fait tel voyage, d'autant qu'il le pouvoit faire, & sur ce fondement de vraysemblance j'ay basti ma Franciade de son nom. Les esprits conçoivent aussi bien que les corps. Ayant donc une extresme envie d'honorer la maison de France, & par sur tout le Roy Charles neufiesme, mon Prince, non seulement digne d'estre loué de moy, mais des meilleurs escrivains du monde pour ses héroïques & divines vertus, & dont l'espérance ne promet rien de moins aux
son Spéculum historiale et par les auteurs de la Chioiiique de Saint-Denis. Ledit Roman, après avoir passé ca Italie sous la plume latine de Guido Columna. nous était revenu au xv' siècle, traduit eu français par Raoul Le Fevre, chapelain du duc de Bourgogne, et on lut alors avidement les Histoires troyennes de ce Le Fevre. En 1492, Nicole Gilles, dans ses Annales et Croniques de Fiance, faisait à son tour remonter l'origine des Francs à Francion, fils d'Hector, échappé à la destruction de Troie, et son ouvrage obtenait dans le premier quart du xvi' siècle une quinzaine de réimpressions. En 149-), Robert Gaguin se prononçait dans le même sens en son Compenciium de origine et geslis Fraiicoruin, qui jusqu'en 1528 n'eut pas moins de dix éditions et fut ensuite une dizaine de fois traduit en français, sous des titres divers, jusqu'en 1556. De son côté, le rhétoriqueur Jean Leniaire de Belges, au 5° livre de sus Illustrations de Gaule, publié en 1513, affirmait que Francus, fils d'Hector, après avoir « établi son siège royal » en Hongrie, à Sicambre sur le Danube, vint avec ses Troyens « habiter en Gaule Celtique » et « y régna » ; cet ouvrage fut aussi réimprimé maintes fois au xvi* siècle. Enfin, en 1527, le rhétoriqueur poitevin Jean Bouchet reprenait la thèse accréditée des origines troyennes dans ses Anciennes et modernes généalogies des Roys de France, et cet ouvrage eut une douzaine d'éditions tant à Paris qu'à Poitiers jusqu'en 1545. Ronsard avait donc quelque raison de penser que cette vieille légende était encore généralement admise de son temps « comme chose très assurée ».
Toutefois de bons esprits se refusaient à y croire, par ex. Fr. de Belleforest, l'avocat parisien Estienne Pasquier (Lettres, X, 11, début; Rech. de la France, ï, ch. xiv) ; l'historien bordelais Girard du Haillan (Discours-préface de son Histoire des Rois de France 1571). Jean Bodin dans son Methodus (1566), François Hotman dans sa Ftanco- Gallia (iS7i) déclaraient hardiment que l'origine troyenne des Francs n'était qu'une fable, tout à fait indigne de l'histoire, et Claude Fauchet, en ses Anliquitcs gauloises et françaises (1^79)^ invoquant le témoignage de Zosime et de l'rocope, pensait que les Francs et les Sicambres n'étaient qu'un seul et même peuple, qui, avant d'envahir la Gaule, occupait le pays i l'est du Rhin inférieur, mais il se gardait d'affirmer rien de plus. Ronsard, du reste, pensait seuhement que cette tradition était vraisemblable (Voir à cesujet l'art de H. Guy dans la R. H. L., IX, 252).
François que les heureuses victoires de Charlemaigne son ayeul, comme scavent ceux qui ont cet honeur de le cognoistre de près, & ensemble désirant perpétuer mon renom à l'immortalité : t'ondé sur le bruit commun, & sur la vieille créance des Chroniques de France, je n'ay sceu trouver un plus excellent sujet que cestui-cy'.
Or' comme les femmes qui sont prestes d'enfanter choisissent un bon air, une saine maison, un riche parrain pour tenir leur enfant, ainsi j'ay choisi le plus riche argument, les plus beaux vers & le plus insigne parrain de l'Europe pour honorer mon livre, &. soutenir mon labeur : et si tu me dis, Lecteur, que je devois composer mon ouvrage en vers Alexandrins, pource qu'ils sont pour le jourd'huy plus favorablement receuz de nos Seigneurs & Dames de la Court, & de toute la jeunesse Françoise, lesquels vers j'ay remis le premier en honeur 2. je te responds qu'il m'eust esté cent fois plus aisé d'escrire mon oeuvre en vers Alexandrins qu'aux autres, d'autant qu'ils sont plus longs, & par conséquent moins sujets 5, sans la honteuse conscience que j'ay qu'ils sentent trop leur prose. Or tout ainsi que je ne les aprouve du tout, si ce n'est en tragédies Ou versions, aussi je ne les veux du tout condamner, j'en laisse à chacun son libre jugement pour en user comme il voudra-*.
1. Que ii'a-t-il choisi le sujet, éinineuient national, de Jeanne d'Arc, délivrant la France de l'occupation anglaise ? C'est que les fictions du paganisme gréco latin n'eussent pas été de mise, et que, d'autre part, les croyances d'une chrétienne ne lui semblaient pas assez poétiques pour pouvoir les remplacer (encore un point de vue tout classique, qui sera celui de Boileau).
2. Il les qualifiait « vers héroïques» dès 1555 (cf. t. VI, pp. xvi et xvii) et de fait il avait commencé alors sa Franctade en alexandrins.
3. C.-à-d. moins assujettis aux entraves de la versification.
4. Ronsard oublie ce qu'il avait dit de son emploi du décasyllabe dans la 2° édition de son Art poétique (i^iSy); il nous y apprend que, s'il adopta finalement ce vers pour la Franciade, ce fut par ordre supérieur et contre son gré (v. ci-dessus l'introduction, p. xiv). Au reste la
Je revien seulement à ce qui touche mon fait. Je ne doute pas qu'on ne m'accuse de peu d'artifice en ce que la harangue de Jupiter au commencement de mon premier livre est trop longue, &: que je ne devois commencer par là. Tu dois sçavoir que trentre lignes de Latin en vallent plus de soixante de nostre François', & aussi qu'il failloit que je me servisse de l'industrie des Tragiques, 011 quand le Poëte ne peut desmesler son dire, & que la chose est douteuse, il fait tousjours comparoistre quelque Dieu pour esclaircir l'obscur de la matière : les hommes ne sçavoient comme Francion avoit esté sauvé du sac de Troye, un seul Jupiter le sçavoit : pour ce j'ay esté contraint de l'introduire pour mieux desnouer la doute, & donner à comprendre le fait, & mesmes à Junon, laquelle est prinse icy comme presque en tous autres Poètes pour une maligne nécessité qui contredit souvent aux vertueux, comme elle fit à Hercule : mais la prudence humaine est maitresse de telle violente fatalité^.
Si tu vois beaucoup de feintes? en ce premier livre comme la descente de Mercure, l'ombre d'Hector, la venue de Cybele, Mars transformé, j'ay esté forcé d'en user, pour persuader aux exilez de Troye que Francion esioitfils d'Hector, lesquels autrement ne l'eussent creu, d'autant qu'ils pensoient que le vray fils d'Hector estoit
déclaration qu'il fait ici ne l'a pas empêché de revenir au vers alexandrin dans la plupart des pièces qu'il composa sous le règne de Henri III, notamment un fragment épique sur ï'E^uilé des vieux Gaulois, qui est un chef-d'œuvre.
1. Il eût mieux fait de dire que les nécessités des rimes suivies et de genre alterné le forçaient à doubler la longueur de cette « harangue», comme de bien d'autres pièces de ce rj'thme (hymnes, élégies, discours, poèmes).
2. L'opposition de Junon, déesse orgueilleuse et vindicative, aux faits et oestes des héros, tels qu'Hercule, est comme une « nécessité » chez les poètes épiques ; m.iis la valeur de ces héros finit par triompher de ses violences.