LIVRE III
Nous n'irons plus comme nous soûlions faire Tous deux seulets en un lieu solitaire. Loing de la troupe ensemble deviser, D'un dur sommeil il te faut reposer :
La Mort te tient de silence suivie, Et maugré moy je traine ceste vie.
Qui m'estoit douce alors que je pouvois Voir ton visage, et entendre ta vois, Soulagement de ma fortune extresme.
Cher compagnon, ainçois second moymesme, Je te suply ne te fâches de quoy [^3]
Plus grands presens tu n'as receu de moy, Qjai suis bany sans foyer et sans terre, Qui pour partage ay la mer et la guerre.
Mais si le ciel qui prédit mon bonheur Me fait un jour de ce peuple seigneur Que Seine embrasse en son giron fertille, Je batiray de ton nom une ville, Et couvriray d'un tombeau solennel Tes os couchez en repos éternel.
Atant se teut : les larmes respanduës Dessus la face en roulant descendues L'une sur l'autre à goûtes se hastoient, Et les soupirs l'estomac luy batoient, Blasmant la mort d'une plainte profonde. Qui rien de bon ne laisse vivre au monde.
Ce triste office à l'envy regardoient