LIVRE III
Mourir le jour d'une flèche cruelle
Que je te vy ■ : le temps vescu depuis 1208 N'est qu'une mort vive de mes ennuis :
Comment vivroy-je ? ah ! mon ame affolée
Laissant mon corps en la tienne est volée :
Je suis perdue et ne me puis trouver : [149]
i2[2 J'ay beau les sorts des sorciers esprouver,
Rien ne me sert, ny herbe ny racine,
Tu es mon mal, tu es ma médecine.
Tu es mon tout, et de toy seul je pends, 1216 Je meurs pour toy, et si ne m'en repensa.
Aye pitié d'une fille amoureuse :
Des voluptez c'est la plus doucereuse
Que de cueillir une première fleur, 1220 Non un bouton qui n'a plus de couleur.
Tu me diras que je suis indiscrète
Comme nourrie en ceste isle de Crète
Où Jupiter de tant d'amours espris 1224 Le premier laict de sa nourrice a pris.
Et que je suis d'Ariadne parente
Fille à Minos, qui d'amour violente
Oza son père et son païs changer
1205-08. '/8-84 suppriment ces quatre vers
1195-1208. 8y supprime ces sei^e vers {dont quatre déjà sacrifiés en j8) 1209-10. y8-Sj ]e ne vy plus, tant mon ame affollée... en la tienne est allée
1215. 78-8^ Tu es mon roy, de toy seul je dépens 1218-19. 7S-S4 la plus délicieuse C'est de cueillir i 87 La volupté sur toutes doucereuse C'est en amour cueillir la prime fleur
1. Forte inversion pour : mourir d'un flèche cruelle, le jour que je te vis. — Les Anciens expliquaient la mort subite chez les femmes par l'atteinte d'une flèche de la déesse Artémis (Diane). Cf. Homère, Od. XI, 172 sq. — Le souhait que fait ici Clymène vient d'Apollonios, loc. cit., 772 sq.