PIECES LIMINAIRES
Hé qui n'entend crier les Muses par la France : Jupiter ne se doibt nostre père vanter, Le cerveau de Ronsard nous a donné naissance ?
Amadis Jamin '.
SONNET
Qui m'ozera nier la vieille opinion
De naistre en nouveaux corps, si docte il considère
Revivre en cet auteur Virgile aveq Homère
Qui semblables ne font qu'une entière union ?
Trois unitez en tout font la perfection Et pour la Poésie en ces trois un parfaire Il failioit ce troisiesme au nombre satisfaire Egal à la Romaine & Greque nation.
Celuy qui veut portraire au vif toutes les Muses Et les sainctes fureurs par Apollon infuses Et le dieu Delien qui les poètes fait,
Bref, qui veut en tableau montrer la Poésie, Déesse qui du ciel tombe en la fantasie, Qu'il tire de Ronsard seulement le portrait.
Amadis Jamin.
Puis que tu es le premier de ton art. On ne te doit de fueilles couronner : Mais bien il faut que les roses, Ronsard Puissent tousjours ton front environner.
Si. Nicolas, Segretaire du Roy*.
1. Am. Jamyn, page puis secrétaire de Ronsard, enfin lecteur du roi, auteur de nombreuses poésies, souvent dignes du maître, publiées en 1S75 et années suivantes. Il aida Ronsard dans la confection de la Franciade, dont il a écrit les « arguments ». Cf. la thèse de Th. Graur (Paris, Champion, 1929),- et mon tome XV, poème de la Salade, note i.
2. Simon Nicolas, l'un des meilleurs amis de Ronsard à la Cour, sous les règnes de Charles IX et de Henri III. V. ce que j'en ai dit au tome XV, Elégie finale, note i.
SONNET
à P. de Ronsard
Ronsard, tu dois l'honneur de ce divin ouvrage Aux gestes de Francus tige de tant d'ayeulx Noz Rois, de qui le bras aux armes glorieux A conquis par le fer des Gaules l'héritage.
Ta gloire doit encore à Charles davantage Qui levé par ses faits ton esprit jusqu'aux cieux : Un fertille sujet nous rend ingénieux Et plus qu'un Apollon nous enfle le courage,
Homère sans les faits d'un Achille & d'Hector Fust aujourd'huy sans nom : mille anciens encor En faisant vivre autruy vivent en leur mémoire :
Un sçavant escrivain n'est rien que le miroir Qui la morte vertu vive nous fait revoir, Et de l'auteur des faits il enfante sa gloire '.
De Troussilh.
I. Sur Troussilh, cf. cat. Rothschild, n° 695. Ce sonnet est suivi du portrait de Ronsard et du quatrain Tel fut Ronsard.
Tel fut Konfxrà^autheur as cet ouurage^ Telfutfon œtl^fa bouche ^fon vijàge^
Portrait au vif de deux crayons diuers: Icy le Corps^ 0" ÎE^rit enfes vers.
SONNET
à p. de Ronsard
Tes beaux vers, animez de la saincte fureur Qui roule de Permesse, au ciel ont fait querelle : Amour se dit seigneur de la source immortelle Dont premier tu puisois une si douce humeur.
Mars, armé de ta main, & de la vive ardeur Qui fait vivre les Rois malgré l'onde cruelle, Jure l'œuvre estre sien, comme la trouppe belle Des vierges d'Helicon ne t'en juge l'auteur.
Quant le Dieu Delien, le père de ta lyre, Et père de tes vers, humain, apaise l'ire De ces Dieux mutinez : C'est bien & vous & moy,
Dist-il, qui lui donnons cette aleine divine, Mais autre Dieu là bas n'échauffe sa poitrine Que la sainte faveur de Charles son grand Roy.
R. Belleau '.
I. La signature A. L qu'on lit en 72 et 73 désigne Amadis Jamin. En 1575, toutes les pièces liminaires en vers ont été supprimées, sauf les quatrains des portraits et le quatrain Un lit. En 1578 elles sont rétablies, sauf le sonnet de Bellet, le distique de Lavardin, les vers de Nicolas, de Troussilh et de Belleau ; et on ajoute, avant le portrait de Charles IX, le quatrain (qui sera reproduit en 1584) :
Les François qui ces vers liront S'ils ne sont et Grecs, et Romains, En lieu de mon livre ils n'auront Qu'un pesant faix entre les mains.
En IS84, sont supprimés à leur tour les trois pièces de Pimpont et le premier sonnet de Jamyn ; et le portrait de Ronsard avec le quatrain est mis au début du volume. En 1587, on rétablit portrait et quatrain, et on ajoute quatre vers latins et le poème Homère de science.
Tu naô^ Ronfàrd, compopcet omragey Ileftforgéd'vne royalle main^ Ch^xb^l e sjlauant viflorieux 0*fdge En ejl lauthçwr^ tu n'es que [efcriuain.
LE