LIVRE IV
Persant son camp, opozera sa teste
Contre Alaric, et comme hazardeux
Ces puissans Rois s'affronteront tous deux
Braves, hautains, furieux comme foudres.
Sous leurs chevaux deux tourbillons de poudres
Noirciront l'air, et sans avoir repos
Icy Clovis, icy le roy des Gots
Poussez, tournez de fortune diverse
Seront portez tous deux à la renverse.
Le mol sablon imprimera leurs corps :
Eux relevez plus ardens et plus fors
Cherchant la mort, espendront sur la place
Grèves, cuissoz, morrions et cuirasse
Suant tous deux de colère et de coups :
Mais à la fin Clovis plein de courroux
Fera du Goth victime à Proserpine [205]
D'une grand playe enfondrant sa poitrine.
Ainsi Clovis Alaric occira,
L'ame Gotique aux enfers s'en ira ' !
1202. 7^^ Persant l'armée | -jS-Sj texte primitif
1203. 7; & d'un cueur hazardeux | jS-Sy là d'un cœur hazardeux 1205. S/ Comme lions, ou plustost comme foudres
1211-14. 7j'' A leur tomber les camps feront un bruit. Eux relevez, semblables à la nuict D'hyver qui porte &: la nege & la glace, Se feront choir motions &: cuirasse | ■/8-S4 texte primitif
1212 15. 57 Haleine prise, & relevez plus forts, Se martellant espandront sur la place
1216. Sj Mais Clovis plein d'un généreux courrous
1220. 7^'' L'ombre Gothique aux enfers s'en ira! avec addition de quatre vers : Blafemant Dieu, chagrine & courroucée Que toute France elle n'a renversée Et qu'en mourant pour funèbre convoy N'a peu mener l'ame d'un si grand Roy | 7<?-<?^ suppriment cette addition \ Sj la remplace ainsi : Son corps tombé bruira sur la poussière Comme un bélier, qui sur une rivière Congne des paux, le fondement d'un pont : Le fleuve en bruit, tout le Ciel luy respond
I. Paux, dans la variante, est le pluriel de pal = pieu. Déj.i, à la fin de VOrlando furioso, l'âme de Rodomont allait aux enfers, irritée et blasphémante.
Ronsard, XVI. — 11. 20
Puis s'emparant des thresors de ce prince Prendra Tholose et toute la province D'Alby, Rouairgue, Auvergne et Limosin,
1224 Et tout le champ de Garonne voisin.
De là pompeux d'une si noble gloire Des Bourguignons ravira la victoire, Les massacrant d'un courage trop chaut
1228 Pour le forfait de leur roy Gondebaut '.
Bref ce Clovis d'invincible puissance Doit bouter hors son empire d'enfance, Le faire masle, et le rendre aussi fort,
1232 Q.u'un grand rocher, la muraille d'un bord.
De ses vertus l'acquise renommée Sera si grande et si haute semée.
Que ses enfans ne seront maintenuz
1236 En leur grandeur, que pour estre venuz
D'un père tel, lequel durant sa vie Ne veinera pas tant seulement l'envie Des rois vassaux à son glaive pointu,
1240 Mais si au large estandra sa vertu,
Qu'ensevely dessous la terre sombre
Fera trembler les princes de son ombre.
[Tant vault l'honneur d'un Prince après la mort
1224. 7S~7^ ^^ camp | 84 Et le pats de Garonne voisin
1231-32. 7?-<S4 Le rendre masle, afin que tous les Rois Tremblent de peur aux armes des François
1221-32. 8y supprime ces dou'evers
1253-34. 87 De ce grand Roy l'acquise renommée Sera si large & si au loing semée
1236. 7^*' En leurs estats [ 78-87 texte primitif
1238-39. 7}^ Comme nn grand Dieu ne doit veincre l'envie Des rois sujets à son glaive pointu | 7S-S7 texte primitif
1240. 87 Mais si fameuse estendra sa vertu
I. Gondebaud fit tuer son frère, noyer sa belle-sœur, et exiler ses nièces dont la cadette, Clotilde, devint l'épouse de Clovis (cf. v. 1255).