LIVRE IV
Et qui pis est, morte on la fera sainte,
Ainsi tout va par fraudes et par feinte !
L'autre d'après est Clotaire son fils
420 Par qui seront les Saxons desconfis,
Ne soufrant vivre en leur terre occupée Masle debout plus grand que son espée ', Sage guerrier, victorieux et fort,
424 Qui pour l'honneur mesprisera la mort.
De Brunehaut, princesse misérable, Fera punir le vice abominable, Luy attachant à la queù' d'un cheval
428 Bras et cheveux : puis à mont et à val
Par les rochers, par les ronces tirée En cent morceaux la rendra déchirée :
Si qu'en tous lieux ses membres difamez
4Î2 Seront aux loups pour carnage semez.
Bien qu'un grand roy ne puisse avoir louange QjLiand par la mort d'une femme il se vange, Pourtant Clotaire est absoubs par les loix
456 D'avoir vangé le sang de tant de rois
Que par poison, par glaive et par cautelle
14 18. y^-Sy guillemets à ce vers
1419. S4-8-J L'autre qui suit
1426. S4 Punira seul la malice exécrable | «¥7 Doit chastier la nialice exécrable
1427-52. S4 Le corps lié traînant à son cheval, Ses vieux cheveux par moniaigne & par val Seront espars : si que d'elle tirée Les chemins pleins de sa peau deschirée Voirront saigner cuisses, jambes & flancs, Et les buissons s'airouser de leurs sangs 1 Sy Jambes & bras à deux chevaux tirez, Ses vieux cheveux des ronces deschirez Seront espars comme flocons de laine Q.uela brebis a laissé sur la plaine Par les chardons aux poignans hameçons, Et de son sang rougiront les buissons
1435. 7^-84 est absous des François
I. Cf. Aimoin, IV, xviii. Ces vers ont été imités par Bertaut dans son Discours sur le trépas de M. de Ronsard, texte de 1586.
Avoit occis cette royne cruelle '.
Les Laestrigons ^, les Cyclopes, qui n'ont 1440 Qu'un œil au front, en leurs rochers ne sont
Si cruels qu'elle, à toute peste née,
Qui en filant menée surmenée.
Guerre sur guerre et debas sur debas [213]
1444 Fera mourir la France par combas.
Mais à la fin soubs les mains de Clotaire
Doit de ses maux recevoir le salaire.
Ce gentil Prince, entre ses nobles faits, 1448 Voyant ses gents en bataille deffais,
Et Dagobert son fils, jusqu'à la taye î
Près la cervelle, attaint d'une grand playe,
Perdre le sang en longue pamaison, 145a Revestira son chauve poil grisou
D'un morrion, armes de la jeunesse,
Et tout son corps refroidy de vieillesse
Reschaufera d'un cueur jeune et gaillard ■* : 1456 Puis en brossant les flancs de son bayard,
1440. 7^-84 Au front qu'un œil
1442. 84 Qui ourdissant
1455-46. 8y supprime ces quatorxe vers et les remplace par ce distique : » Rien si malin qu'une femme peut naistre, » Ny rien si bon quand bonne elle veut estre
1450. 7i-8j Couvre-cerveau
145 1. 78-87 graphie pasmaisoa
r. Au livre V des Recherches, Pasquier a longuement exposé les crimesqui étaient imputés à Brunehaut;en 1575, le Discours merveilleux de la vie ... de Catherine de Médicis se termine par un parallèle entre celle-ci et la reine d'Austrasie, et dans son Francogallia (iS7})> F""- Hotman dénonce les forfaits des reines régentes Frédégonde et Brunehaut.
2. Les Lestrygons, peuplade de la Méditerranée occidentale; cf. le chant X de VOdyssée.