LIVRE IV
Ny moins avoir Hector pour leur ancestre ?
Clotaire est l'un et l'autre est Childery, [217]
Theodoric l'autre, en délices nourry,
Trois fait-neants, grosses maces de terre,
Ny bons en paix, ny bons en temps de guerre,
La maudisson du peuple despité ' :
L'un pour souiller son corps d'oisiveté,
Pour n'aller point au conseil, ny pour faire
Chose qui soit au prince nécessaire,
Pour ne donner audiance à chacun,
Pour n'avoir soing de soy ny du commun,
Pour ne voir point ny Palais ny Justices,
Mais pour rouiller sa vie entre les vices,
Traistre à son peuple et à soy desloyal,
Sans plus monter en son throsne royal.
En le fraudant de son naturel guide,
A Esbrouin en laschera la bride
Et le fera soit en guerre ou en paix
72 Chef du conseil et Maire du Palais.
Cet Esbrouin aura soing des batailles, De la finance et d'augmenter les tailles, Et de respondre à tous ambassadeurs,
76 Et son estât aura tant de grandeurs.
Comme chargé d'une peine honorable, Qu'il deviendra si craint et redoutable, En cependant que les Rois amusez A boufonner, aux femmes abuzez,
1565-66. 7^-i?7 rimes Justice. . . le vice 1569. 7; -5/ Ains le fraudant 1580. S4-8J des femmes abusez
i. Maudits du peuple irrité. Clotaire III, Childéric II et Thierry III étaient les lils de Clovis II. Ebroïn fut maire du Palais sous Clotaire III et ses frères.
Ronsard, XFI, — ir. 21
3l8 LA FRANCIADE
Sans nul conseil, trahys de leur plaisance ',
Sont rois de nom, Esbrouin de puissance,
Qu'en peu de jours ces seigneurs aprouvez [218] 1584 De tout le peuple, aux honneurs eslevez,
Puissans de faits, de paroUe et d'audace,-
Des premiers Rois aboliront la race.
Et se feront, d'auctorité pourveus, 1588 Eux mesmes rois, leurs fils et leurs neveux.
Pource, Troyen, ne commetz telle faute,
N'esleve point en dignité trop haute
Quelque vassal : ton dommage en despend : 1592 » Quand un roy fault, trop lard il s'en repent.
L'autre second », d'humeur lubrique et salle,
Perdra long temps sa dignité royale,
Et sans égard à son sang descendu 1596 De tant de rois, sera moine tondu
Et r'enfermé dedans un monastère.
Le tiers, qui vient pensif et solitaire.
De ses sujetz comme peste haï, 1600 A contre-cueur des seigneurs obeï,
Chaut de colère et d'ardeur inutille
Fera foëter le chevalier Bodille
En lieu public, lié contre un posteau, 1604 Tout déchiré de veines et de peau.
Bodille plein d'un valeureux courage,
Tousjours pensif en si vilain outrage.
Ne remaschant que vengeance en son cœur,
1583. yS-Sy ces Maires approuvez
1590-91. yySj guillemets
1595. jySy L'autre second de luxure tout pale {et palle)
1601. y)-Sj Chaut de colère, à régner mal habille