‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 5)Chapitre 382 sur 425 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Souillez de sang : la rivière qui entre

Dedans la mer, à peine par ses hors

Pourra couler, tant elle aura de mors.

Luy tout enflé de gloire militaire

Rendra soubs luy Bretagne tributaire,

Et leur royaume en Duché changera.

Tout au contraire amy deschargera

(Aux uns hautain, aux autres débonnaire)

Les fiers Saxons surmontez par son père

De trois cens beufs ' qu'ils dévoient tous les ans.

Puis desliant de ses membres pesans

L'ame légère, après meinte victoire

Rendra son nom d'éternelle mémoire.

L'autre qui suit d'honneur environné, Qui a le front de palme couronné, Qui ja les Turcs menace de la guerre. Sera Clovis, lequel ira conquerra Hierusalem, et les sceptres voisins

524 D'Egypte jointe aux peuples Sarrazins :

Outre la mer bien loing de sa patrie Tiendra des Juifs l'heureuse seigneurie, Et son ost brave et luy brave à la main [21e]

128 Boiront sept ans les ondes du Jourdain ^.

Puis retourne pour quelque trouble en France, De ses enfans punira l'arrogance,

1525-28. 8y supprime ca quatre ven

1529. S-j Puis retourné victorieux en France

1. Aimoin et Gaguin mentionnent un tribut de cinq cents bœufs ou vaches.

2. Dans la dernière révision de la Franciade, Ronsard supprimera le long; séjour de Clovis II en Terre Sainte, mais il conservera la mention de cette croisade, qu'il a empruntée à N. Gilles. Dès 1576, Du Haillan taxera de légende le voyage de Clovis II en Palestine.

3 lé LA FRANCIADE

Qui par flateurs, par jeunes gens deceuz, 1532 Vers celle ingras qui les avoit conceuz ',

De tout honneur dégraderont leur mère,

Et donneront la bataille à leur père.

Leur mère adonc, ah ! mère sans mercy, 1536 Fera bouillir leurs jambes, et ainsi

Tous mehaignez ^ les doit jetter en Seine.

Sans guide iront où le fleuve les meine

A l'abandon des vagues et des vens :

1540 Grave suplice! afin que les enfans

Par tel exemple aprenent à ne faire

Chose qui soit à leurs parens contraire. Bien que ce roy soit magnanime et fort, 1544 Soit aumosnier, des pauvres le suport,

Pourtant son ame aux vices inclinée

De trop de vin se verra dominée.

L'amour, la gueule ', et les plaisirs qui font 1648 Rougir de honte un prince, le feront

Esclave roy de vilaine luxure,

Trompant son nom, soymesme et sa nature. Voy-tu ceux-cy qui abaissent les yeux, 1552 Honteux de voir la lumière des cieux,

Qui ne devroient au monde jamais naistre,

1540. On m sulplice en 72 et y)' (éd. suiv. corr.) IS42. Sj Chose qui puisse à leurs parens desplaire 154s. On m Portant en 'j2 et •]]'■ {corrigé aux Errata en yz) 1548-49. 7j'' Rouiller un Prince eshonté, le feront Un roy valet de vilaine luxure | yS-Sy texte primitif 1550. y8-8y & la nature

1. C.-à-d. ingrats envers celle qui les avait conçus. Ronsard doit aussi à N. Gilles la légende des énervés de Jumièges.

2. Mehaignez : cf. livre III, v. 251. Grave : lourd, douloureux.

3. C.-à-d. la gourmandise {\i.l. gula). Ronsard s'inspire de ce passage d'Aimoin : « omni spurcitiae deditus, fornicarius, et illusor foeniinarum, gulae et ebritati {sic) operam dans « (IV, xliii).

Page 1