LIVRE IV
Enflé d'orgueil, enflé de vanterie, Doit amasser les siens de toutes pars, 1760 Femmes, enfans, vieux et jeunes soudars,
Valets, bouviers, marchans, afin que l'onde D'un si grand ost efl^royast tout le monde. Ces Sarrazins au travail obstinez
>4 Outre-passant les cloistres Pyrenez ',
Et file à file espuisant toute Espagne Se planteront au pié de la campagne Avec grands cris : tels que les grues font
)8 Quand queue à queue en ordre s'en revont
Hautes au vent, et débâchant les nues ^ Se vont assoir en leurs terres connues Fuyant l'hyver : un cry tranchant et haut
J2 Se fait en l'air : tout le ciel en tressant !
La mer ne pousse aux rives tant d'areines, De tant de feux les voûtes ne sont pleines Au ciel là haut, que de peuples pressez
r6 Dessous ce roy se verront amassez :
Ils tariront le coulant des fonteines, Dessous leurs pieds tressauteront les plaines. Grands comme pins en hauteur cslevez : [225]
Jo Prendront Bordeaux et les peuples lavez
De la Gironde, et d'ardeur violente Viendront puiser les eaux de la Charante, Ne pardonnant à temples ny moutiers :
1762. 7}-8j efFroye tout le monde
1770. S4 Vont demeurer | Sj Vont reloger
177s- 7}-S7 Au ciel la nuit
1778. 7S-S7 feront trembler les plaines
1. La barrière pyrénéenne (lat. claustra). Ronsard affectionne cette expression : cf. t. VII, p. 48, et t. IX, p. 44.