LIVRE IV
Bas de stature, et de membres peu forts,
Il aura l'ame active et vigoureuse.
Et de conseil et de prudence heureuse,
Il doutera la force des plus grands,
Pource, Francus, par tel exemple aprens
Que tout royaume augmente en accroissance
Par la vertu, et non par la puissance,
» Et que Dieu seul qui toute chose peut
» Perd et maintient les sceptres comme il veut,
» Pour les garder l'homme en vain se travaille,
» Car c'est lu}' seul qui les oste et les baille.
Qui sont ces deux qui vont marchant à part ? Qui, de la troupe eslongnez à l'escart, Discourent seuls de grands propos ensemble ? A voir leur port, l'un et l'autre me semble Sage guerrier, et nul ne s'est monstre De tant d'honneur ny de gloire illustré.
Celuy, Trayen, qui fait bruire ses armes. Grand capitaine et pasteur de gensdarmes, Qui ja sa main sur une lance met, [223]
Qui d'un panache ombrage son armet Au fier maintien, au superbe courage, Qui rien que Mars ne monstre en son visage, Sera Martel, gouverneur des François, Non roy de nom, mais le maistre des Rois ' :
Dedans le ciel fera monter l'empire Du nom gaulois, et nul devant son ire N'oposera ny lance ny escu Qu'il ne soit pris, ou fuitif, ou vaincu.
1709-10. T^-S-] guillemets 1729. 8j Jusques au Ciel fera
I. Ronsard remonte en arrière : Charles-Martel fut le père de Pépin le Bref. ^ *^
Voy quels lauriers, merque de sa conqueste,
Vont plis sur plis environnant sa teste !
Voy son maintien combien il est gaillard 1736 Et de quels yeux il enfonce un regard !
Il occira par bataille cruelle
Des forts Saxons la nation rebelle,
Ceux de Bavière à mort desconfira :
1740 Les Alemans tributaires fera
Jusqu'au Danube, et la terre Frizonne
Rendra, veinqueur, servile à sa couronne.
Prendra d'assaut, invaincu chevalier, 1744 Nismes, Marseille, Arles, et Montpelier,
Beziers, Narbonne, et toute la Provence
Fera servile à son obéissance :
Prendra Bordeaux et Blaye, et tous les fors 1748 Que la Gironde arrouse de ses hors '.
Voicy comme Eude, empereur d'Aquitaine,
Les Sarrazins, peuple innombrable, ameine
Contre Martel, à la guerre conduis [224]
I7J2 Par Abdirame, antique sang des Juifs,
Q ui d'Abraham et de Sarra sa femme
Se vantera : ce cruel Abdirame,
Cruel de meurs ^, de visage, et de cueur, 1756 Des puissans Dieux et des hommes moqueur,
Tout acharné de meurdre et de furie,
I7J5- 71-84 graphie m3irc\ue \ Sy marques
1742. 7J-S4 Rendra, veinqueur, sujette à sa couronne I Sj Rendra sujette à sa riche Couronne
1755. 8j Cruel de port, de moustache, & de cœur
1. Aimoin raconte ces campagnes et éiiumère ces pays et ces villes au livre IV, ch. lii-lvii.
2. Cruel de moustache (v.;r.) : parmi les principaux traits que les Occidentaux attribuaient aux Turcs, il y avait, au moral, la cruauté et, 2U physique, les longues moustaches.