INTRODUCTION VII
A la même date paraissait le premier recueil des Amours, où Ronsard avouait que les charmes de sa maîtresse avaient fait tort aux fureurs de Mars, et qu'au moins pour un temps sa muse héroïque avait dû céder le pas à une inspiration plus douce '. Premier ajournement.
Au reste, dès 1550, en son Ode de la Paix, dédiée au roi Henri II, notre poète n'avait pas manqué de mettre une condition à son entreprise, à savoir que ce roi la lui « commande » et « la décore des présents de ,sa hautesse », autrement dit la paye bien, soit par une bonne pension, soit par une grasse prébende; toute la fin de l'ode développe cette pensée'. Or, Henri II fit d'abord la sourde oreille : que lui importait un poème épique sur les origines troyennesde la France et la glorification de ses lointains et légendaires ancêtres? C'est seulement en 1554 que Ronsard reçut l'invitation qu'il attendait, après une lecture d'un plan de la Franciade faite au roi avec force louanges par Lancelot de Carie en janvier de cette année. O. de Magny parle de cette lecture, dont il fut le témoin 3, et, de son côté, Ronsard s'est flatté de l'assentiment du roi dans une Elégie à Cassandre et une Ode à Mgr d" Angoulesme, qui datent de ce moment-là '^. Mais il ne voulait s'exécuter qu'à la condition d'obtenir les revenus d'un évêché ou d'une abbaye, qui lui permissent de composer tout à loisir cette œuvre de longue haleine ;et, comme l'année 1554 s'achevait sans que le roi lui eût donné cette satisfaction, Ronsard découragé écrivit alors une paraphrase originale de la première ode anacréontique, dont je rappelle la fin, qui marquait un second ajournement :
Or adieu doncq', pauvre Francus, Ta gloire sous tes murs veinqus Se cachera toujours pressée,