‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 5)Chapitre 408 sur 425 · Le verbe /o/'«r existait en ancien français · texte numérisé non relu

Le verbe /o/'«r existait en ancien français

3. Après Du Bellay, Pelt^tier, et d'autres, Ronsard développe longuement une idée qu'il avait brièvement exprimée dans V Abrégé, t. XIV, p. 14.

Ronsard, XVI. — it. 25

que la nature soit tousjours si prodigue de ses biens à deux ou trois nations, qu'elle ne vueille conserver ses richesses aussi pour les derniers comme les premiers. En telles langues passées et defunctes (comme j'ay dit) il ne faut rien innover, comme ensevelies, ayant resigné leur droict aux vivantes, qui florisseot en Empereurs, Princes & Magistrats, qui parlent naturellement, sans maistre d'escole, l'usage le permettant ainsi : lequel usage le permet en la mesme façon que le commerce & trafic des monnoies pour quelque espace de temps : ledict usage les descrie quand il veult. Pource il ne se fault estonner d'ouyr ut» mot nouveau, non plus que de veoir quelque nouvelle Jocondalle, nouveaux Tallars, Royales, Ducats de sainct Estienne, & Pistolets '. Telle monnoie, soit d'or ou d'argent, semble estrange au commencement : puis l'usage l'adoucit & domestique, la faisant recevoir, luy donnant authorité, cours, & crédit, 8i devient aussi commune cjue nos Testons & nos Escus au SoleiL

Tu seras tres-advisé en la composition des vocables, & ne les feras prodigieux, mais par bon jugement, lequel est la meilleure partie de l'homme, quand il est clair & net, & non embabouinê ny corrompu de monstrueuses imaginations de ces Robins de Court qui veulent tout corriger.

Je te conseille d'user indifféremment de tous dialectes », comme j'ay desja dict : entre lesquels le Courtisan est tousjour^ le plus beau, à cause de la Majesté du Prince : mais il ne peuti estre parfaict sans l'aide des autres : car chacun jardin a sa par-j ticuliere fleur, & toutes nations ont affaire les unes des autres ^j comme en nos liavres & ports, la marchandise bien loin cher-] chée en l'Amérique, se débite par tout. Toutes. Provinces, tant soient elles maigres, servent aux plus fertiles de quelque chose, "

1. Jocondalle, déformation française du mot allemand Joachimstlmlery désignant une monnaie de Bohême ; cf. H. Estienne, Conformité du lancrage français, préface. Tallar ou daler = thuler, écu allemand. Pistolet =r demi-pistole, ou bien écu d'Espagne, d'Italie, ou de Suisse (Furetière). Nous ne connaissons pas le ducat de S. Etienne.

2. Sur les emprunts de la Pléiade .lux dialectes, cf. t. I, p. 57, et XIV, p. 10; Peletier, Jrt poétique, I, viii; Baïf, cpître au roi, 1575; Chamard, op. cit., IV, 63-65.

comme les plus foibles membres, & les plus petits de l'homme servent aux plus nobles du corps. Je te conseille d'apprendre diligemment la langue Grecque & Latine, voire Italienne & Françoise ^ & Espagnole, puis quand tu les sçauras parfaitement, te retirer en ton enseigne comme un bon Soldat, & composer en ta langue maternelle, comme a faict Homère, Hésiode, Platon, Aristote, & Theophraste, Virgile, Tite Live, Saluste, Lucrèce &: mille autres qui parloient mesme langage que les Laboureurs, valets & chambrières. Car c'est un crime dé leze Majesté d'abandonner le langage de son pays, vivant & florissant, pour vouloir déterrer je ne sçay quelle cendre des anciens, & abbayer les verves des trespassez ^, & encore opiuiastrement se braver là dessus, & dire. J'atteste les Muses que je ne suis point ignorant, & ne crie point en langage vulgaire comme ces nouveaux venus, qui veulent corriger le Magnificat 5 : encores que leurs escrits estrangers, tant soient-ils parfaits, ne sçauroient trouver lieu aux boutiques des Apoticaires pour faire des cornets.

Comment veux tu qu'on te lise, Latineur, quand à peine liton Stace, Lucain, Seneque, Silius & Claudian, qui ne servent que d'ombre muette en une estude, ausquels on ne parle jamais que deux ou trois fois en la vie, encore qu'ils fussent grands maistres en leur langue maternelle? & tu veux qu'on te lise, qui as appris en l'escole à coups de verges le langage estranger, que sans peine et naturellement ces grands personnages parlbient à leurs valets, nourrices & chambrières ! O quantesfois ay-je souhaité que les divines testes et sacrées aux Muses de Josephe Scaliger, Daurat, Pimpont, Florent Chrestien, Passerat*,

1 . Ce mot, qui a été introduit par erreur dans le, texte de Ronsajrd, a disparu de l'édition de 1597 et des suivantes.

2. C.-à-d. : répéter très haut les imaginations des poètes morts.

5. Expression proverbiale. Cf. Régnier, Satire A', v, 21 : gloser sur le Magnifient.

4. Sur les cordiales relations de Ronsard avec Joseph Scaliger, cf. P. de Nolhac, Ronsard et rhnmanisme, p. 202-5. Sur l'abhé de Pimpont, cf. p. 19-21, et Nolhac, op. dt., p. 157-8. Sous le pseudonyme de La Baronie, le protestant FI. Chrestien avait lajicé, en 1563-64, deux

voulussent employer quelques heures à si honorable labeur, GalUca se quantis altollet gloria verbis ' /

Je supplie tres-humblement ceux, ausquels les Muses ont inspiré leur faveur de n'estre plus Latineurs ny Grecaniseurs ' comme ils sont, plus par ostentation que par devoir : & prendre pitié, comme bons enfans de leur pauvre mère naturelle : ils en rapporteront plus d'honneur & de réputation à l'advenir, que s'ils avoient à l'imitation de Longueil, Sadolet, ou Bembe, recousu, ou rabobiné je ne sçay quelles vieilles rapetasseries de Virgile & de Ciceron, sans tant se tourmenter : car quelque chose qu'ils puissent escrire, tant soit elle excellente, ne semblera que le cry d'une Oye, au prix du chant de ces vieils Cygnes, oiseaux dédiez à Phebus Apollon. Apres la première lecture de leurs escrits, on n'en tient non plus de compte que de sentir un bouquet fani. Encore vaudroit il mieux, comme un bon Bourgeois ou Citoyen, rechercher &: faire un Lexicon des vieils mots d'Artus, Lancelot, & Gauvain ', ou commenter le Romant de la Rose, que s'amuser à je ne sçay quelle Grammaire Latine qui a passé son temps. D'avantage, qu'ils considèrent comme le Turc en gaignant la Grèce, en a perdu la langue du tout. Ledit mesme Seigneur Turc occupant par armes la meilleure partie de l'Europe, où on souloit parler la langue Latine +, l'a totalement abolie, réduisant la Chrestienté, de si vaste 5c grande qu'elle estoit, au petit pied, ne luy laissant presque que le nom, comme

répliques contre Ronsard ; mais celui-ci estimait en lui l'humaniste Sur Passerat et Ronsard, cf. p. 22, et Nolhac, op. cit., p. 165-7. L'édi tion de 1597 intercale après le nom de Pimpont celui de D'Emery, qu est J. Aug. de Thou, seigneur d'Emery ; Ronsard le connaissait, ainsi que son père, Christophe de Thou.

1 . Vers fabriqué par Ronsard d'après VÉnéide, IV, 49 (Punira se quantis at toile t gloria rehus).

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