Ronsard pense à la Hongrie
celle qui n'a plus que cinq ou six nations, où la langue Romaine se débite : 5c n'eust esté le chant de nos Eglises, & Psalmes, chanti.-z au leuthrin, long temps y a que la langue Romaine se fust esvauouye, comme toutes choses humaines ont leur cours : & pour le jourd'huy vaut autant parler un bon gros Latin, pourveu que l'on soit entendu, qu'un affetté langage de Ciceron '. Car on ne harangue plus devant Empereurs, ne Sénateurs Romains, & la Langue Latine no sert plus de rien que pour nous truchemanter* en Allemaigne, Poloigne, Angleterre, & autres lieux de ces pays là. D'une langue morte l'autre prend vie, ainsi qu'il plaist à l'arrest du Destin & à Dieu, qui commande, lequel ne veut souflfrir que les choses mortelles soient éternelles comme luy, lequel je supplie tres-humblement Lecteur, te vouloir donner sa grâce, & le désir d'augmenter le langage de ta nation.
Quant à nostre escriture, elle est fort vicieuse et corrompue, & me semble qu'elle a grand besoin de reformation, & de remettre en son premier honneur, le K, & le Z, & faire des cliaracteres nouveaux pour la double N, à la mode des Espagnols n, pour escrire Monseigneur, & une L double, pour escrire orgueilleux 5. Je t'en diray davantage, quand j'en auray le loisir. A Dieu candide Lecteur.
1. Ronsard, qui a mentionné plus haut trois cicéroniens des Pays- Bas et d'Italie, prend le parti des anticicéronieiis. Il avait violemment attaqué, en 1559, '^ cicéronien Paschal (cf. Nolhac, op. cit., p. 265-7).
2. Servir d'interprète. Verbe << provigné » du mot truchement.
3. Sur la doctrine orthographique de Ronsard, cf. t. I, p. 50-55, et XIV, p. 50-1, et Ch. BiiuUeux, Uorthographe de Ronsard (Mélanges Chaniard, 1951, p. 125-135).
DescripUS servare vices, operùmque colores Cur ego, si nequeo, ignorôque, pocta salutor ? Cur nescire pudens pravè quàm discere malo ?
Res gestae regumque, ducumque & tristia bella Quo possint scribi numéro, monstravit Homerus.
HoR. '.
Homère de icience & de natii illustré,
Et le Rotnain Virgile âsse\ -nous oui monstre
.Comment, & par quel art, & par quelle pratique
4 // fallait composer un ouvrage Héroïque,
De -quelle forte haleine, & de quel ton de vers Varié d'argumens & d'accideiis divers.
J'ny sttyvi heur patron : à genous Franciaie 8 Adore V Enéide, adore T Iliade :
Révère leurs pourtraits, & les suy d'aussi loing Qu'ils m'ont passé d'esprit, d'artifice & desoing . Miracle non estratige àceluy qui contemple
12 Ces deux grands Demy-dieux dignes .chacun d'wt temple, L'un Romain, l'autre Grec, à qui les deux amis Et les Muses avoient tout dit & tout permis. Et non àinoy François, dont la langue peu riche,
r6 Couverte de halliers tous les jours se desfriche,
.Sans tnols, satis ornemens, sans honneur & sans pris, Comme un champ qui fait peur aux plus gentils esprits Des laboureurs, actifs à nourrir leurs mesnages,
20 Oui tournent les guerets pleins de ronces sauvages Et d'herbes aux longs pieds, retardement des bœufs, A faute d'artisans qui n'ont point davant eux Défriché ny viré la campaigne feruè '■,