LIVRE
Ce jouvenceau qui par la populace Vit sans honneur, Astyanax nommé, Est fils d'Hector que tant avez aymé, Qui magnanime en si longues batailles Dix ans entiers a gardé voz murailles, Qui le ranipart contre terre rua Des Grecs tranblants, qui Patrocle tua, Et retourna pompeux dedans la ville Environné du corselet d'Achille '.
Or' ce grand Roy qui seul commande aux Dieux, Qui honora Hector & noz ayeux, La nuit que Troye estoit un grand cafnage, Sauva l'enfant par une feinte image :
Sans majesté, privé je l'ay tenu, [27]
De peur qu'il fust des Grégeois reconnu. Je l'ay transmis par une longue voye Tantost vers Thebe' & tantost devers Troye Voir le tombeau de son père, & aussi Les noirs enfans de Memnon, qui d'icy Sont eslongnez, noble race Hectorée, Et de l'Aurore habitent la contrée*.
En meint païs je l'ay faict voyager,
706. 7}-8y Le dos vestu du corselet d'Achille 707-10. 8y supprime ces quatre vers
711-15. 7^'' Sans magesté, sans ornement de Rois Je l'ay nourry pour crainte des Grégeois : Je l'ay condui {sic) j 78-8;^ texte primitif
1. Allusion à deux épisodes de VIliade : Hector enfonce la porte du camp grec (XII, fin); Hector s'empare des armes d'Achille que Patrocle avait revêtues (XYII, 125 sqq ). Cf. Virgile, En. II, 27$ sq .
2. Memnon, fils de Tithon et de l'Aurore, était roi des Éthiopiens, ^ue Ronsard appelle « ses enfans noirs » (cf. Virgile, En. I, 489). Il était de la 0 race Hectorée », en ce sens que Priam, au secours duquel il vint, était son oncle paternel, et par suite Memnon avait pour cousins germains Hector et Helenus (cf. Pindare, Nem. III, 63 ; Ovide, Met. XIII, 600 ; Quintus de Smyrne, Posthotnerica, II).
Ronsard, XVI. — i. 5
720 II a connu meint peuple & meint danger,
Connu les mœurs des hommes pour se faire
Guerrier pratique en toute grande affaire '. Depuis un an ce Prince est de retour 724 Acazané^, qui mange en vain le jour,
Lent, nonchalant, sans imiter la trace
De sa tresnoble & vertueuse race,
Bien qu'il soit braue, heureusement bien né, 728 Et pour hauts faits hautement destiné :
Toujours pour luy ce grand Prince me tanse,
Prince de l'air qui les foudres eslance,
Dequoy si tard je le retiens icy 7J2 Sans de son bien avoir autre soucy.
Encore hier (sa puissance j'atteste)
Que par le ciel en clarté manifeste.
Je vy Mercure arriver contre moy 7}6 Qui m'effroya du vouloir de ce Roy 3.
Si tu n'as soing, dit-il, de ta lignée,
Si la vertu de l'heur accompagnée
N'esmeut ton cueur à voyager plus loing, [28]
740 Au moins conçois en l'esprit quelque soing
De ton nepveu, & n'estoufes perdue