LIVRE I
S'il n'a le sang eschaufé de proësse.
Disant ainsi ce grand Dieu belliqueur Î32 De Francion enflama tout le cueur,
Luy déchira le bandeau d'ignorance Et le remplit d'audace & de puissance.
Il lui souffla un honneur dans les yeux, Le fit ardant, aux armes furieux, Et tellement sa proësse ralume Qu'il aparut plus grand que de coustume, ' Si que, marchant au milieu des plus forts Haut relevé, de la teste & du corps Les surpassoit, comme ce Dieu surpasse Sur le bord d'Hebre ' ou sur les monts de Thrace Tous les soldas, quand d'ardeur animé Parmy la presse aparoist tout armé, Couvert de poudre, & se plante à l'encontre D'un meschant Roy, que sa lance rencontre Pour le punir d'avoir contre équité Vendu son peuple, ou trahy sa Cité.
Tel fut Francus : après ce Dieu se mesle Par les Troyens amassez pesle mesle, Qui se pressoient à foulle aux carrefours : [32]
Luy renfrongné, de mots piquans & cours,